Cœurs Hors-Jeu
Lire le chapitre 30: The Final Reversal
Le jour du match, Londres s’était réveillée sous une pluie grise et obstinée. Elena regardait par la fenêtre de sa chambre d’hôtel, son téléphone collé à l’oreille, le cœur battant à un rythme de tribune. La voix de son contact au sein de la fédération était tendue, presque mécanique.
« Elena, écoute-moi bien. J’ai peu de temps. J’ai eu accès à un courriel interne de la Premier League. Ce soir, si West London perd et que le résultat du match de Brighton va dans le sens inverse, ils sont relégués. C’est officieux, mais les calculs sont faits. »
Elena ferma les yeux. Relégation. Le mot pesait une tonne. Jack ne savait pas encore. Il était à l’entraînement du matin, ou plutôt dans le vestiaire, à préparer ce qui pourrait être son dernier match en tant que capitaine — et peut-être le dernier match du club en première division.
« Tu es sûr ? » demanda-t-elle.
« À cent pour cent. Mais ce n’est pas tout. J’ai intercepté autre chose. Une conversation entre Whitmore et un avocat de Buchanan. L’ancien propriétaire a trouvé un témoin. Un ancien membre du staff médical. Il est prêt à témoigner que Jack avait connaissance du système de dopage, qu’il a signé des documents internes. C’est faux, mais c’est crédible. Il va le donner aux médias après le match, quel qu’en soit le résultat. »
Elena sentit le sol se dérober sous ses pieds. Le piège était parfait. Même si West London gagnait, même si elle prouvait la conspiration, ce témoignage détruirait Jack. Non seulement il perdrait le brassard, il perdrait sa carrière, sa réputation, tout.
« J’ai besoin de son nom, » dit-elle, la voix plus dure qu’elle ne l’aurait cru.
Il y eut un silence à l’autre bout de la ligne.
« Je ne peux pas. C’est déjà trop. Si Whitmore apprend que j’ai parlé… »
« Écoute-moi, » coupa Elena. « Si ce témoin est acheté, et je te garantis qu’il l’est, il va détruire un innocent. Tu peux vivre avec ça ? »
Le silence dura. Puis, une expiration.
« Il s’appelle Greg Hollis. Ancien kiné, viré en 2019 pour vol. Buchanan l’a payé cinquante mille livres. Il est à Londres, dans un hôtel près de l’aéroport. Je n’ai rien dit de plus. Ne me rappelle jamais sur ce numéro. »
La ligne coupa.
Elena consulta sa montre. Il était dix heures. Le match commençait à quinze heures. Elle avait cinq heures pour retourner un témoin acheté.
Elle appela Jack. Il décrocha à la deuxième sonnerie, la voix basse, dans un couloir.
« Il y a du nouveau, » dit-elle. « Je sais pour la relégation. Et j’ai un nom. Greg Hollis. Ancien kiné. Buchanan l’a payé pour témoigner contre toi. »
Un long silence.
« Merde, » souffla Jack. « Je me souviens de lui. Il a été viré l’année où je suis arrivé. Il était toujours en train de râler, se plaignait que le club lui devait de l’argent. C’est lui qu’ils ont choisi ? »
« C’est un homme désespéré, Jack. Ça veut dire qu’il peut être retourné. Je vais le voir. »
« Non. Pas sans moi. »
« Tu as un match à préparer. Tu es capitaine. Tu ne peux pas disparaître deux heures avant le coup d’envoi. »
« Elena, si je perds ce match et que ce type témoigne contre moi, je n’ai plus rien. Ce n’est pas une question de football. C’est une question de savoir qui je suis. Laisse-moi faire. J’envoie quelqu’un. »
« Quelqu’un ? Qui ? Ton agent est à Londres, ton avocat aussi, mais ils ne savent pas négocier avec un homme qui a peur pour sa vie. »
Le silence de Jack était un aveu.
« Je m’en charge, » dit-elle. « Mais j’ai besoin de toi pour autre chose. J’ai besoin que tu gagnes ce match. Je ne plaisante pas. Si tu perds et que tu es relégué, tout ce qu’on a fait ne servira à rien. Ils enterreront l’affaire, Sekhon sera oublié, et ce type témoignera tranquillement parce que plus personne ne l’écoutera. »
Une respiration rauque.
« Tu crois vraiment que je peux gagner ? » demanda Jack. Sa voix était presque vulnérable, un ton qu’elle ne lui avait jamais entendu.
« Je ne le crois pas, » dit Elena. « J’en suis sûre. Parce que tu n’as jamais joué pour toi-même dans ta vie. Tu joues pour les autres. Et demain, tu joues pour moi. »
Elle raccrocha avant qu’il ne puisse répondre, pressant son téléphone contre sa poitrine une seconde. Puis elle enfila son manteau et sortit dans la pluie.
L’hôtel près de l’aéroport était un de ces endroits anonymes, beiges et sans âme, où les gens venaient se cacher. Greg Hollis était dans la chambre 214. Elena frappa. Pas de réponse. Elle frappa encore.
« Mr Hollis, je sais que vous êtes là. Je ne suis pas là pour vous piéger. Je veux juste parler. Je suis Elena Marsh, journaliste. Vous avez peut-être entendu parler de moi. »
La porte s’entrouvrit sur une chaîne de sécurité. Un visage fatigué, des yeux cernés. Un homme qui n’avait pas dormi depuis des nuits.
« Vous êtes avec Buchanan ? » demanda-t-il, soupçonneux.
« Non. Je suis avec la vérité. Et je crois que vous aimeriez l’entendre, vous aussi. »
Elle parlait pendant quarante minutes. Elle lui montra les photos du registre, les preuves forensiques, la lettre de Sarah Okafor, la copie de la déposition de Ridgway. Elle ne lui cacha rien — pas même la disparition de Sekhon.
« Ils m’ont payé, » finit-il par dire, la voix brisée. « Buchanan m’a offert cinquante mille livres. Ma femme est malade. J’ai perdu mon travail après avoir été viré d’ici. Personne ne voulait m’embaucher. Ils ont su que j’avais des problèmes. Ils m’ont choisi parce que j’étais faible. »
Elena ne le jugea pas.
« Vous êtes peut-être faible, Greg. Mais vous n’êtes pas un menteur. Vous l’avez prouvé en ouvrant cette porte. Alors maintenant, je vous pose la question : voulez-vous témoigner pour eux, ou voulez-vous témoigner pour vous ? »
Il la regarda. Le doute, puis une étincelle.
« Que voulez-vous que je fasse ? »
« Appelez Whitmore. Dites-lui que vous êtes prêt. Qu’il vous envoie un avocat ici avec le contrat signé. Je filmerai tout. Quand il arrivera, je serai là. »
Greg Hollis prit une longue inspiration.
« Et si je refuse ? »
« Alors je parte seule, et je publie tout ce que je sais. Vous serez ruiné, oui. Mais vous serez libre. C’est la seule chose que Buchanan ne pourra jamais vous donner. »
Il tendit la main vers son téléphone.
Elena envoya un SMS à Jack, un seul mot :
« Envole-toi. »
Elle n’eut pas de réponse. Mais à quinze heures précises, elle regarda, depuis son téléphone, dans un taxi qui fonçait vers le stade, l’équipe de West London entrer sur la pelouse. Et Jack, le brassard toujours au bras, leva les yeux vers la caméra, comme s’il savait qu’elle regardait.
Le match commençait.
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