Blanc Total
Lire le chapitre 36: The Reckoning
Le froid lui mordait les doigts à travers les gants quand Luc passa la tête dans le garage. Le hurlement du vent couvrait presque tout, mais là, sous le grondement, il entendit quelque chose d'autre. Un grattement métallique. Régulier. Quelqu'un forçait la trappe.
Il fit signe à Camille de rester en arrière, le pistolet de détresse pesant dans sa main. La lumière tremblotante de sa lampe frontale dansait sur les murs de béton lorsque le panneau céda avec un cri de métal tordu.
Belmont se tenait dans l'embrasure, une silhouette noire contre le blanc hurlant. Elle tenait le pendentif USB entre ses doigts gantés, le faisant tourner devant ses yeux.
« Tu es venu sauver tout le monde, Luc. » Sa voix portait à peine par-dessus la tempête. « Mais qui te sauvera de toi-même ? »
Luc leva le pistolet de détresse.
« Rends la clé, Belmont. C'est fini. »
Elle rit. Un son sec, sans chaleur.
« Fini ? La tempête ne faiblit pas avant trente-six heures. Les secours n'arriveront jamais à temps. Et toi... » Elle fit un pas en avant. « Tu savais pour Volkovitch. Tu le savais quand nous avons tous fait semblant de chercher. Tu as laissé ce mensonge vivre. »
« Je savais qu'il était morté, oui. Mais je ne savais pas comment. Pas au début. »
« Assez de jeux. » Elle sortit un couteau de sa parka. La lame attrapa la lumière. « Ali est neutralisé. Le reste des invités est trop faible pour bouger. Il ne reste que toi, et cette aspirante héroïne derrière toi. »
Camille apparut à la gauche de Luc, un pied-de-biche serré dans ses mains. Belmont les toisa tous les deux, puis son sourire s'élargit.
« Voilà un choix, mes amis. Vous me laissez partir avec ce que je sais, et tout le monde vit. Vous essayez de m'arrêter, et nous verrons qui gèle le plus vite. »
Luc n'avait qu'un coup de détresse. Une seule chance. Mais il lui restait autre chose.
Il fit un pas sur le côté, exposant son torse.
« Vas-y. Plante-moi. Mais tu sais ce qui se passe en ce moment même ? »
Elle cligna des yeux.
« Les secouristes. Le convoi qui remonte la vallée. Mon message radio n'est pas passé dans le vide. La gendarmerie sait que le chalet Volkovitch est une banque de sang sale. Ils ne m'ont pas cru tout de suite, peut-être. Mais à l'atterrissage, ils parleront à Ali. »
Le mensonge était fragile, mais il le livra avec la conviction d'un guide qui a déjà menti pour sauver des vies.
Belmont hésita.
C'était la seule ouverture qu'il aurait.
Luc se jeta en avant. La lame passa près de son oreille avec un sifflement. Il frappa le pistolet de détresse contre le poignet de Belmont, et le couteau tomba avec un bruit métallique. Elle recula, les yeux écarquillés, puis pivota et fonça vers la trappe ouverte.
Luc fonça derrière elle.
Le monde explosa en blanc. La tempête le frappa comme un mur solide, aveuglant. Il cligna des yeux, cherchant à retrouver la silhouette noire qui s'éloignait.
Elle courait vers quelque chose. Un traîneau motorisé? Seule ombre sur la neige. Elle fonçait vers une crevasse qu'il connaissait. Un gouffre caché sous une corniche traîtresse, terriblement proche.
« Belmont ! Arrête ! »
Elle ne ralentit pas.
Luc leva le pistolet de détresse. La cartouche rouge jaillit avec son souffle chaud, traçant une trajectoire déchirante dans la neige. Le projectile passa à un mètre de Belmont, suffisamment proche pour l'éblouir.
Elle trébucha, les mains en avant.
Mais déjà Luc courait. Il la rattrapa à l'instant où elle se redressait, les deux corps s'affalant dans la neige aveugle. Ils roulèrent, griffant et frappant, sans trait commun de visibilité. La glace sous eux émit un grognement sourd.
Luc sentit une fissure traverser la neige avant de la voir.
« Elle est instable — »
Belmont tenta de le repousser. Son pied chercha une prise, trouva le vide.
Elle lâcha un cri — un son bref, sans appel — et se retourna vers la corniche, les mains attrapant frénétiquement la neige.
Luc s'élança. Ses doigts se refermèrent sur son poignet. La secousse lui tira l'épaule. Elle pesait déjà trop lourd, la glace se dérobait sous ses semelles.
Il glissa.
Le pistolet. Il n'avait plus le pistolet. Tombé.
« Tiens-moi ! » cria-t-elle, et pour la première fois, sa voix n'avait plus l'éclat du triomphe, juste la panique animale.
Luc planta ses crampons dans la glace. Il la tint. Il la tint de toutes ses forces tandis que le vent arrachait les mots à ses lèvres.
La crevasse autour d'elle s'élargit. La neige se détacha en bloc.
Elle le lâcha le premier.
Était-ce elle qui avait desserré les doigts, ou sa prise gelée qui avait cédé ? Luc ne le sut jamais. Il ne sut jamais s'il avait tenu assez fort. Il ne sut jamais si la femme qui tomba dans le noir était Belmont — la saboteuse, la manipulatrice — ou juste une autre victime de la montagne qui réclamait toujours son péage.
Il resta là, à genoux, regardant l'obscurité où elle avait disparu.
Dans sa main, il tenait quelque chose. Petit, dur, froid.
L'USB.
Il avait arraché le pendentif dans la lutte.
Il le regarda dans le vent hurlant, puis il le glissa dans sa poche et se releva pour marcher vers la lumière fragile du chalet.
Autour de lui, le monde était blanc, immense, indifférent.
Et Luc savait que, même sauvés, ils ne seraient jamais entièrement hors de danger. Il avait ses mensonges, ses omissions, ses morts qu'il portait comme des pierres dans son manteau.
Mais pour l'instant, il marchait.
Pour l'instant, il était vivant.
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