Quand La Ville Retint Son Souffle
Lire le chapitre 21: — CEUX QUI RESTENT
Pendant plusieurs semaines, Lyon cessa de compter les jours de façon ordinaire.
On parlait en jours de fièvre, en jours depuis l’exposition, en gardes successives, en nuits sans sommeil.
La ville apprit qui la faisait réellement fonctionner.
Les pharmaciens restaient ouverts derrière des écrans transparents. Des chauffeurs reprenaient quelques lignes réservées aux personnels indispensables. Des employés de supermarché remplissaient des paniers pour des personnes âgées. Des techniciens réparaient des réseaux d’eau dans des rues désertes. Des cuisines d’hôtels préparaient des repas pour des soignants logés loin de leur famille.
Claire commença à voir cette infrastructure humaine à travers ses patients.
Un technicien électrique hospitalisé s’inquiétait surtout de laisser son équipe incomplète.
Une caissière demandait si quelqu’un livrait encore les deux vieux clients qu’elle aidait chaque semaine.
Un agent d’entretien de l’aéroport voulait savoir quand les halls seraient à nouveau bruyants.
La médecine avait appris à Claire à penser en organes.
L’épidémie lui apprit qu’une ville en possédait aussi.
Un soir, en rejoignant son logement temporaire, elle croisa un camion de nettoyage urbain qui avançait lentement sur une avenue vide.
Le conducteur lui fit un signe.
Elle répondit.
Cela lui parut être une conversation complète.
Le même soir, Marc apprit que Laurent Fabre avait été extubé.
Nadia pleura jusqu’à faire rire l’infirmière qui lui annonçait la nouvelle.
La mère d’Isabelle n’avait développé aucun symptôme. La propre mère de Marc avait deux tests négatifs.
Le soulagement existait.
La mort de René aussi.
Une infirmière des urgences était décédée deux jours plus tôt.
Un kinésithérapeute respiratoire était encore en réanimation.
Le service apprit à ne pas demander aux bonnes nouvelles d’effacer les mauvaises.
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