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Maison Lumière

Lire le chapitre 8: The Lie Exposed

L'alerte Google arriva sur l'écran d'Antoine à 7h42, un mardi. Il était encore en chemise de nuit, son espresso refroidissant à côté du clavier. Le titre du blog Mode-Confidentiel était sans équivoque : « Maison Lumière : la trahison industrielle — les “chefs-d'œuvre” cousus main sont en réalité fabriqués en usine à Côme. »

La signature : un ancien employé du service production, licencié trois mois plus tôt pour vol de fournitures.

Antoine lut l'article deux fois. À la troisième lecture, il appela son avocat, puis il appela Meiling.

Elle arriva à l'atelier à 9h10, encore en manteau, les joues rougies par le vent de février. Antoine l'attendait dans son bureau, la fenêtre grande ouverte malgré le froid, comme s'il tentait de chasser quelque chose.

— Vous avez vu ? demanda-t-elle.

— Tout Paris aura vu dans une heure. Les représentants de la presse m'attendent déjà sur le perron.

Meiling s'assit sans y être invitée. Elle croisa les jambes, sortit son téléphone, fit défiler l'article sous ses yeux plissés.

— « Les vestes dites "artisanales" sortent d'une chaîne près de Côme, où la main-d'œuvre coûte un tiers du prix du Sentier », lut-elle à voix haute. « Un scandale pour une maison qui baise le sol de ses artisanes. » — Elle releva les yeux. — Vous savez que les citations sont fausses. Personne n'utilise le mot « baise » dans un témoignage formel.

— Le fond est vrai.

Le silence se fit épais, presque tactil. Meiling posa son téléphone.

— Expliquez-moi.

Antoine ferma la fenêtre d'un geste brusque. Il resta dos tourné un long moment. Quand il se retourna, son visage avait perdu toute arrogance. Il semblait vieilli de dix ans.

— Mon père a contracté le prêt chez Devereux en 1998 pour moderniser l'atelier. Mais l'argent est parti dans un audit qui a révélé des pertes colossales. L'entreprise était déjà au bord du gouffre. — Il s'arrêta, cherchant ses mots. — Il n'a pas voulu licencier. Alors il a trouvé une autre solution.

— La sous-traitance.

— Une partie seulement. La haute couture est toujours restée à Paris. Mais la ligne prêt-à-porter, la Nouvelle Vague, les accessoires… tout ce qui était censé être « fait main à Paris » sort depuis vingt ans d'une unité de production près de Côme. Mots précis, comme s'il récitait un acte de contrition. — Une reconversion industrielle de qualité, avec de vrais salaires. Personne n'a perdu son travail à cause de ça.

— Mais les artisanes de l'atelier, elles, l'ont perdu. Vous envoyez les commandes ailleurs, leurs heures s'effondrent.

— Nous avons maintenu des volumes symboliques pour sauver les apparences.

— Vous voulez dire mentir.

— Je veux dire survivre. — Il s'approcha de son bureau. — Ma mère avait raison. Vous êtes efficace, Meiling. Mais vous ne comprenez rien à ce que c'est que de porter une maison sur ses épaules quand on a vingt-cinq ans et un père qui ne vous laisse que des dettes et des secrets.

Meiling se leva. Elle ne criait pas. C'était pire.

— Quand vous m'avez demandé de garder le silence sur l'archive, j'ai accepté parce que je pensais que vous aviez peur pour l'image de votre famille. — Elle marqua une pause. — Mais vous ne protégiez pas votre famille. Vous protégiez votre mensonge. Le prêt de Devereux était le symptôme. La sous-traitance est la maladie.

Elle marcha vers la porte, puis se retourna.

— Vous avez vingt-quatre heures pour vous confier à votre directrice financière. Je vous prépare une déclaration publique qui limite les dégâts, mais vous devrez la valider devant les conseils d'atelier. Personnellement.

— Les conseils d'atelier me hairont.

— Ils ont raison de vous hair. Mais ils vous respecteront davantage si vous leur dites la vérité en face plutôt que par communiqué de presse.

Antoine s'assit lourdement. Il semblait sur le point de dire quelque chose de plus, mais son téléphone vibra. Il regarda l'écran, blêmit.

— C'est ma mère.

— Qu'est-ce qu'elle dit ?

— Elle me demande de convoquer un conseil extraordinaire demain matin. Elle menace de déposer une motion de défiance contre moi.

Meiling resta figée.

— Une motion de défiance ? Mais elle est administratrice, pas présidente du conseil.

— Elle l'est devenue sournoisement l'an dernier. J'ai signé un document sans le lire. — Il se prit la tête à deux mains. — J'ai cru qu'elle voulait juste m'aider pour la succession. Elle préparait sa revanche depuis des mois.

Meiling aurait voulu éprouver une victoire. Elle n'éprouva qu'une fatigue immense.

— Je vais rapporter Shanghai. Rapporter notre succès, notre plan de sauvetage. Mais si vous perdez la présidence demain, ce plan n'existera plus.

— Et si je garde la présidence ?

— Alors vous vous tiendrez devant vos artisanes, vous leur direz que la Nouvelle Vague n'a jamais été cousue par leurs mains, et vous demanderez si elles veulent encore travailler pour vous.

Une lueur traversa le regard d'Antoine, une étincelle d'acier sous la cendre.

— Et nous dévoilerons le nom de votre source, Meiling.

— Quelle source ?

— Celle qui a vendu l'histoire à Mode-Confidentiel. J'ai une idée précise de qui ce pourrait être. — Il inclina la tête. — Votre accès aux archives a bouleversé trop de choses. Quelqu'un à l'intérieur a intérêt à me faire tomber avant que vous ne découvriez l'ensemble du tableau.

Il sortit une enveloppe de son tiroir, fermée d'un sceau de cire bleu.

— Je n'ai pas fini d'être honnête avec vous. Mais je le serai demain, devant le conseil. Allez retrouver Léa dans les archives. Elle a la clé de la boîte orange depuis trois jours. Ouvrez-la avant que ma mère ne fasse disparaître la preuve définitive.

Meiling regarda l'enveloppe.

— Qu'est-ce que c'est ?

— Ce que mon grand-père vous aurait demandé de trouver. Le nom complet de Joséphine Deverolles. Et une liste de ses liens avec la maison.

Il hésita.

— Avec ma famille.