Quand La Ville Retint Son Souffle
Lire le chapitre 11: — LA CONSULTATION FIÈVRE
La consultation fièvre ouvrit avant d’être prête, parce que la notion même d’être prêt avait cessé d’exister.
À six heures du matin, des agents collaient encore des bandes de couleur au sol pour distinguer zones propres et zones contaminées. Une porte provisoire grinçait. Des radiateurs soufflants luttaient contre l’air de janvier. Les premiers patients attendaient déjà dehors.
Julien lisait le protocole au vestiaire.
« Tu as dormi ? » demanda Claire.
« Trois heures. »
« Frimeur. »
« Et toi ? »
« Deux heures et demie. »
« Amateur dangereux. »
Ils sourirent.
Le premier patient de Claire s’appelait Samir Benali. Chauffeur VTC. Six jours de fièvre, toux sèche, essoufflement depuis la veille.
« Vous avez continué à travailler combien de temps ? »
Il baissa les yeux.
« Trois jours. Je ne pouvais pas me permettre d’arrêter. »
« Combien de clients ? »
« Je ne sais pas. Cinquante ? Soixante ? »
Claire ne laissa apparaître aucun reproche.
La honte pousse les patients à cacher ce dont les médecins ont besoin pour comprendre.
« On s’occupe d’abord de vous », dit-elle.
À midi, toutes les places étaient occupées.
À dix-huit heures, les noms commencèrent à se mélanger dans sa tête.
Un professeur de collège.
Une caissière.
Un étudiant.
Un couple de retraités mariés depuis cinquante ans.
La femme se dégrada brutalement.
Son mari, en fauteuil roulant, agrippa la manche de Claire.
« On n’a jamais été séparés. Si elle est hospitalisée, je veux être avec elle. »
« Je ne peux pas vous hospitaliser sans raison médicale. »
« Je sais. Je vous demande seulement de ne pas la laisser croire qu’elle est seule. »
Claire promit qu’un soignant resterait près d’elle pendant la stabilisation.
Dans une journée pleine de promesses impossibles, celle-ci était petite.
Elle la tint.
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