Quand La Ville Retint Son Souffle
Lire le chapitre 15: — CE QUE JULIEN IGNORAIT
Une épidémie détruit les espaces privés.
On travaille trop, on mange ensemble, on dort presque sur place. Les secrets deviennent difficiles à conserver.
Julien apprit enfin la véritable raison de leur rupture dans une réserve de matériel, au milieu de cartons de masques.
« Mon père t’a dit qu’on s’était disputés », commença Claire.
« Oui. »
« Il t’a raconté ce que je croyais ? »
« Non. »
Elle prit une longue inspiration.
« Ma mère pensait qu’Étienne et ta mère s’étaient aimés. »
Julien fronça les sourcils.
« Ils étaient proches. »
« Je sais. Mais à vingt-cinq ans je voyais autre chose. Mon père t’a toujours aidé. Il suivait tes travaux, tes candidatures, ta carrière. Avec moi, il ne savait même pas quoi dire au dîner. »
Elle serra les doigts.
« J’ai commencé à me demander s’il existait un secret. Si tu pouvais être… »
Elle n’arriva pas au bout.
Julien comprit.
« Mon frère ? »
« Oui. »
Il recula contre l’étagère.
« Pourquoi tu ne m’as jamais dit ça ? »
« J’avais honte. Et peur. J’ai confronté mon père. Il m’a giflée. »
Le visage de Julien changea.
« Il t’a frappée ? »
« Une fois. Ça ne résume pas tout. »
« C’est quand même important. »
« J’ai quitté Paris. Tu préparais Heidelberg. J’ai préféré te faire croire que je ne t’aimais plus plutôt que de dire que j’avais peur que notre histoire entière repose sur quelque chose d’impossible. »
Julien regarda ses mains.
« J’ai passé huit ans à devenir l’homme que tu regretterais d’avoir quitté. »
Claire eut les yeux humides.
« J’ai passé huit ans à essayer de ne pas le regretter. »
Ils eurent un rire bref, douloureux.
L’alarme d’une chambre retentit.
Ils coururent.
Cette fois, ils ne chercheraient pas à résoudre la peur en disparaissant.
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