Courant Sombre
Lire le chapitre 37: Last Stand
La vue depuis l’abri de Karl était dégagée, presque trop dégagée. Margrit s’avança sur la crête, son arme pointée vers le sol, mais son regard n’avait rien d’hésitant. Elle s’arrêta à vingt mètres, le vent soulevant ses cheveux gris.
« Moreau », lança-t-elle. Sa voix portait, malgré le grondement du vent. « Vous avez choisi le mauvais endroit pour vous enterrer. »
Étienne se tenait près de la porte de la cabane, le corps tendu. À côté de lui, Karl émergea, un fusil vintage à la crosse écaillée dans les mains. Il le leva lentement, le canon orienté vers le ciel.
« Ça fait longtemps que je n’ai pas tiré sur une cible humaine », dit Karl, la voix calme. « Mais je suis prêt à m’entraîner. »
Margrit sourit. Un sourire froid, sans chaleur. « Vous êtes deux. Ils sont vingt. » Elle fit un geste vers la forêt derrière elle. Des silhouettes apparurent entre les arbres, vêtues de noir, armes au poing. La troupe privée du consortium avançait méthodiquement, en formation.
Étienne jeta un coup d’œil à Karl. Le vieil homme hocha la tête. C’était le signal. Étienne recula vers le panneau électrique improvisé qui bordait le périmètre, là où ils avaient tendu des fils tout l’après-midi.
La première salve partit. Les balles sifflèrent au-dessus de leurs têtes, fracassant une vitre de la cabane. Karl répondit par un tir de fusil, précis. Un homme s’effondra, touché à l’épaule, mais les autres continuèrent d’avancer.
« Maintenant », cria Étienne.
Il tira le levier. Le courant de la batterie auxiliaire, modifié pour supporter une charge mortelle, parcourut les fils tendus entre les arbres. Un cri déchirant monta de la forêt. Deux hommes tombèrent, secoués de spasmes avant de s’immobiliser. Les autres reculèrent momentanément, cherchant une ouverture.
Margrit ne bougea pas. Elle leva son pistolet et visa Étienne. Le coup partit. Karl le poussa de côté, et la balle s’enfonça dans le montant de la porte. Un éclat de bois lui entailla la joue.
« Ils vont contourner les fils », souffla Karl, rechargeant son fusil d’une main tremblante. « On a peut-être une minute. »
Étienne regarda la crête. Les mercenaires s’étaient dispersés, contournant le périmètre électrifié par le sud, là où le terrain devenait rocailleux, hors de portée des fils. Margrit avançait toujours, déterminée.
Soudain, un bruit sourd emplit le ciel. Pas les drones de tout à l’heure. Des hélices. Plusieurs. Étienne leva les yeux et vit la silhouette de trois hélicoptères surgir par-dessus le col, leurs projecteurs balayant le sol.
Deux de blanc, aux couleurs de la gendarmerie française. Un de noir.
Le dernier se posa sur la portion dégagée à l’est. La porte s’ouvrit, et Marc en jaillit, suivi de quatre gendarmes en treillis. Son frère, blessé mais debout, une veste sur les épaules, un téléphone satellite à la main.
« Ils ont reçu les preuves ! » cria Marc en courant vers l’abri. « Le SD card ! Le bataillon a été alerté il y a vingt minutes ! »
Les gendarmes déployèrent rapidement leurs armes. Les hommes du consortium, pris entre les fils électriques et les officiers, hésitèrent. Margrit baissa son arme, les lèvres serrées. Elle échangea un regard avec Étienne, un regard qui contenait à la fois la défaite et un avertissement muet.
Et puis elle recula, disparaissant parmi les arbres avec une absence de hâte qui glaçait.
Un officier de gendarmerie s’approcha d’Étienne et de Karl. « Il y a d’autres unités qui rejoignent par le nord. La zone est sécurisée dans dix minutes. » Il regarda l’antenne installée derrière la cabane. « Vous aviez un plan ? »
Karl épongea son front, le fusil toujours à la main. « Il faut démarrer la transmission maintenant. Avant que le ciel ne se ferme. Avant qu’ils n’envoient d’autres. »
Marc tendit l’autre SD card à Étienne avec un sourire fatigué. « Les preuves. Ma copie de la copie. Je crois qu’ils ont compris que c’était sérieux. »
Étienne la saisit, la glissa dans sa poche aux côtés de la sienne. Il regarda l’antenne, l’émetteur, et le ciel qui s’épaississait à l’ouest.
Trois à quatre heures de carburant, une fenêtre étroite.
« Allons faire de la lumière », murmura-t-il à l’intention de Karl, qui hocha la tête.
Derrière eux, les premiers mercenaires survivants étaient menottés. Margrit avait disparu dans le couvert, une ombre qui refuserait probablement de rendre des comptes, mais Étienne décida que cela attendrait.
Il y avait un message à envoyer.
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