Cœurs Hors-Jeu
Lire le chapitre 33: The Return of Sarah
La pluie battait les vitres du studio quand Elena vit Sarah Okafor pousser la porte. Sept ans qu'elles ne s'étaient pas vues. Sept ans depuis que Sarah avait disparu de la circulation après avoir refusé de témoigner contre Buchanan, préférant s'exiler à Dubaï plutôt que de risquer sa vie.
Elena se leva, les jambes tremblantes. Sarah portait un tailleur bleu marine impeccable, ses cheveux tressés serrés contre son crâne. Elle avait vieilli — les mêmes yeux perçants, mais une fatigue nouvelle autour d'eux.
« Tu as pris ton temps », dit Elena.
Sarah s'assit sans y être invitée. « J'ai dû m'assurer que c'était sûr. Que tu étais sérieuse. »
Elena tendit le dossier que Hollis avait aidé à constituer. « Buchanan a acheté trois témoins, dont Greg Hollis. Il a utilisé un compte offshore lié à un syndicat de paris qui a failli couler le club. »
Sarah feuilleta les documents, ses doigts s'arrêtant sur le nom de Travis Pollard.
« Pollard. » Elle releva les yeux. « Il était le contact de Buchanan à Manchester. Il opère depuis une salle de sport près de Piccadilly. »
Elena retint son souffle. « Tu peux le prouver ? »
« Je peux témoigner. » Sarah referma le dossier. « Mais je veux garantie d'immunité totale. Je ne retournerai pas en prison pour avoir travaillé pour un homme que je croyais honnête. »
Elena décrocha son téléphone. Elle avait déjà parlé au procureur la veille. Un accord était en place, conditionnel au témoignage.
« C'est fait. Tu es protégée. »
Sarah la dévisagea longuement. « Tu as changé, Elena. Avant, tu aurais exigé l'exclusivité avant même de me demander comment j'allais. »
« J'ai appris que certaines choses comptent plus que les scoops. »
Le silence s'étira entre elles, chargé d'années de non-dits.
« Alors allons-y », dit Sarah finalement. « Fais-moi passer à la télévision. »
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L'interview eut lieu trois jours plus tard. La régie retenait son souffle pendant que les caméras rouges s'allumaient. Elena avait choisi le studio principal, l'émission du soir, celle qui touchait plus de deux millions de téléspectateurs.
Sarah raconta tout. Les réunions secrètes dans les hôtels de Manchester. Les transferts d'argent vers des comptes numérotés. Les matchs truqués pour maximiser les paris. La façon dont Buchanan avait recruté des joueurs vulnérables et des témoins achetables.
Elena écoutait, les mains moites sous le plateau. Chaque mot de Sarah était une pierre de plus dans l'édifice contre Buchanan. Chaque détail confirmait ce que Hollis avait enregistré.
À la fin de l'émission, le producteur applaudit dans l'oreillette d'Elena. Les réseaux sociaux explosaient déjà. Les commentaires affluaient : Sarah Okafor était crédible. L'histoire tenait.
Elena savait que sa réputation professionnelle, écornée par le scandale du pitch, venait d'être restaurée. Peut-être même renforcée.
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Dans la chambre d'hôpital, la télévision était allumée. Jack regardait Elena interroger Sarah avec une intensité calme. Il avait demandé à l'infirmière de monter le son avant même qu'elle ne commence.
Il la vit poser les questions difficiles, sans complaisance. Il la vit guider Sarah avec une précision chirurgicale vers les aveux les plus dommageables pour Buchanan. Il la vit briller.
Quand l'interview se termina, Jack coupa la télévision. Il appuya sur le bouton d'appel.
« Je veux partir », dit-il à l'infirmière qui entra.
Elle consulta sa montre. « Le médecin passe dans une heure. »
« Dans une heure, je serai parti. »
Son téléphone vibra. Le nom d'Elena s'afficha. Il décrocha.
« Tu l'as vue ? » demanda-t-elle.
« Je l'ai vue. » Sa voix était rauque, fatiguée, mais chaude. « Elena, j'ai vu beaucoup de journalistes faire leur travail. Je n'ai jamais vu quelqu'un le faire avec autant d'intégrité. »
Elle resta silencieuse un moment.
« Ça signifie beaucoup venant de toi. »
« Ce n'est pas un compliment. C'est un constat. » Jack s'adossa à l'oreiller, les yeux fermés. Les analyses sanguines étaient revenues. La déshydratation et l'épuisement étaient sérieux, mais pas alarmants. « Tu as pris un risque énorme il y a trois jours. Sur ce terrain. Pour moi. »
« Je le referais. »
« Je sais. » Il sourit faiblement. « C'est ce qui me terrifie chez toi. Tu es trop courageuse pour ton propre bien. »
Un rire léger filtra à travers le téléphone.
« Et toi, tu es trop têtu pour le tien. On est bien assortis. »
Jack entrouvrit les yeux. Dehors, la nuit tombait sur Londres. Dans quelques jours, il serait de nouveau sur le terrain, capitaine de West London FC. Mais ce soir, il voulait rester dans cet instant, suspendu entre sa vie d'avant et celle qui s'ouvrait.
« Je sors demain. Tu veux dîner avec moi ? Quelque part avec de la vraie nourriture. Pas du plastique d'hôpital. »
« Tu es en état de sortir ? »
« Je signerai ma propre décharge. »
Elena rit encore, et c'était le meilleur son qu'il ait entendu depuis des semaines. « D'accord. Mais c'est moi qui choisis le restaurant. »
« Marché conclu. »
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Une heure après l'appel, le téléphone d'Elena vibra avec un message de Claire Roberts.
*« Belle performance. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. »*
Elena fixa l'écran, les mots flottant comme une menace. Elle savait que Claire n'avait pas fini. Elle avait vu son texto dans les tribunes, et maintenant celui-ci.
Elle répondit :
*« Je n'ai pas peur de toi, Claire. »*
La réponse fut immédiate :
*« Tu devrais. »*
Elena rangea son téléphone et regarda par la fenêtre du studio. Les lumières de Londres s'étendaient à perte de vue. Quelque part dans cette ville, des hommes préparaient leur défense. Buchanan. Pollard. Peut-être même Whitmore. Et Claire Roberts, la star du Guardian, qui semblait jouer un jeu personnel.
Elle pensa aux paroles de Sarah pendant l'interview. *« Quand tu es dans leur jeu, tu ne sais plus qui est qui. Ils sont partout. »*
Elena repensa à ce que Hollis avait mentionné, presque en passant : un agent du syndicat qui infiltré des rédactions pour orienter la couverture médiatique. À l'époque, elle n'y avait pas prêté attention. Maintenant, le message de Claire Roberts prenait une nouvelle dimension.
Elle composa un numéro.
« Greg ? Elena. Tu m'as dit qu'il y avait un journaliste dans leur poche. » Elle prit une profonde inspiration. « J'ai besoin de tout ce que tu sais. Maintenant. »
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