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Luna Secunda

Lire le chapitre 6: The Hollow Ring

Le sas n°4 était glacé, comme si l'air lui-même refusait de circuler. Élise Marchand fit glisser la paume de son gant sur la paroi interne, là où la déchirure béante du convoyeur avait cessé depuis longtemps de hurler. Le métal murmurait une réponse sourde, un poids mort que ses doigts connaissaient trop bien.

Elle frappa.

Les jointures de son gant claquèrent contre le panneau de la section G-7. Le son qui en résulta ne fut pas celui d'un alliage épais, mais un tintement presque gai, une allure de carapace vide. Elle frappa encore, plus loin, vers la courbure du module, puis à nouveau contre la soudure d'angle. Le même écho. Creux.

Sa visière s'embua légèrement sous l'effort. Elle la releva d'un coup de menton et inspira l'air froid et recyclé, qui sentait le métal brûlé et le filtre fatigué.

— Sam, elle appela dans le canal de maintenance. Tu m'entends ?

— Fort et clair, répondit la voix d'Okonkwo, légèrement compressée par la liaison radio du casque. Qu'est-ce que tu fabriques ? On a un glissement de charge sur le bras B, et l'OPS voudrait que je...

— Laisse tomber le bras B. Dis-moi, l'étude structurelle du module 4, tu l'as sous la main ?

Un silence. Puis le son de ses doigts sur un clavier — ou d'un gant sur une tablette, elle ne savait plus.

— Je devrais pouvoir rappeler les données, oui. Tu veux quel paramètre ?

— L'épaisseur nominale des panneaux de la paroi intérieure, section G-7 à G-12. Et le coefficient d'absorption sonique.

Sam émit un petit sifflement.

— Absorbant sonique ? Tu joues à l'archéologue, ou tu as peur que la base chante pour toi ?

— Fais-le, s'il te plaît. C'est important.

Elle l'entendit s'activer de l'autre côté. Dans l'intervalle, elle regarda de plus près la soudure d'angle entre deux panneaux. La surface était grêlée de fines marques d'usure, mais la couleur de la fusion était trop propre, trop uniforme, comme si l'onglée d'un nouveau fer avait été passée là très récemment puis recouverte d'une patine artificielle. Elle gratta du bout de l'index ganté — un dépôt de carbonate léger, trop régulier pour être naturel.

Quelqu'un avait repeint l'évidence.

— Données rapatriées, dit Sam. Épaisseur nominale : huit millimètres d'alliage titane-AL-29, double couche avec intercalaire polymère de type H-7. Absorbant sonique inutile à cette épaisseur. Ce panneau devrait sonner plein, mon pote.

— Tu es certain des données ?

— Certain. Je viens de recouper avec la fiche de maintenance du module — elle date d'il y a dix ans, quand la structure a été montée. Huit millimètres, pas un dixième de moins.

Élise détacha son gant droit et appuya l'ongle nu dans le joint entre deux panneaux. La surface céda d'un millimètre, une flexion suspecte, presque molle.

— Et si je te disais que ce panneau-là, en dessous de moi, ne fait pas huit millimètres. Qu'il en fait à peine cinq, et peut-être pas en titane du tout.

— Je dirais que tu as perdu la tête. Ou que tu as trouvé quelque chose de très sale.

Elle se releva et promena la lampe de son casque le long du plafond incurvé du sas. Là aussi, le même motif — les ombres des réparations anciennes dessinaient des rapiéçages trop grossiers pour les yeux de la compagnie. Mais son regard à elle les avait vus cent fois, et chaque défaut avait fini par lui faire signe.

Elles étaient là, partout. Sur les murs. Peut-être sous le plancher. Un module entier remplacé par un alliage de seconde main, soudé vite et mal, puis recouvert de l'apparence de l'ordre pour voler une décennie d'enquête.

— Sam, dit-elle d'une voix soudain plus dure. Retrouve l'historique des remplacements de panneaux pour ce module. Les ordres de travail, les bons de sortie, tout. Je veux savoir qui a signé pour l'achat de matériel.

— Ça va prendre un moment. La base archive tout par lot tri-mensuel.

— Débrouille-toi.

Elle coupa la liaison et resta quelques secondes immobile dans le sas. Le silence des installations lunaires avait une qualité particulière, un ronronnement souterrain, celui des systèmes qui vivent sans jamais dormir. Mais ici, sous sa main, le module ne ronronnait pas. Il sonnait creux, comme un secret trop bien poli.

Elle sortit du sas et se dirigea vers la salle des archives papier, une réserve étroite où la compagnie avait coutume de poser un exemplaire de chaque bon de maintenance. La politique était simple : si l'ordinateur ment, le papier parle. Personne n'avait jamais douté de cette idée, jusqu'à maintenant.

La porte coulissa avec un soupir hydraulique. L'étagère G-7 était là, faussement banale. Elle tira sur le dossier vert épais : « Structure — Module 4 ». Il pesait presque rien. Trop léger. Elle l'ouvrit.

Les feuilles s'étalaient dans un ordre chronologique impeccable, mais elle ne regarda pas les datations. Elle regarda le papier lui-même — un grammage uniforme, aucune trace de recouche, pas de détrempe aux angles. Puis, à la page annotée « six mois avant l'incident », elle vit la mention : « Remplacement des panneaux G-7 à G-12 — conforme aux spécifications originales. »

Conforme.

Élise releva les yeux. Les spécifications originales n'autorisaient pas d'alliage de qualité structurelle inférieure à huit millimètres. Conforme signifiait dans leur langue interne ce que les manuels de surveillants appellent « document de routine », un tampon de validité gravé pour masquer les vrais bris. Elle rapprocha la feuille de sa lampe.

La signature, en bas, était illisible. Mais la numérotation du document commençait par « LH-11/AQ ». Le même code que la puce qu'elle avait sauvée du balise. Le même code qui tissait la toile entre le sas n°4, la liste de rotation effacée et cette fausse maintenance.

Elle reposa la feuille sur l'étagère et sortit son communicateur de sa poche. Le signal de sécurisation lui demanda son code — elle le tapa lentement.

Trois bip. Puis une voix enregistrée, celle du serveur administratif : « Demande de rappel d'historique acceptée. Vous serez notifié du transfert. » Elle soupira. Le transfert prendrait des heures, trop d'heures. Et quelqu'un, là-haut, verrait sa requête.

Une décision claqua soudain en elle. Elle ne pouvait plus attendre que l'administratif daigne lui livrer la vérité. Il fallait qu'elle aille la prendre elle-même.

Élise se pencha vers la canalisation d'aération, là où le métal brillait d'une ombre trop fine, trop soignée. Elle y avait dissimulé un vieux connecteur de données — l'équivalent d'une clé de passage vers le réseau intranet administratif. Elle l'avait gardé, des années auparavant, pour un cas de survie. Le moment était venu.

Le ronronnement du module 4 prolongea un écho dans sa poitrine, et elle sut que la compagnie n'avait jamais regardé le haut de ses murs. Mais elle, elle regardait en bas. Et ce qu'elle comptait trouver, là, allait faire trembler plus que le sol du sas n°4.

Elle replaça le dossier sur l'étagère, éteignit sa lampe et sortit, une seule certitude vissée dans les tempes : quelqu'un avait affaibli ce module bien avant la rupture — et le vieux démon de Tycho-Sud venait de revêtir un nouveau visage.