Monte-Carlo en Flammes
Lire le chapitre 36: The Tunnel Chase
Le bruit du moteur résonnait comme un coup de tonnerre dans le tunnel. Jules conduisait les mains crispées sur le volant, les yeux fixés sur la sortie qui dansait dans la chaleur de l'asphalte. Alex s'accrochait à la poignée de portière, le déclencheur toujours dans sa poche intérieure, contre sa poitrine.
— On y est presque, dit Jules entre ses dents.
— Quinze minutes, répondit Alex en regardant sa montre. La course commence dans quinze minutes.
Le tunnel était presque vide — les routes fermées pour le Grand Prix avaient créé un désert de béton autour d'eux. C'était ça, le plan. Une fenêtre étroite entre le moment où les forces de l'ordre bloquaient les accès et celui où les pilotes s'élanceraient.
Le vrombissement derrière eux ne les a pas prévenus.
Ce fut le choc qui les a surpris — un impact violent contre l'arrière de leur véhicule, projetant la tête d'Alex contre le montant de la portière. Un éclair blanc traversa sa vision.
— Putain ! cria Jules en contre-braquant.
Alex se retourna. À travers la lunette arrière, il vit un SUV noir collé à leur pare-chocs. Le conducteur était masqué, une cagoule sombre ne laissant apparaître que ses yeux.
— Qui c'est ? demanda Alex, la voix tendue.
— Quelqu'un qui ne veut pas qu'on arrive.
Le SUV accéléra de nouveau, les percutant avec un bruit de tôle froissée. Leur véhicule dérapa, les pneus hurlant contre le bitume. Jules lutta contre le volant, les jointures blanches.
— Ils vont nous pousser dans le mur !
Alex fouilla sa mémoire — les visages, les ennemis, les alliés. Il n'y avait qu'une personne qui pouvait savoir où ils étaient, qu'une personne avec assez de ressources pour monter une interception si rapide.
— L'homme de Viktor, murmura-t-il. Le type du hangar.
Le SUV les percuta de nouveau, cette fois sur le côté, envoyant leur véhicule contre le rail de sécurité qui courait le long du tunnel. Des étincelles jaillirent dans un crissement métallique.
— Accroche-toi ! cria Jules.
Il écrasa la pédale d'accélérateur. Le moteur hurla, les propulsant vers l'avant dans une bourrasque de vitesse. L'espace entre eux et le SUV s'élargit un instant — puis le noir les rattrapa, plus rapide, plus puissant.
— Le virage ! dit Alex. Le virage en épingle qui mène au port.
Jules ne répondit pas. Il négocia le virage avec une précision chirurgicale, les pneus mordant l'asphalte, les G les collant à leurs sièges. Le SUV derrière eux ne put suivre — il mordit le trottoir, perdit l'adhérence un instant.
— Ils ont du mal, dit Alex.
Et puis ils l'ont vu.
Devant eux, la barrière de police barrait la sortie du tunnel. Des gyrophares bleus tournoyaient dans l'obscurité, des silhouettes en uniforme se profilaient, armes au poing.
Jules jura. Alex chercha une alternative — il n'y en avait pas. Le tunnel n'offrait qu'une issue, et elle était fermée.
— Freine, dit Alex. Freine maintenant.
Jules obéit. Le véhicule glissa, l'ABS vibrant sous leurs pieds. Derrière eux, le SUV les rattrapait. Devant, les policiers levaient leurs armes.
C'est là que le troisième véhicule est arrivé.
Une berline blanche surgie de nulle part, sortie d'une rampe de service que ni Alex ni Jules n'avaient remarquée. Elle fonça sur la barrière de police avec une détermination aveugle. Les agents plongèrent de côté, leurs cris étouffés par le vrombissement du moteur.
La barrière explosa dans un éclat de métal torsadé.
La berline blanche ne s'arrêta pas. Elle perça le barrage, dérapa dans un demi-tour parfait de l'autre côté, et s'immobilisa face à eux dans le tunnel.
Jules écrasa la pédale de frein. Leur véhicule s'arrêta à quelques mètres de la berline.
La portière conducteur s'ouvrit.
Alex cligna des yeux — son cerveau refusait de traiter ce qu'il voyait. Debout devant la berline, silhouette encadrée par la lumière du jour qui filtrait de la sortie, se tenait un homme qu'il connaissait.
— Monte, dit Pierre Marchand, la voix aussi suave que le cognac qu'il servait à ses tables de baccarat. Le lanceur de dés dont les doigts avaient été brisés il y a dix ans. Le voleur rival qui avait promis de le faire payer pour son passé.
Celui qui, selon toutes les rumeurs, était à Barcelone.
L'homme de main de Viktor les atteignit — il jaillit du SUV, une arme à la main. Pierre ne vacilla pas. Il leva une main, un geste négligent, et trois coups de feu partirent de nulle part — des tireurs d'élite postés sur la rampe de service.
L'homme de main s'effondra.
— Dépêche-toi, Alex. J'ai passé l'âge d'attendre.
Le choc céda sous l'adrénaline. Alex bondit hors du véhicule, Jules sur ses talons. Ils plongèrent dans la berline tandis que Pierre reprenait place au volant, le moteur déjà grondant.
— Par où on passe ? demanda Alex, s'accrochant au dossier.
— On va au port. J'ai un bateau.
Pierre engagea la berline dans une série de virages serrés, quittant le tunnel pour s'engouffrer dans un dédale de ruelles qui menaient au front de mer. Les sirènes hurlaient derrière eux, mais Pierre négociait la ville comme s'il en avait dessiné les plans.
— Pourquoi ? demanda Alex, la voix rauque. Pourquoi tu nous aides ?
Pierre ne répondit pas immédiatement. Il prit un virage à angle droit, frôlant un scooter garé avec une précision millimétrique.
— Parce que j'ai vu la télévision, dit-il enfin. Parce que j'ai vu ce que tu as fait à Viktor. Parce qu'il y a dix ans, tu as préféré te couper les mains plutôt que de me trahir. Et parce que j'ai une dette, moi aussi.
Alex resta silencieux. Le souvenir remonta — la salle de jeu clandestine, les cartes truquées, les doigts de Pierre sur la glace. Et lui, Alex, refusant de nommer son complice. Refusant de le livrer aux hommes de Viktor.
— Tu devrais être mort, dit Alex.
— Je le suis presque, répondit Pierre avec un sourire sans joie. Mais j'ai appris à me relever.
La berline déboucha sur le port. La mer scintillait sous le soleil du matin, les yachts alignés dans un chatoiement de blanc et de chrome. Pierre se gara le long d'un quai discret, bordé de bateaux hors de prix.
— Le troisième au bout, dit-il en coupant le moteur. Le petit, celui qui a l'air délabré. C'est le mien.
Alex regarda le bateau — un vieux yacht de pêche reconverti, peinture écaillée, pont encombré. Il n'avait pourtant jamais rien vu d'aussi beau.
Ils coururent sur le quai, Jules fermant la marche. Les sirènes s'amplifiaient derrière eux, mais le port était un labyrinthe de pontons et de coques. Pierre sauta à bord, tendit la main à Alex.
— Un problème, dit Jules en pointant du doigt.
De l'autre côté du bassin, une silhouette venait de surgir — un homme en costume sombre, téléphone à la main, les yeux braqués sur eux.
Alex reconnut la coupe du costume. La posture.
— Loïc, dit-il. Le chef de la sécurité de Viktor.
Pierre jura dans sa barbe. Il déverrouilla la cabine d'un geste.
— Descendez. On largue les amarres maintenant.
Alex hésita une seconde — le déclencheur dans sa poche. Le réseau de la course était encore à portée de signal, mais les minutes filaient.
— Et la diffusion ? demanda-t-il.
Pierre le regarda, une expression étrange traversant son visage.
— Tu as encore le temps. À condition qu'on passe devant Loïc, et qu'il n'appelle pas ses contacts au port.
Loïc avançait le long du quai, sa main s'élevant pour signaler quelque chose à quelqu'un.
Le temps pressait.
— Qu'est-ce qu'on fait ? demanda Jules.
Alex sentit le poids du déclencheur contre sa poitrine. Le visage de Viktor, la promesse de liberté, les visages de son équipe défilaient dans sa tête.
Il regarda Loïc approcher.
— On a encore une carte à jouer, dit-il. Mais il faut que quelqu'un la joue pendant que Pierre lance le moteur.
Il tendit le déclencheur à Jules.
Les yeux de Jules s'écarquillèrent — puis une compréhension sombre les remplit.
— Toi ? demanda-t-il. Tu restes?
Alex ne répondit pas.
Il sauta du bateau, atterrit sur le quai, et commença à marcher vers Loïc.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.