Monaco Zone Rouge
Lire le chapitre 19: The Glove's Secret
La pression des moteurs montait dans les graviers derrière moi, un rugissement collectif qui faisait vibrer le cockpit. Les mécaniciens s'écartaient, les pneus avant gémissaient sous le poids de la voiture. Dans quarante secondes, on éteindrait les feux rouges.
Mon téléphone vibra contre ma cuisse, coincé dans la combinaison, là où personne ne regarderait jamais. Sophie. Pas un texto—une photo.
Je l'ouvris d'un geste discret, le pouce glissant sur l'écran sous le volant.
L'image était floue, prise à la hâte. La doublure rouge sombre du gant de Luca, retourné comme une peau morte. La couture du poignet était ouverte—pas déchirée, *décousue*. Avec une précision chirurgicale. Et dans la cavité, posée sur le tissu, une micro-SIM pas plus grande qu'un ongle.
Le texto accompagnant la photo disait : *SIM trouvée dans le poignet. Décodée. Deux numéros : celui de Philippe (privé, jamais utilisé officiellement) et celui d'Alain. Luca les avait tous les deux. Il savait tout, Jack. Il allait tout faire tomber.*
Je relus trois fois. Le sang me battait aux tempes, plus fort que les vibrations du moteur.
Luca Moreau n'était pas mort dans un accident. Il avait été *exécuté*. Parce qu'il avait trouvé les numéros. Parce qu'il savait. Et les hommes qui avaient ordonné sa mort—Philippe Arnaud, directeur d'écurie, sourire en permanence, poignée de main ferme—étaient à moins de cent mètres de moi, dans le stand, à me regarder depuis leur écran de contrôle.
Le gant. Il m'avait envoyé le gant. Dans mon ancienne vie, quand je courais dans les catégories inférieures, Luca et moi avions une tradition stupide : le perdant du week-end offrait au gagnant un objet dérisoire. Une casquette. Un volant dédicacé. Une fois, Luca avait gagné et m'avait filé son gant gauche, celui avec lequel il serrait la main des pilotes sur la grille. "Pour que tu te souviennes de qui te bat," avait-il rigolé.
Il avait dû se souvenir de cette tradition. Il avait dû savoir qu'il courait un danger mortel. Et il avait cousu cette SIM dans le poignet, dans le seul objet qu'il savait pouvoir me confier sans éveiller les soupçons.
"Trente secondes, Jack." La voix de mon ingénieur de course crépita dans le casque, métallique et froid. "Vérification des derniers paramètres. Tout est nominal."
Nominal. Le mot résonna comme une insulte. Rien n'était nominal. Mon frein avait failli être saboté—Henri l'avait remplacé en silence, sans rien dire à l'équipe. Ma valve de pneu avait été remplacée dans la panique, il y avait quelques minutes à peine. Un tracker GPS gisait en miettes dans ma poche.
Et Luca était mort parce qu'il avait découvert la vérité.
"Vingt secondes."
Je levai les yeux vers le panneau des stands. Philippe se tenait là, dans son polo blanc immaculé, les bras croisés, le visage détendu. Il discutait avec un ingénieur, riait même. Le rire d'un homme qui se croyait intouchable.
Il avait utilisé Trebia Dynamics—sa propre coquille—pour financer des pièces sabotées. Il avait payé pour que Luca meure. Et maintenant, il avait prévu que je *disparaisse*. Pas un accident. Une disparition. Plus propre. Plus discret.
La photo du gant brûlait dans ma main. Je rangeai le téléphone dans ma combinaison, le geste mécanique, le cerveau en surchauffe.
Deux numéros. Philippe. Alain.
Alain. Le nom me glaça. Alain Marchand, le directeur technique de Fenice. L'homme qui avait signé les plans de la suspension de Luca. L'homme qui m'avait serré la main à mon arrivée en me disant : "Tu as de grandes chaussures à remplir."
Les mêmes chaussures que son complice avait fait brûler.
Je regardai vers le stand. Alain se tenait à trois mètres de Philippe, un ordinateur portable sous le bras, les yeux rivés sur son écran. Il parlait dans son casque, probablement aux mécaniciens. Il ne m'avait pas regardé une seule fois depuis que j'étais en place.
S'il avait levé les yeux, il aurait vu la haine dans les miennes.
"Quinze secondes."
Mon cœur cognait. La piste s'étirait devant moi, ruban d'asphalte brillant sous le soleil monégasque. Viktor était à côté de moi, en pole, ses lunettes de soleil relevées, le regard fixé droit devant. La grille entière attendait le signal.
Mais je n'étais plus dans la course. Plus vraiment.
Luca avait cousu cette SIM dans son gant pour moi. Il avait laissé une trace. Et cette trace me disait ce que je savais déjà au fond de moi depuis le début : il avait été tué. Pas victime d'une défaillance mécanique. Pas un accident tragique. *Tué*. Par les hommes qui me payaient maintenant.
"Dix secondes."
Le moteur monta en régime. Les vibrations secouèrent mes dents. Je serrai le volant, les jointures blanches sous les gants.
Alain avait signé les plans de la suspension. Philippe avait écrit l'email. Et maintenant, ils voulaient que je coure. Que je pilote leur voiture. Que je devienne leur champion.
Ils voulaient que je coure pour eux.
Mais je n'étais pas leur homme. Je n'avais jamais été leur homme.
Je pensai au gant de Luca, à cette couture ouverte avec tant de soin. Il avait su qu'il allait mourir. Il avait préparé ça pendant des semaines, probablement. Il avait choisi le seul objet qu'il pouvait me confier sans risque, le seul qu'il savait que je garderais.
Et moi, j'avais failli ne pas comprendre. J'avais failli le laisser dans la voiture de location, ce gant, avec le reste de ses affaires.
La photo tremblait encore dans ma mémoire. Les deux numéros. Philippe. Alain.
La chaîne complète. Du sommet à la racine. Tout était là.
"Feux rouges."
Le silence s'abattit sur la grille. Cinquante mille personnes retenaient leur souffle. Le moteur hurlait sous moi, dix mille tours par minute, prêt à exploser.
Mais mon cerveau n'était plus sur la ligne de départ. Il était dans ce gant rouge, dans cette SIM, dans les deux numéros qui allaient faire tomber une écurie entière.
Luca n'était pas mort pour rien.
Et moi, j'allais faire en sorte que ça reste vrai.
Les feux s'éteignirent.
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