Blanc Total
Lire le chapitre 31: The Confrontation
La salle commune sentait la sueur et la peur. Luc se tenait au centre, face au groupe rassemblé en demi-cercle : Sandra adossée au mur, Camille près de la cheminée éteinte, Henri affalé dans un fauteuil, Pierre les bras croisés, et Ali, debout près de la baie vitrée, silhouette sombre contre le blanc aveuglant qui s'accumulait dehors.
Luc n'avait pas dormi. Ses yeux brûlaient, mais son esprit était d'une clarté glaciale.
— J'ai éliminé Pierre. J'ai éliminé Henri. J'ai éliminé tout le monde, sauf une personne.
Il laissa le silence s'étirer.
— Ali.
Ali ne bougea pas. N'affichera aucune surprise. C'est ça qui mit Luc mal à l'aise.
— Ali, mécanicien, engagé il y a deux semaines par l'agence intérimaire. Aucun dossier numérique avant cette date. Un passé vide. Un fantôme.
Luc fit un pas vers lui.
— Le guide a été assassiné dans le sauna avant notre arrivée. Les systèmes ont été sabotés par un professionnel. La tempête nous coupe du monde. Quelqu'un orchestre tout ça depuis le début. Et toi, tu es la seule variable que je ne peux pas retracer.
Le silence pesait si lourd que Luc entendait son propre pouls.
Ali sourit.
Puis il rit. Un rire franc, chaleureux, qui détonnait dans l'air vicié de la pièce.
— Bravo, Moreau. Vraiment.
Il sortit ses mains de ses poches et les leva lentement.
— Oui. Je suis Belmont.
L'air sembla se retirer de la pièce. Sandra se redressa. Camille fit un pas en avant. Pierre ouvrit la bouche, puis la referma.
Ali baissa les mains.
— Mais pas celui que tu penses. Je suis un enquêteur de l'OCRGDF. Police judiciaire, brigade de lutte contre le blanchiment.
Luc plissa les yeux.
— Une carte, une plaque, n'importe quoi.
— Je n'ai pas de plaque. C'est une infiltration.
— Pratique.
Ali inclina la tête.
— Le chalet appartient à une coquille, liée à Skorpion Risk Management. Une société-écran utilisée pour blanchir des flux criminels : trafic d'armes, drogue, fonds issus du grand banditisme. On enquête depuis huit mois. J'ai été placé ici pour infiltrer ce circuit.
— Et les autres ?
— Henri a été recruté par un agent du réseau, un intermédiaire qui se fait appeler Belmont. C'est un nom générique, utilisé comme une clef de contact. Je l'ai utilisé moi-même pour vérifier qui était dans la combine.
Luc fit un autre pas.
— Tu as saboté les dispositifs.
— Oui. Les téléphones, une partie des systèmes. Il fallait que personne ne puisse contacter l'extérieur avant que j'aie les preuves. Et puis tu es arrivé, avec ta croisade, et tu as un peu tout fait dérailler.
— Le guide a été assassiné, Ali. Pas dispersé dans une avalanche. Assassiné. Ici. Avant notre arrivée.
Ali ne détourna pas le regard.
— Le guide n'était pas un guide. C'était mon agent de liaison. Il devait me transmettre des fichiers ce soir-là. Quelqu'un l'a su et l'a éliminé.
Luc encaissa.
— Et l'avalanche ?
— L'avalanche, c'était un accident. Un malheureux concours de circonstances qui a failli tout foutre en l'air. Ou pas. Je ne sais pas encore.
Camille intervint :
— Les traces de sang dans le sauna étaient antérieures. Vous dites que le guide a été tué avant notre arrivée. Qui savait qu'il devait vous rencontrer ?
Ali haussa les épaules.
— Peu de gens. Moi. Lui. Et le propriétaire. Le propriétaire réel, celui qui tire les ficelles. S'il est au chalet, il est probablement l'un de vous.
Un nouveau silence.
Henri se leva, blême.
— Attends. Tu es flic ? Et tu me fais avouer devant tout le monde que j'ai trafiqué la station météo ? Pour un type que tu contrôles ?
— Belmont n'était pas mon agent. C'est un membre du réseau, un coordinateur. J'ai utilisé son nom pour tester ta réaction. Tu n'étais pas censé être si bavard.
— Tu m'as piégé !
— Je t'ai laissé t'enfoncer tout seul.
Luc se tourna vers Ali.
— Tu n'as rien contre toi. Pas de carte. Pas de contact vérifiable. Ma seule preuve que tu es flic, c'est ta parole. Tu voudrais que je croie un homme qui a saboté tous nos moyens de communication ?
— Je comprends ta méfiance.
— Non. Je ne pense pas que tu comprennes. Parce que si tu es vraiment flic, tu as laissé un homme mourir dans cette pièce pour protéger ta couverture. Tu as permis à un assassin de se déplacer librement parmi nous.
Ali perdit une fraction de son assurance.
— Je n'ai pas permis—
— Tu as saboté les téléphones. Tu as empêché les secours de venir. Le guide est mort. Et toi, tu attends une confession sur un magnétophone.
Luc s'approcha encore.
— Alors voilà ce que je pense, Ali. Ou Camille, ou quel que soit ton vrai nom. Tu es soit un flic qui laisse des gens mourir pour son dossier, soit le vrai Belmont qui se cache derrière un uniforme imaginaire. Et dans les deux cas, tu es dangereux.
Sandra s'écarta du mur.
— Il y a un moyen de vérifier.
Tous les regards se tournèrent vers elle.
— Le corps du guide. Dans la cave à vin, maintenant. Luc a vu qu'il avait été interrogé. Torturé, même. Quelqu'un voulait quelque chose de lui. S'il travaillait pour Ali, il avait des informations. Celui qui l'a tué les a prises.
Elle regarda Ali.
— Qu'est-ce qu'il avait à te transmettre ?
Ali hésita. L'espace d'un instant, son masque d'assurance se fissura.
— Des numéros de comptes. Les circuits du blanchiment. Je devais les recevoir ce soir-là.
— Et ils sont où ?
— Je ne sais pas.
— Mais quelqu'un les voulait, dit Camille. Quelqu'un les a volés. Et ce quelqu'un est toujours ici, avec nous, depuis le début.
Pierre, qui était resté silencieux, parla pour la première fois :
— Ou ce type ment et il n'y a jamais eu de fichiers.
Ali se tourna vers lui.
— Les fichiers existaient. Le guide les avait sur une clé. Je devais l'échanger contre les preuves de la propriété du chalet.
Luc sentit un fragment du puzzle s'emboîter.
— Belmont t'a tendu un piège.
Ali marqua un temps.
— Comment ça ?
— Réfléchis. L'assassin savait que le guide avait une clé. Il l'a tué. La clé n'a jamais été retrouvée. Et nous sommes tous coincés ici, avec un flic infiltré qui ne peut pas prouver qui il est, et un assassin dont personne ne connaît l'identité. Quel est le dénominateur commun ?
Le visage d'Ali se ferma.
— Le propriétaire.
Luc hocha lentement la tête.
— Le propriétaire vous a réunis. Le guide pour ses informations. Vous pour les preuves. Henri pour le spectacle. Les invités pour la crédibilité. Et le propriétaire est toujours dans les parages.
Il regarda la pièce, lentement, de chaque visage.
— La question n'est pas qui est Belmont. La question est de savoir qui possède ce chalet, et pourquoi il voulait que nous soyons tous ici, coupés du monde, par une avalanche.
Un bruit sourd résonna depuis l'étage inférieur.
Tout le monde se figea.
Luc tourna la tête vers l'escalier menant à la cave à vin.
— Camille, tu étais la dernière là-bas ?
Camille secoua la tête.
— J'ai tout verrouillé après le transfert du corps.
Le bruit se répéta. Quelqu'un forçait la porte de la cave.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.