Blanc Total
Lire le chapitre 19: The Phone
Camille se tenait devant la cheminée, les mains enfouies dans les poches de son manteau. Le feu crépitait derrière elle, projetant des ombres dansantes sur les visages fatigués du chalet. Personne ne parlait plus depuis la confession de Pierre.
— Il faut que je vous montre quelque chose, dit-elle enfin.
Luc releva la tête. Il était assis près de la fenêtre, le dos contre le mur, les jambes étendues. Son regard passa de Camille aux autres. Étienne somnolait dans un fauteuil. Sandra faisait les cent pas près de la porte. Morteau observait la scène depuis l'angle de la pièce, les bras croisés.
Camille sortit de sa poche un objet noir et rectangulaire qu'elle posa sur la table basse. Un téléphone satellite. Les yeux de Luc s'écarquillèrent.
— Où l'as-tu trouvé ?
— Dans la réserve, hier soir. Derrière les conserves. Quelqu'un l'y avait caché. Je l'ai pris avant que ce quelqu'un ne revienne le chercher.
— Et tu ne l'as pas dit plus tôt ?
Elle soutint son regard, sans ciller.
— Parce que je ne savais pas qui pouvait le tracker. Si ce téléphone appartient au saboteur, il peut en connaître la position. J'ai attendu d'être sûre qu'on puisse l'utiliser sans que personne soit au courant.
Luc se leva et s'approcha de la table. Il tendit la main, mais ne toucha pas l'appareil. Il l'examina d'abord minutieusement. Un Iridium 9555, modèle ancien mais fiable. Le boîtier semblait intact, pas de fissure visible. Il le prit enfin, soupesant l'objet dans sa paume.
— La batterie est presque pleine, dit-il en vérifiant l'écran. On peut tenter un appel.
Ali s'était approché silencieusement. Il secoua la tête, les dents serrées.
— Trop risqué. Si Delcourt ou son complice a une base quelque part, il peut entendre la communication.
— On est en montagne, Ali. Pas à Bagdad. Le signal part vers un satellite, pas vers une oreille locale. Et de toute façon, qu'est-ce qu'on attend ? Que le toit nous tombe dessus ?
Luc pressa le bouton d'alimentation. L'écran s'éclaira un instant, puis s'éteignit. Il appuya de nouveau. Rien. Il ouvrit le compartiment batterie et en sortit la pile. Une odeur âcre de plastique brûlé s'en échappa.
— Merde.
Il montra l'intérieur du compartiment à Camille. Les contacts étaient noircis, et un fil de cuivre avait été arraché et re-soudé maladroitement, maintenant en contact avec le mauvais pôle. Un court-circuit. Un sabotage volontaire, précis, qui n'avait laissé aucune trace extérieure.
— Quelqu'un savait que ce téléphone existait, murmura Camille. Et cette personne ne voulait pas qu'il serve.
Luc examina la surface du téléphone à la lumière de la lampe. L'aluminium était lisse, presque poli. Mais à l'angle inférieur, près du port de charge, une marque claire se détachait. Une empreinte partielle. Il la connaissait déjà.
Le pouce droit d'Henri Delorme, la trace qu'il avait remarquée sur la poignée de sa piolet deux jours plus tôt, pendant qu'il l'aidait à ranger l'équipement.
— Qu'est-ce que tu vois ? demanda Étienne, qui s'était réveillé.
Luc ne répondit pas tout de suite. Il tourna l'appareil dans ses mains, examina la trace sous plusieurs angles, puis la reposa délicatement sur la table.
— Une empreinte. Mais je ne suis pas certain qu'elle soit de celui que je pense.
Sandra s'approcha, les yeux brillants.
— C'est Henri, n'est-ce pas ? On le savait. Il a été absent toute la matinée. Il a brisé le miroir. Il...
— Arrête, la coupa Luc. On ne joue pas aux devinettes avec des vies humaines. Henri est peut-être coupable de rien du tout. Ou de beaucoup. Mais cette empreinte, je la ramène peut-être à une autre personne qui a manipulé ce téléphone avant lui.
Il regarda Camille.
— Tu l'as trouvé où exactement ?
— Dans la réserve, je te l'ai dit. Derrière les conserves de haricots.
— Et qui d'autre avait accès à cette réserve ?
Camille réfléchit. Ses doigts se crispèrent sur les bords de son manteau.
— Tout le monde. On y est tous allés chercher des provisions depuis le début.
— Alors ça nous ramène à zéro, dit Morteau depuis son coin. Enfin, pas tout à fait. Cette empreinte, tu la reconnais vraiment ?
Luc hésita. Il pouvait mentir, gagner du temps. Mais les mensonges s'étaient déjà accumulés en couches trop épaisses dans ce chalet. Leur poids commençait à étouffer la confiance.
— Elle ressemble à celle d'Henri, dit-il enfin. Mais je ne veux pas accuser un homme sans preuve formelle.
— Alors trouvons la preuve, dit Ali. On va chercher cet homme et on le confronte.
Luc prit le téléphone et le glissa dans sa poche intérieure.
— Pas encore. D'abord, j'essaie de réparer le circuit. Cette batterie est morte, mais il reste une chance de la ressusciter avec le chargeur de secours. Si on y arrive, on pourra peut-être envoyer un appel assez long.
— Et pendant ce temps, Henri se prépare à frapper à nouveau ? demanda Sandra.
Luc fit quelques pas vers la porte.
— Non. Pendant ce temps, je vais vérifier une dernière chose. Camille, viens avec moi. Ali, surveille tout le monde. Personne ne monte à l'étage sans ma permission.
Il sortit dans le couloir, suivi de Camille. Dans sa poche, le téléphone pesait contre son cœur, froid et inerte comme un corps mort. Mais les empreintes, elles, restaient. Toutes. Il ne lui manquait plus qu'à les comparer avec ce qu'il trouverait dans la chambre d'Henri.
La porte de la salle commune se referma derrière eux avec un claquement sourd.
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