Monaco Zone Rouge
Lire le chapitre 22: The Debt Paid
Le poisson grillé sentait le sel et le citron, une odeur de vacances qui jurait avec la tension qui nouait les épaules de Jack. La terrasse du restaurant de la Condamine était presque vide à cette heure indue, les dernières mouettes se disputant des miettes sur les pavés humides. Sophie était restée dans la voiture, moteur éteint, phares éteints, comme convenu. Deux personnes seulement dans un guet-apens, c'était déjà une de trop.
Marco arriva sans bruit, s'assit en face de Jack sans demander la permission. Il portait une chemise blanche ouverte sur un torse bronzé et des lunettes de soleil remontées dans ses cheveux gominés. Le genre d'homme qui aurait pu passer pour un playboy de la Riviera, si ses yeux n'avaient pas eu cette dureté de comptable qui calcule les risques de chaque transaction.
« Tu manges, dit Marco en désignant l'assiette de Jack. C'est bien. Un homme qui mange est un homme qui pense clairement. »
Jack ne toucha pas à son verre de rosé. « Tu n'as pas traversé Monaco à minuit pour me parler de mon appétit. »
Marco sourit, un sourire qui n'atteignit pas ses yeux. Il sortit un téléphone de sa poche—un vieux Nokia, pas un smartphone—et le posa sur la table entre eux, comme une carte à jouer.
« Emile. Tu connais ce nom ? »
Jack sentit son pouls s'accélérer. Il garda son visage neutre, mais ses doigts se crispèrent sur le bord de la table. « Le frère de Luca. Il a disparu juste après l'accident. »
« Disparu, oui. C'est le mot que tout le monde utilise. Mais moi, j'appelle ça un départ précipité. Il y a une différence. Un disparu laisse des affaires, des dettes, des questions. Un homme qui part précipitamment ne laisse que le minimum. Emile a laissé les deux. » Marco tourna le téléphone entre ses doigts. « Il me devait cinquante mille euros. Un prêt pour des dettes de jeu de son frère—Luca avait ce vice, mais Emile l'avait contracté pour lui. Bien avant le crash. Il est venu me voir il y a trois semaines, en larmes, me disant qu'il avait trouvé de quoi me rembourser. Il m'a parlé de papier. Des preuves. Il m'a dit qu'après ça, il serait libre. »
Jack ne bougea pas. Trois semaines—c'était deux jours avant le crash de Luca. « Des preuves de quoi ? »
« Il n'a pas précisé. Mais il m'a donné ceci. » Marco fit glisser le téléphone vers Jack. « Le numéro d'une ligne qu'il devait contacter à une certaine heure. Il m'a demandé de l'appeler s'il ne revenait pas dans les quarante-huit heures. Il était très théâtral, Emile. Mais il n'est pas revenu. Je suis un homme patient, Jack. J'ai appelé la ligne. Personne n'a répondu. Puis j'ai vu la course d'aujourd'hui. J'ai vu ta voiture brûler. Et j'ai vu ta tête, quand tu es sorti de la carcasse. » Marco se pencha en avant, les coudes sur la table. Sa voix baissa d'un ton, presque un murmure. « J'ai vu le visage d'un homme qui sait que ça ne venait pas du hasard. Alors je me suis renseigné. Et j'ai appris que tu posais des questions. Que tu cherchais des réponses discrètes, avec une jolie femme blonde dans une voiture de location andalouse. Tu n'es pas très bon pour être discret, Turner. »
Jack avala sa salive. Sa main droite glissa sous la table, vers le couteau dans sa poche—un geste réflexe. « Qu'est-ce que tu veux ? »
« Je viens de te le dire. Je veux ce qui m'est dû. » Marco recula et croisa les bras. « Emile m'a promis cinquante mille euros. Il m'a donné un indice—ce téléphone—et une promesse. Il a disparu avant de payer. Je considère que sa dette est maintenant transférée à la personne qui hérite de ses problèmes. Toi. »
Jack rit, un son sec, sans joie. « Je n'ai pas cinquante mille euros. Je viens de signer un accord de confidentialité qui m'empêche de dire la vérité sur ce qui s'est passé aujourd'hui. La seule chose que j'ai, c'est un baquet chez Fenice et une réputation en miettes. »
« Je ne te demande pas de me payer maintenant. » Marco sortit une cigarette, l'alluma, en tira une longue bouffée. La fumée dansa dans l'air humide entre eux. « Je te demande de localiser Emile. De le trouver. Et de récupérer les preuves qu'il a cachées. Quand tu les auras, tu me les apportes. Tu me paies avec ça—l'information, pas l'argent. Et si tu trouves cinquante mille euros en cours de route, tu me les donnes en bonus. Sinon, on considérera la dette effacée. »
Jack étudia l'homme. Marco n'était pas un tueur—c'était un prêteur, un collecteur de dettes, un homme qui écumait les circuits de course comme d'autres écument les casinos. Il n'avait aucun intérêt dans le destin de Scuderia Fenice. Il voulait juste son argent, ou une compensation équivalente. Une transaction propre.
« Pourquoi tu ne le cherches pas toi-même ? »
Marco écrasa sa cigarette dans le cendrier, soigneusement, méthodiquement. « Parce que les gens qui font disparaître les pilotes de Formule 1 ne sont pas du genre à discuter avec les collecteurs de dettes corses. Ils ont des avocats et des relations. Je suis un homme de l'ombre, mais je sais quand une ombre est plus grande que la mienne. » Il pointa un doigt vers Jack. « Toi, par contre, tu es public. Tu es le visage de la course. Tu es sur toutes les chaînes de télévision en train de survivre à un incendie avec un calme suspect. Si tu commences à poser des questions sur Emile, les gens te répondront. Parce qu'ils te reconnaissent. Parce qu'ils pensent que tu cherches la vérité. »
Jack regarda le téléphone Nokia posé entre eux. Une ligne jamais appelée. Un frère disparu. Cinquante mille euros de dette. C'était peut-être le chemin le plus direct vers ce qu'il cherchait—un témoin physique, un frère qui savait quelque chose.
« Et si je refuse ? »
Marco se leva, ajusta sa veste. « Tu es un homme raisonnable, Jack. Je te laisse une chance de faire les choses proprement. Mais si tu refuses, je vais devoir m'adresser à quelqu'un d'autre. Quelqu'un chez Fenice qui aimerait peut-être savoir qu'un pilote indiscret fouille dans les affaires de son prédécesseur. Philippe offre sûrement de bonnes primes pour ce genre d'information. »
La menace pendait dans l'air, simple et nette. Jack n'avait pas le choix, et Marco le savait.
« J'accepte. » Jack tendit la main. Marco la serra—ferme, sèche, mesurée. « Mais je travaille avec toi, pas pour toi. Je te dirai ce que je trouve. Je te donnerai accès aux preuves. Mais si je découvre qu'Emile a les réponses que je cherche, je les utiliserai. Et toi, tu attendras ton tour. »
Marco sourit, un vrai sourire cette fois, presque admiratif. « C'est une réponse de pilote. Tu négocies même quand tu es pris au piège. » Il lâcha sa main et fit un pas vers la sortie. Avant de partir, il se retourna. « Une dernière chose, Turner. Quand j'ai appelé cette ligne, il y a eu une réponse. Une seule. Au bout de six heures. Pas une voix—un message texte. Un lieu. Le cimetière de Roquebrune-Cap-Martin. Stèle familiale des Marchand. » Il haussa les épaules. « Je n'y suis pas allé. J'ai pensé que tu préférerais peut-être le faire toi-même. »
Puis il disparut dans la nuit, laissant Jack seul avec son assiette froide et le téléphone Nokia qui semblait peser une tonne dans sa paume.
Jack appela Sophie. Elle décrocha à la première sonnerie. « Qu'est-ce qu'il voulait ? »
Jack fixait la ligne d'horizon sombre, les lumières de Monaco scintillant de l'autre côté du port. Un cimetière. Une stèle Marchand. Un message laissé par Emile avant de disparaître.
« Je crois qu'on vient de trouver notre prochaine piste. » Il inspira profondément. « Et je crois qu'on a besoin d'une pioche. »
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