Dérive Lunaire
Lire le chapitre 16: Aftermath: Trapped
Le silence qui suivit l'explosion secondaire était obsédant, une couche de poussière fine tombant en lente pluie argentée à travers les faisceaux des lampes de secours. Elena restait figée devant la console morte, les yeux rivés sur l'écran noir où la déclaration de Liang s'était effacée.
« On n'a plus rien. Plus de preuve transmise, plus de message. » Sa voix résonnait dans la pièce vide, étrangement calme.
Jack s'approcha, les sourcils froncés, et fit glisser son gant sur le boîtier du transmetteur principal. Une fissure fine courait le long de la coque, là où un fragment de métal avait traversé le panneau extérieur. « Le transmetteur est mort. Mais le bâtiment a une antenne de secours sur le toit. Manuel. »
Elena tourna la tête vers le plafond, comme si elle pouvait voir à travers les couches d'isolant et d'acier. « Combien de temps pour la déployer ? »
« Dix minutes, si on connaît le mécanisme. Il faut l'orienter vers le satellite-relais de l'ombre terrestre, puis activer la séquence d'émission. » Jack fouillait déjà dans un compartiment mural, en sortant une caisse de connecteurs et une clé de calibrage. « J'y vais. »
« Non. » Elena s'approcha, tendant la main pour prendre la caisse. « C'est une tâche de géologue. Je dois étudier le terrain, évaluer la stabilité de la structure après l'explosion, vérifier que le toit n'a pas de fissure qui menacerait l'intégrité de l'antenne. »
Jack la dévisagea, une lueur d'amusement malgré la tension. « Tu sais que c'est un prétexte, pas vrai ? Tu veux voir le cratère. »
« Et si je le veux ? » Elena attrapa la caisse et enfila son casque, vérifiant les joints avec des gestes précis. « C'est peut-être la seule occasion de ma vie d'observer un impact de cette nature sur un sol lunaire vierge. La science ne s'arrête pas parce que d'autres ont choisi la destruction. »
Elle engagea le sas avant que Jack puisse protester. Le rideau d'air se referma derrière elle, et le silence de la surface l'enveloppa comme une couverture lourde. La lumière rasante du soleil lunaire découpait des ombres nettes, allongées, presque théâtrales. Ses semelles crissèrent sur le régolithe. Elle fit trois pas et s'arrêta.
Le cratère était là, à moins de trente mètres, béant comme une blessure fraîche dans la plaine grise. Les bords étaient irréguliers, marqués de traînées de verre fondu et d'éjecta en étoile. Cette explosion n'était pas venue de l'intérieur de la station – elle avait frappé de l'extérieur, un impact qui avait creusé la surface avant de déstabiliser les fondations. Elena s'accroupit, son faisceau frontal illuminant le fond du cratère.
Et là, dans la lumière froide, une douzaine de points brillants qui témoignaient d'une glace dense, un dépôt de H₂O presque pur. Ses doigts tremblèrent tandis qu'elle sortit un spectromètre portatif de sa poche de jambe.
« Vazquez, tu me reçois ? » La voix de Jack craquota dans son casque.
« Parfaitement. »
« Le toit est stable ? »
« Le toit est le cadet de mes soucis. » Elena balaya le cratère avec le spectromètre, les chiffres dansant sur l'écran de son viseur. « Jack, il y a de la glace ici. Beaucoup. Une nappe qui n'a jamais été cartographiée. Personne ne savait qu'elle existait. »
Le silence à l'autre bout du canal avait une texture. « Je te rappelle que notre mission, c'est de témoigner d'un sabotage, pas de mesurer de l'eau. »
« Et si on s'en sort, cette nappe pourra alimenter une mission habitée permanente. Chaque litre d'eau sur la Lune, c'est de la vie, Jack. Ils vont construire une base ici un jour – et ils auront besoin de savoir que ce gisement est là. »
Elle se releva, le spectromètre à la main, regardant alternativement le cratère et le bâtiment de la station. La tiraillements s'était installée dans sa poitrine, un nœud familier. Toute sa vie avait été une course entre découvrir et survivre, entre témoigner et sauver. Et ici, sur cette surface d'une beauté cruelle, le dilemme avait pris une forme concrète.
L'échelle de maintenance menait au toit, une structure plate surplombant un alignement de panneaux solaires morts. Elena grimpa, les barreaux métalliques grinçant sous son poids réduit. En haut, l'antenne de secours était repliée comme un oiseau blessé, un assemblage de bras articulés et de paraboles emboîtées.
Elle déverrouilla les sangles de sécurité, consulta le plan mental que Jack lui avait décrit, et tira le levier principal. L'antenne se déplia avec un claquement mécanique, les segments s'étendant vers le ciel zénithal, chacun s'enclenchant avec une précision qui lui fit penser aux articulations d'une libellule.
Les capteurs s'alignèrent automatiquement, et elle activa le transmetteur de secours. Dans son casque, une tonalité claire indiqua que le signal de liaison était établi.
« Antenne déployée, » dit-elle. « Le satellite relay est en vue. Je lance l'envoi des données. »
C'est alors qu'une autre tonalité vint superposer la première. Une série de bips courts et réguliers, provenant d'une fréquence qui n'appartenait à aucun réseau connu. Elena vérifia le panneau de navigation de son viseur : la direction indiquée ne correspondait à aucun site répertorié, ni la base principale, ni Lune-Ville, ni aucun balise de surface.
« Qu'est-ce que c'est ? » demanda Jack dans le canal.
Elena resta muette un instant, l'oreille tendue – impossible, bien sûr, mais elle écoutait avec tout son corps, une tension dans les épaules. Le signal se répétait, identique, régulier, comme une pulsation métronomique.
« Je reçois un signal, » dit-elle finalement. « Sur une bande que je ne connais pas. Il vient du nord-ouest, à environ quinze degrés au-dessus de l'horizon lunaire. »
« Un satellite ? »
« Non. C'est trop faible, trop collé à la surface. C'est localisé. »
Elle resta là, perchée sur le toit de la station, le regard perdu dans la plaine grise et désolée qui s'étendait jusqu'à la courbure visible de la Lune. Le cratère brillait derrière elle, sa glace captant la lumière comme un bijou sombre et clair. Le signal continuait son appel têtu, une petite voix dans le désert.
Les données de Liang étaient stockées dans le transmetteur, prêtes à partir. La preuve du sabotage serait peut-être bientôt entre les mains des autorités. Mais ce signal – cette vibration inconnue venue de nulle part – ajoutait une nouvelle inconnue à l'équation. Elena ferma les yeux, sentant la chaleur de la combinaison contre sa peau, la légèreté de son corps dans la gravité lunaire.
Elle alluma la balise directionnelle du viseur et le signal cessa momentanément, remplacé par un flux de coordonnées qui ne correspondait à rien de répertorié dans les cartes. Une position, une profondeur, une source.
Quelque chose l'attendait au nord-ouest. Mais elle devait d'abord s'assurer que le dernier message de Liang soit sauvegardé dans la mémoire de l'antenne – et que la guerre entre ses instincts de scientifique et son élan vers la vérité n'ait pas déjà planté les graines d'une nouvelle erreur.
Elle se retourna vers la trappe et commença à descendre, le système de liaison enregistrant silencieusement les données au fur et à mesure que les batteries grêles de la station suintaient leur dernière énergie.
« Je rentre, » dit-elle dans l'intercom. « On a du travail. »
La trappe se referma au-dessus d'elle avec un bruit sourd, et le monde étroit et climatisé de la station l'accueillit à nouveau, avec sa lumière faible, et la silhouette de Jack qui se découpait dans l'embrasure de la salle de contrôle.
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