Cœurs Hors-Jeu
Lire le chapitre 7: A Lie Unravels
Le bureau de la rédaction bourdonnait comme une ruche malade. Elena s'était à peine assise à son poste que son téléphone vibra — l'écran affichait le nom de Margaret Chen, sa rédactrice en chef. Pas de répit, même pas le temps de poser son sac.
« Elena. Enfin. »
La voix de Margaret était coupante, professionnelle, mais Elena y décela une tension inhabituelle. Elle ferma les yeux une seconde, se préparant à l'assaut.
« Je viens de recevoir un appel de la direction de West London FC. Ils disent que tu as harcelé leur staff sécurité hier. »
Elena pinça les lèvres. Bien sûr. Ils avaient dû appeler sa hiérarchie pour la discréditer avant même qu'elle n'ait pu franchir leur porte.
« Ce n'est pas du harcèlement, Margaret. On m'a volé mon badge de presse. J'ai voulu le récupérer. »
Un soupir à l'autre bout de la ligne. Puis le silence. Margaret pesait ses mots — toujours un mauvais signe.
« Et pendant que tu étais dans cette pub, tu as rencontré Martin Cooke. Le journaliste du *Sunday Spill*. »
La gorge d'Elena se serra. Qui l'avait vue ? La sécurité du club, sans doute. Les hommes en costumes sombres. Ils la surveillaient de près désormais.
« Je l'ai vu, oui. Je ne l'ai pas approché volontairement. »
« Peu importe. » Margaret changea de registre, sa voix devenant plus sourde. « Elena, je dois te poser une question. Et je veux une réponse honnête. »
Le cœur d'Elena se mit à cogner plus fort. Elle connaissait ce ton. Elle l'avait déjà entendu une fois, il y a deux ans, à Manchester.
« Manchester. Ta dernière affectation là-bas. Tu te souviens de ce qu'on t'a reproché ? »
La salle autour d'elle sembla se rétrécir. Manchester. La citation inventée. L'accusation qui avait failli détruire sa carrière.
« C'était un malentendu, Margaret. Je te l'ai déjà expliqué. »
« Oui, tu m'as dit que tu avais mal retranscrit une déclaration. Que ce n'était pas volontaire. »
Un mensonge. Elena le savait. Margaret le savait probablement aussi.
« C'était un malentendu, oui. »
Sa voix sonnait creux, même à ses propres oreilles. Dans son dos, elle entendit le grincement d'une chaise. Quelqu'un s'était arrêté juste derrière son poste de travail. Elena ne voulait pas se retourner pour vérifier.
« Très bien. » Margaret sembla accepter la réponse, mais sans conviction. « J'ai besoin que tu restes propre sur cette affaire, Elena. Le club a des avocats. Et le *Sunday Spill* a déjà publié une histoire qui t'implique dans le scandale Beckett. Si tu tombes, tu tombes seule. »
La communication fut coupée sans autre forme de procès.
Elena posa son téléphone sur le bureau, les mains légèrement tremblantes. Elle n'avait pas besoin de se retourner pour savoir qui se tenait là. La présence derrière elle était trop familière, trop massive, trop chargée d'une intensité qu'elle apprenait à reconnaître.
« Tu écoutes aux portes, capitaine ? » demanda-t-elle sans se retourner.
Jack Reid contourna le bureau et s'assit sur la chaise en face d'elle, les bras croisés. Il portait encore son survêtement d'entraînement, les cheveux humides de la douche. Il était trop visible ici, trop reconnaissable. Mais il semblait s'en moquer.
« Je ne tendais pas l'oreille. Tu étais la seule à parler fort. » Il marqua une pause. « Manchester. C'était quoi, cette histoire ? »
Elena soutint son regard. Bleu-gris, intense. Impossible à déchiffrer.
« Rien. Une vieille affaire. »
« Je connais cette affaire. » Jack ne détourna pas les yeux. « J'ai fait des recherches sur toi quand tu as commencé à fouiner au club. On dit que tu as inventé une citation d'un joueur de City pour faire sensation. Que tu l'as fait virer de l'équipe. »
Le sang d'Elena se glaça.
« On dit beaucoup de choses. »
Jack se pencha en avant, les coudes sur les genoux. Sa voix baissa d'un ton.
« Je pose la question parce que si je dois te faire confiance, j'ai besoin de savoir qui tu es vraiment. Pas la version que tu donnes à ta rédactrice en chef. La vraie. »
Elena regarda autour d'elle. La salle de rédaction bourdonnait toujours, personne ne les écoutait vraiment. Mais elle se sentait exposée. Cet homme — ce capitaine capricieux, cet adversaire de la première heure — était en train de démonter ses défenses une à une, sans même le savoir.
« Ce que tu as entendu à l'instant... » commença-t-elle.
« Un mensonge. Je sais. Mais je veux entendre la vérité de ta bouche. »
Elle inspira profondément. Deux ans qu'elle portait cette histoire comme un boulet. Deux ans à se taire, à encaisser les regards suspicieux, les portes qui se fermaient.
« Il y a deux ans, je couvrais Manchester City pour un quotidien local. Il y avait un jeune joueur — prometteur, arrogant, con comme ses pieds. Il m'a fait une avance, je l'ai repoussée. » Sa voix s'affermit. « Le lendemain, une citation soi-disant de moi est apparue dans un rival, disant qu'il était un danger pour le vestiaire et devait être écarté. Le club l'a prêté à un club de Championship. Sa carrière a déraillé. On m'a accusée. Je n'ai jamais pu prouver que ce n'était pas moi. »
Le visage de Jack resta impassible, mais quelque chose changea dans ses yeux. Une fissure, à peine perceptible.
« Et tu sais qui a fabriqué cette citation ? »
« Non. » Elena laissa échapper un rire amer. « C'est bien ça, le problème. J'ai passé deux ans à chercher. Rien. La personne qui a fait ça est invisible. Et elle m'a volé ma réputation. »
Jack recula dans sa chaise, une main frottant sa mâchoire. Le geste était machinal, presque compulsif.
« Les hommes en costume. Les fuites. Le badge volé. » Il parlait à voix basse, comme pour lui-même. « C'est le même profil. Quelqu'un tire les ficelles dans l'ombre. Quelqu'un qui a les moyens d'acheter des journalistes et de fabriquer des histoires. »
Elena se raidit.
« Tu sais qui ? »
« Des suppositions. » Il se leva, jetant un coup d'œil par-dessus son épaule vers la fenêtre. « Ashcroft — le propriétaire — est un homme d'affaires. Il a des associés. Certains sont moins propres que d'autres. »
« Et Adebayo ? Le rendez-vous qu'il m'a imposé ? »
Jack secoua la tête avec un geste évasif.
« Adebayo est le directeur général. Il exécute les ordres, mais il n'est pas le cerveau. » Il se retourna vers elle, le visage soudain grave. « Si tu vas à Kensington ce soir, méfie-toi. Adebayo ne te tend pas la main. Il te tend un piège. »
Un frisson parcourut l'échine d'Elena. Elle avait prévu de s'y rendre, espérant y trouver des réponses.
« Alors qu'est-ce que tu me conseilles ? »
Jack secoua la tête, le regard fuyant.
« Je ne te conseille rien. Je t'ai dit de ne me faire confiance à personne. Y compris à moi. » Il fit un pas vers la sortie, puis s'arrêta. « Mais si tu y vas, emporte un enregistreur. Et vérifie qu'il fonctionne. »
Sur ces mots, il disparut dans le couloir, laissant Elena seule face à un bureau encombré de notes et une vague de questions brûlantes.
Elle tira son téléphone, ouvrit la conversation avec le numéro qu'un assistant d'Adebayo lui avait envoyé une heure plus tôt. L'adresse à Kensington clignotait sur l'écran.
Sa main hésita au-dessus du clavier.
Jack venait de lui révéler une faille — mais était-ce une preuve de confiance ou une manœuvre pour l'écarter ? Elle n'avait aucun moyen de le savoir.
Sauf un.
Un message de confirmation. L'adresse. Et un mensonge qu'elle ne dirait pas à Jack : qu'elle y allait seule, sans protection, sans que personne ne sache où elle était.
Ce n'était peut-être pas prudent. Mais la prudence n'avait jamais fait tomber personne.
Elle appuya sur « envoyer ».
Puis elle se leva, attrapa son sac et quitta la rédaction sans un regard en arrière.