Quand La Ville Retint Son Souffle
Lire le chapitre 22: — ÉTIENNE ET SOPHIE
Étienne Martin revint à Lyon avec une mission nationale d’expertise.
Sophie le découvrit à la télévision.
Elle lui téléphona pour la première fois depuis plus de dix ans.
« Tu es à Lyon et tu ne m’as rien dit. »
Étienne faillit lâcher son téléphone.
« Sophie ? »
« Qui d’autre t’appellerait uniquement pour te dire que tu es idiot ? »
Il s’assit.
« Tu n’as pas changé. »
« Toi non plus. Notre fille travaille dans une unité fièvre et tu arrives encore à communiquer avec elle par ton ancien élève. »
« Je lui ai envoyé un message. »
« Magnifique. Un modèle de paternité. »
L’ancienne colère existait encore, mais le temps avait émoussé ses lames.
Étienne ne se défendit pas.
« J’ai été mauvais avec elle. »
Sophie se tut.
Il lui parla de la gifle. De la peur de Claire. De sa propre honte. Du fait qu’il avait préféré protéger son image plutôt que demander à sa fille pourquoi elle avait pu croire une chose aussi terrible.
Après un long silence, Sophie dit : « Je n’ai pas aidé non plus. J’ai laissé ma colère contre toi devenir une partie de son enfance. »
Pendant des années, chacun avait raconté l’histoire comme si l’autre parent avait construit seul la distance.
Quelques jours plus tard, des repas commencèrent à arriver à l’hôtel où Étienne restait en quarantaine entre deux visites hospitalières.
Pot-au-feu. Gratin. Soupe. Riz au lait.
Pas de nom.
Il reconnut la cuisine de Sophie.
Il l’appela.
« C’est trop. »
« Tu oublies toujours de manger quand tu travailles. »
« Tu t’en souviens ? »
« Je me souviens de tout ce qui m’agace. »
Il sourit.
« Claire aussi. »
Ils ne parlèrent ni d’amour ni de retour en arrière.
Ils commencèrent par le dîner.
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