Colocataires et Fondateurs
Lire le chapitre 23: The Fake Date
La porte de la camionnette claqua comme un coup de feu dans la nuit londonienne. Jazz se figea, la main sur la poignée, les phares du marché encore dans le rétroviseur. Elle avait laissé Marcus seul avec ses serveurs et ses soupçons, et elle rentrait retrouver Tom, son associé, son colocataire, l'homme qu'elle était censée trahir depuis la lettre de Priya cachée dans son sac.
Elle monta l'escalier quatre à quatre. Il était assis à la table de la cuisine, une pile de documents étalée devant lui, mais son regard était vide, perdu dans la contemplation du mur.
« Tom. » Elle posa ses clés sur la console. « Marcus a besoin de nous demain matin. Il a trouvé quelque chose. Une trace de l'accès externe. »
Il hocha la tête sans la regarder. Le silence s'étira, épais comme le brouillard dehors.
« Ma mère appelle demain », dit-il soudain, la voix plate. « Le dîner du dimanche. Elle a entendu dire que Daniel était de passage à Londres. Elle va me demander. »
Jazz fronça les sourcils. « Te demander quoi ? »
« Si tu es avec moi. Si on est sérieux. Si tu es la raison pour laquelle j'ai changé. » Il passa une main dans ses cheveux, ébouriffant ses mèches brunes. « Elle ne sait pas pour Daniel. Elle ne sait pas pour la dette. Elle pense que tout va bien, que Nudge est en pleine ascension, que j'ai enfin rencontré quelqu'un de bien. »
Elle aurait dû rire. Lui rappeler qu'ils se détestaient il y a encore trois mois, qu'ils n'étaient que des associés forcés de cohabiter, qu'elle cachait une lettre accusatrice dans son tiroir. Mais quelque chose dans sa posture, dans cette vulnérabilité qu'il ne montrait presque jamais, la fit hésiter.
« Qu'est-ce que tu me demandes, exactement ? »
Tom releva enfin les yeux. Ils étaient sombres, fatigués, mais il y avait une lueur d'espoir fragile. « Viens avec moi. Joue le rôle. Elle sera heureuse. Ça lui fera passer une soirée sans questions sur l'argent. »
« Et ensuite ? »
« Ensuite, on règle nos problèmes comme des adultes. Mais ça, c'est une nuit. Une seule. »
Elle pensa à la lettre de Priya : *Il ne te montre que ce qu'il veut que tu voies.* Pensant à Miles et aux 400 000 livres. Pensa à Daniel, qui connaissait tout le monde, qui avait le bras long. Une soirée de plus à mentir.
« D'accord », dit-elle. « Mais tes parents doivent être crédibles. Pas juste des politesses. Il faut que ta mère sente que tu es sincère. »
Il la dévisagea, surpris. « Tu sais simuler ça ? »
« J'ai grandi en jouant des rôles, Tom. J'ai appris à survivre dans des pièces pleines d'hommes comme Miles. » Elle attrapa son téléphone. « Quelle heure ? »
« Dix-neuf heures. À Richmond. »
« Il est vingt heures. On a vingt-trois heures pour inventer une histoire d'amour convaincante. » Elle sourit, sans chaleur. « Commençons. »
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Vingt-trois heures plus tard, Jazz était assise dans la salle à manger des Chamberlain, une tasse de thé refroidi entre les doigts. La maison sentait la cire et les fleurs coupées. Tom à sa droite, la main posée naturellement sur le dossier de sa chaise, les doigts frôlant son épaule à chaque fois qu'il se penchait pour attraper le pain.
Sa mère, Eleanor, une femme mince aux yeux perçants, la regardait avec une curiosité bienveillante. « Jasmine, raconte-moi comment vous vous êtes rencontrés. Tom a toujours été si discret sur ses relations. »
Jazz posa sa tasse. « On s'est connus à l'université. On était rivaux, en fait. »
Eleanor sourit. « Il m'a parlé de vos débats. Il disait que vous le battiez à chaque fois. »
Tom toussa dans son poing, mais ne la corrigea pas. Jazz baissa les yeux, feignant la timidité. C'était presque trop facile. Trop confortable, cette main sur sa chaise, cette façon qu'il avait de lui tendre le sel avant même qu'elle le demande.
Puis vint la question qu'elle redoutait.
« Et vous deux, sérieusement ? » Eleanor se pencha. « Vous avez parlé de l'avenir ? »
Jazz sentit Tom se tendre à côté d'elle. « Maman, on ne va pas... »
« Non, c'est une question légitime. » Jazz l'interrompit, se tournant vers lui avec un sourire qu'elle espérait sincère. « On a parlé de rien de plus loin que la semaine prochaine. Mais Tom m'a dit un jour qu'il croyait aux projets construits à long terme. Je suis comme lui. »
Sa main trouva la sienne sous la table. Il tressaillit, puis sa paume se referma autour de ses doigts. Chaleur immédiate, malgré la fraîcheur de la maison.
Eleanor hocha la tête, satisfaite. Tom restait silencieux, trop silencieux. Quand elle tourna la tête pour répondre à son père, Jazz profita du moment pour murmurer, presque bouche close : « Tu joues ton rôle, pas vrai ? »
Il lui lança un regard indéchiffrable. « C'est ce que je fais. »
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Après le dessert, Eleanor insista pour montrer à Jazz l'album photo de famille. Tom resta dans le salon avec son père, leurs voix graves et basses portant à peine jusqu'à la cuisine où Jazz suivait Eleanor dans les couloirs.
« Il a changé, tu sais », dit Eleanor en tournant les pages cartonnées. Des photos de Tom enfant, cheveux hirsutes, sourire édenté. « Quand il a perdu sa première société, il est devenu... froid. Il n'a plus jamais parlé d'elle. De personne. »
Jazz observait le Tom de huit ans, qui tenait un trophée de course à pied. « Il m'a dit qu'il avait fait faillite. »
« Il n'a jamais su encaisser l'échec. Son père était pareil. » Eleanor referma l'album. « Mais je vois la façon dont il te regarde, Jasmine. Tu es la première personne qu'il regarde vraiment depuis des années. »
Ce mot la frappa en plein torse. Elle voulut protester, expliquer que tout était une mise en scène, mais la chaleur dans le regard d'Eleanor la réduisit au silence.
Dans le salon, Tom était seul, son père dans la cuisine, le téléphone à l'oreille. Il leva les yeux quand Jazz entra, et pendant une seconde, elle vit autre chose dans son regard. Quelque chose qui ressemblait presque à du regret.
« Tu peux baisser le masque », dit-elle, la voix plus douce qu'elle ne l'aurait voulu. « Ils ne nous regardent plus. »
Il rempocha son téléphone, la dévisagea longuement. « Je ne le baissais pas. »
Le silence se creusa entre eux. Jazz sentit son cœur accélérer. Elle cherchait une réplique, une manière de rétablir la distance, mais elle entendait encore Eleanor dire *la première personne qu'il regarde vraiment depuis des années*.
« Il faut rentrer », dit-elle finalement. « Marcus nous attend demain. Et il y a Julian après-demain. On a besoin de dormir. »
Tom se leva, attrapant sa veste. Elle enfila la sienne à son tour, et tout au long du trajet de retour dans le métro bondé, elle sentit sa présence à ses côtés, ses doigts qui frôlaient parfois les siens quand le wagon tanguait. Elle ne savait plus si elle jouait encore ou si le rôle avait glissé pour devenir quelque chose de plus réel, de plus dangereux.
Ils arrivèrent devant leur appartement à vingt-trois heures passées. Tom ouvrit la porte, et au moment où il allait parler, son téléphone vibra.
Il se figea. La lumière de l'écran illuminait son visage.
« Tom ? »
Il releva la tête, le teint blême. « C'est Marcus. La trace du serveur. » Il tendit l'écran vers elle.
Le message était bref, mais les mots brûlaient comme des braises :
*L'accès venait de l'intérieur. Deux jours avant ma détection. Adresse IP locale. Celle de l'appartement. Quelqu'un a utilisé votre Wi-Fi pour entrer dans notre serveur.*
Jazz leva les yeux vers la fenêtre du salon. Le routeur clignotait dans l'ombre. Quelqu'un était venu ici, dans cet appartement, et avait pénétré leur système. Leur intimité. Leur sécurité.
Et elle savait qu'elle et Tom étaient les seuls à avoir les clés.
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