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L'Or du Roi

Lire le chapitre 1: The Debt Collector's Visit

La pluie battait les volets de la Taverne du Cygne Noir comme un tambour mal accordé. Thomas Hartley fixait le fond de son verre de genièvre, comptant les dernières gouttes d'un breuvage qui ne suffisait plus à noyer ses pensées. Autour de lui, les rires gras des marins et le cliquetis des dés semblaient appartenir à un autre monde, un monde où les dettes ne s'accumulaient pas comme des voiles sur un navire en perdition.

« Capitaine Hartley. »

La voix tomba comme une ancre de fer. Hartley leva les yeux. Silas Grim se tenait dans l'embrasure, ses habits noirs dégoulinant d'eau, son visage aussi lisse que celui d'un prêtre mais ses yeux aussi froids qu'une mer du Nord en janvier. Deux colosses, visages balafrés et mains comme des écoutilles, se tenaient derrière lui dans l'ombre.

« Vous tombez bien, monsieur Grim. » Hartley leva son verre en un toast moqueur. « J'allais justement porter un toast à votre santé. »

L'usurier ne sourit pas. Il traversa la salle, écartant sans effort un matelot ivre qui s'était trouvé sur son chemin. Les conversations baissèrent d'un ton, comme si une ombre glacée avait traversé la pièce. Grim s'assit en face de Hartley sans y être invité, ses doigts effilés tapotant le bois humide de la table.

« Parle-moi de ton navire, tu veux? » dit Grim. « Le Swan. Belle coque. Elle filait jadis comme une anguille, à ce qu'on dit. »

Hartley serra son verre. « Elle file toujours. C'est mon portefeuille qui boite, pas mon navire. »

« Ton portefeuille, ton navire, ta réputation. » Grim sortit un parchemin de sa poche intérieure, le déplia d'un geste lent, presque cérémonial. Les chiffres dansaient dans la lumière vacillante des chandelles. « Voyons. Tu as emprunté quatre-vingts livres à Londres, l'année passée. Les intérêts ont grimpé comme une marée. Aujourd'hui, avec les pénalités, nous parlons de cent vingt-sept livres, quatorze shillings et huit pence. »

Hartley connaissait le montant par cœur. Il le rêvait. Il le comptait dans les craquements du pont de son navire, dans le chant des embruns. « J'ai une cargaison de laine à Southampton. D'ici deux semaines — »

« Ta cargaison de laine a été saisie par ton créancier précédent, hier matin. Ne fais pas l'étonné, capitaine. Je sais déjà que tu ne sais rien de ce qui est à venir. »

Les mâchoires de Hartley se contractèrent. Sa main droite chercha instinctivement le pommeau de son épée, mais il comprit qu'armé ou pas, grim et ses brutes avaient le dessus. Il jeta un regard autour de lui. Personne n'avait daigné s'approcher. Dans cette taverne, on connaissait les dettes d'un homme mieux que ses batailles.

« Je t'ai adouci la pilule, capitaine, pour le respect que j'avais pour ton père. » Grim se pencha. Sa voix tomba à un murmure qui n'en resta pas moins tranchant. « Mais mon respect a des limites. Tu as soixante jours pour payer, ou le Swan passe entre mes mains, toutes voiles dehors. »

« Tu ne sais même pas tenir un gouvernail. »

« Je n'aurai pas à tenir le gouvernail. » s'étira-t-il. « Mais je connais des hommes à Brest et à Algeciras qui paieront bien un navire anglais capturé en rade de Portsmouth. »

Hartley se leva d'un bond, renversant son tabouret. Les colosses firent un pas en avant, mais Grim leva la main. « Du calme, capitaine. Du calme. Tu es un homme de mer. Un homme de mer sait lire les tempêtes. » Il se leva à son tour, arrangea son manteau hors de prix. « Soixante jours, Hartley. Puis le Swan connaîtra une nouvelle maîtresse. Et toi, une nouvelle profession — mendiant, peut-être. Marin de galère, si Dieu est clément. »

Il tourna les talons et sortit dans la pluie, sa suite les suivant comme des ombres obéissantes. La taverne retrouva lentement sa rumeur, mais les regards qui tombaient sur Hartley s'étaient teintés de cette pitié particulière qu'ont les marins pour un homme à terre.

Hartley se rassit sans ménagement. Il jeta quelques pièces sur la table, le dernier de son argent liquide, et commanda un autre verre. Le tavernier hésita, combien de temps il pourrait le servir sans garantie.

« Recule pas, Ned », lança une voix depuis le fond de la salle. Une femme mince aux cheveux cuivrés comme un diable se déplaça d'un pas léger entre les tables. Elle portait les vêtements d'un greffier — culotte de toile, chemise ouverte, un chapeau défoncé enfoncé sur la tête. C'était Anne, la seule à qui Hartley pouvait encore faire confiance, bien qu'il n'admettrait jamais un tel besoin.

Anne s'assit en face de lui, poussa un pli de papier sous son nez. « Un jeunot avec un sceau de Londres m'a payé pour te donner ça. Il a insisté pour que tu lises seule, à l'écart de tes créanciers. »

« Un jeunot avec un sceau de Londres est soit un agent de la reine, soit un espion espagnol. Ni l'un ni l'autre ne veut mon bien. »

« Ta méfiance te fera tuer un jour. »

Hartley but une gorgée d'alcool, puis déplia le parchemin. L'écriture était propre, précis, presque ostensiblement neutre, et le sceau était inconnu de lui. Il lut à voix basse, Anne laissant les yeux devenir deux fentes intéressées.

« À Thomas Hartley, capitaine de la Swan. Si vous voulez l'effacer de vos dettes et des vôtres retrouver honneur, présentez-vous au Old Bell Inn, Fleet Street, Londres, avant la nuit de dimanche. Une affaire vous attend qui demandera un homme savant naviguer et qui n'a plus rien à perdre. Celui qui vous écrira n'est pas votre bienfaiteur, seulement votre opportunité. Et voici une garantie de mon intention — une carte de la côte sud d'Angleterre et des positions de la flotte espagnole en cette heure, marquées à l'encre rouge. »

Hartley sentit son pouls dans le papier même. Il jeta un regard à la carte jointe, et son sang se glaça. Les gribouillages étaient précis, détaillés, montrant une connaissance intime des positions espagnoles — plus qu'aucun corsaire anglais, officiellement, aurait pu fournir. C'était une coordination qui ne pouvait venir que d'un homme ayant accès aux codes, aux amiraux.

« C'est un piège », souffla Anne.

« Dans le pire des cas », acquiesça Hartley. « Dans le meilleur, c'est une corde de sauvetage. »

« Tu n'as pas soixante jours, Thomas. » Anne croisa les maigres bras. « Le navire est tout ce qu'il te reste de ton père. Un navire n'a jamais trahi un homme, pas comme les prêteurs. »

« Ou les hommes de pouvoir. » il regarda de nouveau la carte. L'encre rouge s'étalait le long de la côte de Plymouth, sur un point où Hartley savait — par sa propre carrière dans la marine royale — qu'aucune escadre anglaise ne se trouvait officiellement. Mais les corsaires, eux, naviguaient en eaux troubles.

Anne le percuta d'un coup de talon. « Tu n'iras pas à Londres. Tu n'as pas vu la façon dont Grim regardait le Swan en entrant. Il la voulait comme une maîtresse. Il la veut pour lui-même, pas pour un créancier lointain. »

« S'il la voulait si fort, que n'a-t-il pas acheté les services d'un homme à délester de son portefeuille à la sortie de cette taverne ? » demanda Hartley.

Anne laissa ses yeux dévier, peut-être vers la sortie que Grim avait prise, peut-être vers le verre d'alcool. « Il attend que tu sois mort, ou loin, l'occasion perdue. Un navire d'un homme décédé à Richmond a jamais payé personne de vin ni de aube. »

La pluie redoubla dehors comme pour souligner l'urgence. Hartley considéra ses mains : calleuses, marquées de cordages et de coutures, d'années d'écume et d'acier espagnol. Quarante ans. La plupart de ses semblables étaient amiraux, marchands, députés de ports. Lui n'avait qu'un navire, une dette, et une réputation qui semblait se rétrécir chaque fois qu'il entrait dans une taverne où l'on se souvenait du nom de son père, mais aussi de ses défaites.

« Depuis Cadix », murmura-t-il, presque pour lui-même.

« Quoi ? »

« Rien. » Il plia le parchemin en trois et le glissa dans sa poche. Il se leva, ajusta son pourpoint — défraîchi, le velours râpé au coude — et jeta un regard vers la porte cloutée de la taverne. « Fais préparer le Swan pour une mer capricieuse, Anne. Départ à l'aube, quatre jours de vivres suffisent pour atteindre Londres par la Tamise. »

« Tu ne comptes pas — »

« Je compte. » Il posa une main sur son épaule, l'espace d'un instant. « Je compte le nombre de fois qu'un homme comme moi reçoit une carte des flottes espagnoles du gouvernement de la reine sans être enchaîné dans une cave. Zéro, Anne, jusqu'à ce soir. »

« Et la dette de Grim ? »

« Celui qui m'écrit promet de l'effacer. Il a vu mon nom quelque part, il m'a vu capable de naviguer entre des créanciers, espions et la flotte espagnole. Un tel homme se trompe rarement. » Il souleva son verre d'une dernière gorgée avant de le reposer, sa voix à présent plus grave. « Mais il ne se trompe jamais sur notre nature, Anne. Parce que j'ai besoin de l'argent de cet inconnu tout autant que le Swan a besoin du vent pour quitter ce port. Et si la mer nous prend dans sa tempête… »

« Eh bien ? »

Hartley jeta un regard par-dessus son épaule, vers la fenêtre ruisselante où les lumières de Portsmouth clignotaient sous l'averse. Quelque part, au-delà des côtes, la flotte espagnole bougeait comme une bête en cage. Et en un lieu reculé de Londres, un homme avec un sceau inconnu attendait sa venue.

« …alors j'aurai au moins échangé la corde d'un créancier pour une autre, mais avec la mer entre les dents. »

Anne secoua la tête. « Tu vas te faire tuer par cet inconnu, pas par Grim. »

« Possibilité que je mourrai de faim avant l'un et l'autre », répondit Hartley en attrapant son manteau. La pluie clamait pour lui l'océan. Le vent semblait porter un pressentiment, des mâts dans la rade d'un Londres en éveil. Il fit deux pas vers la porte, puis se retourna une dernière fois vers Anne. « Quatre jours pour atteindre la Tamise. Cinq, si Grim nous fait suivre. Tiens le Swan prête au premier flux de la marée. Nous trouverons bien à acheter de quoi larguer les amarres. »

Il sortit dans l'averse sans se retourner, serrant le parchemin contre sa poitrine, la carte rouge de la mer brillant dans sa tête comme une promesse, ou peut-être comme un piège tout aussi ferré que celui des moulins de l'usurier. Mais le parchemin, au moins, sentait l'encre et la politique, et non pas l'aigre détresse du doute. Cette odeur, il la préférait à celle de sa propre peur.