Quand La Ville Retint Son Souffle
Lire le chapitre 12: — LA COLÈRE D’UNE MÈRE
Sophie Martin appela douze fois le jour de la fermeture de la ville.
À la treizième, Claire répondit.
« Tu as fait demi-tour. »
Ce n’était pas une question.
« Oui. »
« Tu étais à l’autoroute. »
« Oui. »
« Personne ne t’a rappelée. »
« Non. »
Le silence dura trois secondes.
Puis Sophie explosa.
« Tu as décidé toute seule de retourner dans un hôpital débordé, dans une ville qu’on ferme à cause d’une maladie respiratoire que toi-même tu m’as décrite comme dangereuse ? »
« Maman… »
« Ne prends pas cette voix. Je suis chirurgien-dentiste depuis trente-cinq ans, je comprends très bien ce que signifie contagieux. Et je comprends surtout que ma fille unique n’a apparemment aucun instinct de conservation. »
Claire attendit.
Lorsque la colère retomba, la voix de Sophie changea.
« J’ai peur. »
Cette phrase lui fit plus mal que tous les reproches.
« Moi aussi », admit Claire.
Sa mère se tut.
« Je ne sais pas si je vais tomber malade. Je ne sais pas combien de temps ça va durer. Je ne sais même pas si on fait les bonnes choses. Mais je sais ce que je ressentirais si je rentrais chez toi pendant que mon service s’effondre. »
Sophie se mit à pleurer.
« Tu parles comme ton père. »
Claire souffla.
« C’est particulièrement cruel. »
Le lendemain, trois grandes boîtes de nourriture arrivèrent à l’accueil du personnel.
Pas de nom d’expéditeur.
Claire reconnut immédiatement l’écriture de sa mère.
Elle mangea un gratin de légumes assise par terre dans une petite salle avec Julien.
« Elle est toujours furieuse ? » demanda-t-il.
« Oui. »
Il prit une deuxième portion.
« Mais elle cuisine. »
« Chez elle, les deux sont parfaitement compatibles. »
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