Quand La Ville Retint Son Souffle
Lire le chapitre 17: — DEUX HOMMES
La maladie força Antoine à regarder les autres.
Au début, il se plaignit de la nourriture, du bruit, des douches, du manque d’intimité. Il demanda s’il était possible de financer une chambre plus confortable.
La réponse fut non.
Puis un homme du lit voisin se dégrada brutalement et partit vers la réanimation.
Le lit vide resta toute une journée.
Antoine cessa de se plaindre.
Il observa les infirmiers organiser des exercices pour éviter que les patients restent couchés en permanence. Il regarda des soignants prolonger leur service parce que la relève était bloquée. Il vit Julien, lui-même fébrile, aider un vieil homme à comprendre son ordonnance jusqu’à ce qu’une infirmière lui ordonne de retourner dans son lit.
Un après-midi, Antoine s’approcha.
« Tu es toujours aussi agaçant ? »
Julien leva les yeux de son livre.
« Professionnellement ou personnellement ? »
« Les deux. »
« Oui. »
Antoine s’assit.
« Je te dois des excuses. »
« Voilà qui est surprenant. »
« Je te détestais avant même de te rencontrer. »
« Voilà qui l’est moins. »
Il regarda le plafond du hall.
« Je croyais que Claire ne m’avait jamais vraiment choisi parce qu’une partie d’elle t’attendait encore. »
Julien ferma son livre.
« Elle t’a choisi pendant un temps. Ne transforme pas la fin en mensonge rétroactif. »
Antoine avala difficilement.
« Je lui ai demandé de quitter l’hôpital parce que je pensais lui offrir une vie meilleure. »
« Tu voulais la mettre à l’abri. »
« Non. Je voulais qu’elle entre dans ma vie sans que la mienne change. »
Le dire à voix haute lui fit mal.
Puis il regarda Julien.
« Quand tu sortiras, ne perds pas encore huit ans. »
« C’est une bénédiction officielle du rival ? »
« Ne me force pas à la retirer. »
Ils rirent.
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