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Colocataires et Fondateurs

Lire le chapitre 2: The Cheap Lease

La pluie londonienne martelait le pare-brise de la vieille Ford Fiesta de Tom comme si elle voulait prouver quelque chose. Jazz consultait son téléphone, le front plissé, en zoomant sur une annonce immobilière au wording douteux.

« Wapping, deux chambres, lumineux, proche transports. Prix attractif », lut-elle à voix haute. « C'est soit un miracle, soit une arnaque. »

Tom tourna la tête sans quitter la route des yeux. « Dans ce quartier, à ce prix ? C'est une arnaque. »

« On n'a pas le choix. Le seul autre truc dans notre budget est à Peckham et le propriétaire veut un dépôt de six mois qu'on n'a pas. »

Le silence s'installa entre eux, peuplé uniquement par le bruit des essuie-glaces. Vingt-quatre heures plus tôt, ils s'étaient fait éconduire comme des débutants par un investisseur qui leur avait donné un mois — un seul — pour prouver que leur startup méritait son argent. Un mois pour transformer leur brouillon de produit en démo fonctionnelle. Et pour ça, il leur fallait un toit, un espace de travail, une base. Leur colocation forcée était devenue une évidence aussi désagréable qu'inévitable.

« Tourne à droite après le pont », dit Jazz.

La rue se rétrécit. Des immeubles en briques rouges défilaient, certains tagués, d'autres simplement fatigués par des décennies d'humidité. Tom se gara devant un bâtiment qui avait dû être élégant dans les années soixante-dix, avant que quelqu'un décide de peindre sa façade en vert caca d'oie.

Une femme les attendait sous un parapluie troué. Elle s'appelait Margaret et parlait avec cette précipitation particulière des gens qui veulent conclure avant que l'autre ne regarde trop attentivement.

« Alors voilà le salon, enfin, l'espace principal », dit-elle en poussant une porte qui grinça comme un chat en détresse.

Jazz entra la première. Le salon était une boîte de conserve tapissée de papier peint fleuri des années quatre-vingt, décollé par endroits comme une peau qui pèle. Une odeur de moisi et d'encaustique bon marché flottait dans l'air. Mais la lumière — malgré la pluie — entrait par deux grandes fenêtres qui donnaient sur une cour intérieure.

« L'électricité est aux normes ? » demanda Tom.

Margaret fit un geste vague. « Oh, tout est très fonctionnel. Les anciens locataires étaient une famille adorable. »

« Une famille ? Dans un deux pièces ? » Jazz pivota lentement, mesurant l'espace. Le salon communiquait avec une cuisine minuscule où trônaient une cuisinière à quatre feux et un frigo dont la couleur beige semblait dater d'une époque préhistorique.

« Les enfants étaient petits », répondit Margaret avec un sourire qui n'atteignait pas ses yeux.

Tom ouvrit une porte derrière la cuisine. « La salle de bain ? »

« Oui. La douche est un peu capricieuse au début, mais elle chauffe. Il faut juste la convaincre. »

« La convaincre ? »

« Tourner le robinet très lentement. Et attendre. Cinq minutes environ. »

Jazz et Tom échangèrent un regard. C'était pathétique. Absolument pathétique. Mais derrière son téléphone, Jazz avait fait le calcul : ce loyer représentait la moitié de ce qu'ils payaient chacun séparément pour leurs studios. Cette différence, c'était deux mois de serveurs cloud. Trois mois d'API. Quatre mois de survie.

« Et les chambres ? » demanda Jazz.

Margaret les conduisit à travers un couloir étroit. La première chambre était minuscule — un lit une place contre le mur, une armoire bancale, une fenêtre donnant sur la façade du bâtiment voisin, si proche qu'on aurait pu serrer la main du voisin. Tom toucha le mur. Du plâtre humide.

« Isolation ? » demanda-t-il.

Margaret fit comme si elle n'avait pas entendu.

La deuxième chambre était légèrement plus grande, avec un vrai lit double et une fenêtre qui donnait sur la cour. Le papier peint y était plus récent — des motifs géométriques des années quatre-vingt-dix qui essayaient désespérément d'être modernes.

« Celle-là, je la prends », dit Jazz précipitamment.

Tom leva un sourcil. « Pourquoi ? Tu as un avantage particulier à dormir dans la pièce la plus éloignée de la sortie ? »

« Je fais des nuits de travail tardives. Je veux éviter de réveiller tout le monde. » C'était vrai, mais ce n'était pas la seule raison. La deuxième chambre avait un placard mural encastré. Un vrai placard. Avec des étagères. Du genre qui laisserait entendre qu'on était chez soi, même temporairement.

« Et l'espace de bureau ? » demanda Tom.

Margaret indiqua le salon. « Vous pourriez mettre un grand bureau ici. La table basse est déjà là, et il y a des prises dans chaque coin. »

« Deux prises », dit Jazz en les comptant.

« Deux suffisent, non ? »

Jazz pensa à son ordinateur portable, sa tablette, son écran de secours, ses stations de charge. Tom eut visiblement la même pensée, car il sortit son téléphone et commença à taper fébrilement.

« Le réseau est bon ? » demanda-t-il.

« Ah, ça, c'est un mystère », admit Margaret. « Le dernier locataire disait que ça dépendait des jours. Et des pièces. Et de la position de la lune, peut-être. »

Tom leva les yeux de son écran. « Je capte 4G. Ici, dans le salon, j'ai deux barres. »

« C'est mieux que mon ancien studio », soupira Jazz. « J'en avais zéro la moitié du temps. »

Un silence tomba entre eux. Le genre de silence qui précède les décisions irrévocables. Jazz regarda ses chaussures — des baskets qu'elle aurait dû remplacer il y a six mois. Tom regarda le plafond où une fissure s'étendait comme un delta fluvial miniature.

« Alors », dit Margaret, sentant que le moment était venu. « On signe ? »

Tom sortit son portefeuille. « Dépôt ? »

« Premier mois plus un mois de caution. Je vous fais un reçu. »

Jazz fit le calcul rapide dans sa tête. Encore deux mille livres sur leur compte commun qui fondait déjà à vue d'œil. Mais sans cet espace, il n'y aurait pas de compte commun du tout dans un mois. Pas de startup. Pas de rêve. Rien que deux anciens rivaux universitaires qui retourneraient chez leurs parents respectifs avec la queue entre les jambes.

« On signe », dit-elle.

Trois signatures plus tard — les leurs sur le bail, celle de Margaret sur les reçus — ils se retrouvèrent sur le trottoir, sous la pluie qui avait recommencé à tomber plus fort. Margaret leur donna les clés — deux exemplaires, chacun la leur — et disparut dans sa petite voiture avec la précipitation d'un témoin.

« Bien », dit Tom en regardant les clés dans sa paume. « On a un toit pour trois mois. Maintenant il faut le rendre habitable. »

« Et équiper en Wi-Fi. Et déménager nos affaires. Et construire le prototype. Et convaincre Langford qu'on n'est pas des blagueurs. » Jazz énumérait les tâches sur ses doigts, comme si parler vite pouvait rendre le tout plus gérable.

« Par quoi on commence ? »

Jazz regarda le bâtiment vert, les rideaux fatigués à la fenêtre du salon, la rue déserte et humide. Quelque chose dans sa poitrine se serra. Elle avait passé les quatre dernières années à construire sa carrière — stable, respectable, prévisible. Et maintenant, elle était là, dans une rue d'East London, à trois mois de la faillite personnelle, à partager un deux-pièces moisissé avec le seul type au monde capable de la faire sortir de ses gonds en trente secondes chrono.

« La pharmacie », dit-elle finalement.

Tom cligna des yeux. « La pharmacie ? »

« Pour de la peinture anti-moisissure. Des désodorisants. Des gants en caoutchouc. Si on veut survivre ici trois mois, il faut d'abord neutraliser l'odeur. Et ensuite — » Elle marqua une pause dramatique. « Ensuite, on branche tout, on commande le Wi-Fi, on installe nos ordis, et on commence à coder ce putain de démo parce que dans vingt-neuf jours, on présente quelque chose qui fonctionne à Langford, ou on devient officiellement les deux plus gros échecs de la promo 2016. »

Tom esquissa ce qu'on pouvait interpréter comme un sourire. C'était rare, mais ça existait. « Trente jours, pas vingt-neuf. Langford a dit un mois. »

« Tout juste. Donc vingt-neuf jours de travail effectif. Moins un dimanche de battage médiatique. Moins les livraisons de meubles. Moins le temps d'installation. Donc environ vingt-cinq jours de code réel. » Elle marqua une pause. « C'est faisable. »

« Faisable », répéta Tom, comme s'il goûtait le mot. Il ouvrit le coffre de sa Fiesta et en sortit une boîte en carton qu'il avait préparée avant de venir. Des câbles, une imprimante portable, deux tasses à café dépareillées. « J'ai amené l'essentiel. »

Jazz était presque touchée. « Tu as pensé aux tasses ? »

Ils grimpèrent les marches humides jusqu'à la porte de leur nouveau — temporaire, temporaire — chez-eux. La serrure résista un instant puis céda avec un claquement satisfaisant. À l'intérieur, l'odeur de moisi les accueillit comme une vieille connaissance.

« On a besoin de désodorisant », dit Tom en déposant le carton sur le sol.

« Et de lumière », répondit Jazz en découvrant que deux ampoules sur trois avaient grillé.

Il n'y avait pas de moment de grâce. Pas de bascule soudaine où leur nouvelle colocation se révélait charmante. Mais Jazz sentit quelque chose changer tout de même — quelque chose de ténu, comme lorsque vous décidez de sauter dans l'eau froide parce que vous savez qu'une fois dedans, le choc passera.

« Demain matin », dit-elle en sortant son téléphone pour noter dans l'agenda partagé, « 7 heures. On vide le salon, on installe les deux bureaux de chaque côté de la fenêtre, dos à dos. On ne se fait pas face pendant qu'on travaille — trop de distractions. On câble le réseau chacun chez soi, on synchronise sur le drive, et on fonctionne en binôme uniquement pour les révisions de code et les tests utilisateurs. »

Tom hocha la tête, déjà dans le mode exécution. « Et ce soir ? »

Jazz regarda sa montre. Il était à peine 17 heures. « Ce soir, on va chez IKEA pour acheter de la lumière, des étagères et deux chaises décentes. Puis on revient, on fait un premier repérage côté code. Le workflow simplifié que j'ai proposé — il faut qu'on le mette en place dans l'architecture backend avant minuit. »

« Tu veux dire que tu veux commencer tout de suite. »

« Je veux dire que dans vingt-neuf jours, on présente quelque chose ou on meurt. À toi de choisir comment tu veux utiliser les heures. »

Tom ramassa ses clés. Une lueur — presque de l'admiration — traversa son regard. « D'accord, Okafor. Mais si on doit courir, on le fait ensemble. Et si on échoue, on échouera ensemble aussi. »

Jazz ne lui rendit pas le sourire. Mais en y repensant plus tard, elle réaliserait que c'était peut-être les mots les plus honnêtes qu'il avait prononcés depuis leurs années universitaires.

Ils sortirent sous la pluie qui redoublait. Tom referma la porte derrière lui et se tourna vers elle, la pluie ruisselant sur ses lunettes.

« Une question avant de partir », dit-il. « Tu as dit que tu prendrais la deuxième chambre. Pourquoi ? »

Jazz leva les yeux vers la fenêtre de sa future chambre, celle avec le regard sur la cour. « Parce qu'elle a un vrai placard. Et parce que si tu dors côté rue, tu m'entendras moins travailler la nuit. »

« Et si je veux t'entendre travailler la nuit ? »

La question flotta entre eux, chargée d'une ambiguïté que Jazz choisit délibérément d'ignorer. Elle ouvrit la portière de la Ford Fiesta et s'installa côté passager.

« Alors tu auras beaucoup à apprendre sur mes habitudes nocturnes », dit-elle en bouclant sa ceinture. « Mais pour l'instant, concentre-toi sur la route et sur le budget. IKEA ferme à 21 heures et on a vingt-neuf jours. »

Tom s'installa au volant, démarra le moteur poussif, et s'engagea dans la rue étroite. Le GPS n'avait pas encore parlé que Jazz ajouta, presque pour elle-même :

« Et si on arrive tôt chez IKEA, on peut encore passer par le dépôt pour récupérer le routeur que j'ai fait livrer chez mon ancien propriétaire. »

« Tu penses à tout », constata Tom.

« Je pense à ne pas échouer », corrigea-t-elle.

La voiture s'engagea sur le périphérique, les essuie-glaces martelant leur double tempo. Derrière eux, le bâtiment vert se rétrécit dans le rétroviseur jusqu'à disparaître. Vingt-neuf jours. Trois cents livres en liquidités partagées. Un deux-pièces moisissé à convaincre de devenir leur bureau.

Jazz se demanda si le propriétaire avait caché quelque chose — une fuite, un problème de fondations, des voisins impossibles. Elle décida de s'en préoccuper plus tard. Après tout, ce n'était que pour trois mois.

Qu'est-ce qui pouvait bien mal se passer ?