Ce Que La Saone Noublie Pas
Lire le chapitre 3: — ANTOINE
Antoine travaillait dans l'informatique pour une entreprise de transport. Il vivait toujours à quelques rues de la Saône avec sa mère, veuve depuis longtemps.
Sa voiture était propre sauf pour trois câbles, une veste et un paquet de pralines roses ouvert sur le siège arrière.
« Tu as toujours un problème avec le rangement », dit Claire.
« C'est une architecture dynamique. »
Il lui trouva une chambre dans un hôtel simple près de Perrache et monta les valises sans poser de questions.
Quand Lucie s'endormit, Claire s'assit sur le bord du lit.
« Merci. »
« De rien. »
« Tu peux demander. »
Antoine resta près de la porte.
« Pas aujourd'hui. »
Cette phrase lui fit plus de bien que toutes les questions possibles.
Le soir, Claire raconta enfin à sa mère ce qui s'était passé à Paris.
Laurent avait monté une entreprise qui grandissait vite et vivait encore plus vite. Leur appartement servait de garantie pour des emprunts professionnels. Après sa mort, un associé détourna les principaux clients vers une nouvelle structure.
Puis Nathalie Mercier, directrice commerciale de Laurent, était venue voir les parents de celui-ci avec un petit garçon et une analyse ADN affirmant que Laurent était son père.
Claire n'avait plus eu la force de se battre.
Elle avait perdu son mari, son logement, l'entreprise qui aurait dû revenir en partie à sa fille et, surtout, la certitude d'avoir connu l'homme avec lequel elle avait vécu.
« Pourquoi tu n'es pas venue plus tôt ? » demanda Marianne.
« Parce que je ne voulais pas entendre papa dire qu'il avait raison. »
Marianne soupira.
« Ton père préfère parfois avoir tort en silence que raison en face. »
Le lendemain, Antoine les emmena manger dans un bouchon. Il commanda trop de choses et réussit à faire sourire Lucie en prétendant qu'une quenelle était un sous-marin qui avait raté sa carrière.
« Tu racontes n'importe quoi », dit Claire.
« C'est une compétence locale. »
Après le repas, ils marchèrent sur les quais de Saône.
Antoine demanda :
« Tu restes à Lyon ? »
« Oui. »
Il ne chercha pas à cacher le soulagement qui passa sur son visage.
Claire le vit.
Elle détourna les yeux.
À vingt ans, Antoine l'avait aimée. Elle avait choisi Laurent.
Elle avait toujours cru que le temps avait réglé la question.
Peut-être que le temps n'effaçait pas tout.
Peut-être qu'il apprenait seulement aux gens à se taire correctement.