Dérive Lunaire
Lire le chapitre 24: Payoff: Liang's Truth
La lueur orangée du brasier dansait sur les collines de corniche alors que le transport blindé franchissait le dernier cratère. Elena coupa les propulseurs, et le silence retomba, lourd comme un linceul.
Le sas principal de la base Érato était scellé — un mur de titane verrouillé, marqué de stries noires là où le feu avait léché les panneaux extérieurs. Un voyant clignotait en rouge au-dessus de la console : ACCÈS REFUSÉ — PROTOCOLE DE CONFINEMENT ACTIF.
« Merde », souffla Jack, les jointures blanches sur le volant.
Derrière eux, Liang émit un râle. Elena se retourna d’un bloc — le moniteur cardiaque affichait un pouls faible mais régulier. Il avait les yeux ouverts, vitreux, mais conscients.
« Écoutez-moi », dit-il, la voix cassée par le pneumothorax. « J’ai saboté le réacteur. »
Elena se figea. Jack pivota, le visage décomposé.
« C’était moi », reprit Liang, chaque mot lui coûtant un effort visible. « La première explosion. Pas Minos. J’ai forcé le cœur du réacteur en surchauffe pour déclencher l’évacuation générale. C’était le seul moyen de sortir tout le monde avant que le consortium ne verrouille le silence. »
Elena sentit le sol se dérober sous ses pieds. « Mais les morts... »
« Le délai. » Liang ferma les yeux une seconde. « Quelqu’un a retardé l’ordre d’évacuation de neuf minutes. Neuf. Suffisant pour que trente-sept personnes croient à un exercice et restent dans leurs quartiers. » Sa voix se brisa. « Je voulais les sauver. Je les ai tués. »
Le silence à l’intérieur du transport était total. Jack regardait Liang, la mâchoire serrée, comme s’il essayait de recomposer un puzzle dont les pièces étaient toutes faussées.
« Le sas de service », murmura Liang. « Code 4471-Bravo. Côté est, sous le hangar des rovers. Il mène à un tunnel d’inspection vers le laboratoire principal. Personne d’autre que moi ne le connaît. »
Elena hésita une fraction de seconde, puis tapa le code sur la console du transport. Un pan du relief rocheux, à deux cents mètres à l’est, glissa sur lui-même avec un grincement métallique à peine audible.
« Il nous le devait », dit-elle, plus pour elle-même que pour les autres.
Jack engagea le transport vers l’ouverture. Le tunnel était sombre, étroit, ses parois suintant une condensation glacée. Ils avancèrent au ralenti, les phares perçant à peine la nuit artificielle.
Quand le transport s’arrêta contre le sas intérieur, Elena aida Jack à porter Liang sur une civière de fortune. Ils poussèrent l’homme blessé dans le couloir du laboratoire, dont l’air sentait le brûlé et l’ozone.
La voix les arrêta net.
« Posez-le. Lentement. Les mains où je peux les voir. »
Un homme se tenait dans l’embrasure, un pistolet à impulsion pointé sur la poitrine d’Elena. Il portait l’uniforme des services de sécurité de la base — insigne KESSLER, cheveux gris coupés court, yeux froids comme la glace du pôle sud lunaire.
« Kessler », souffla Jack. « Le quatrième. »
Kessler esquissa un sourire mince. « Cinquième, si on compte Liang. Mais il a trahi sa cause, alors les étiquettes changent. »
Il fit un pas en avant, le canon de l’arme parfaitement stable. « Le Dr Liang a été très occupé, n’est-ce pas ? Il a rassemblé des données, des noms, des comptes offshore. Des choses qui ne doivent jamais quitter cette base. »
Elena jeta un coup d’œil à Jack. Il était à un mètre et demi de Kessler, ses mains levées à hauteur d’épaules, les muscles de sa nuque tendus comme des câbles.
« Votre ami est mourant », dit Kessler, désignant Liang d’un hochement de tête. « Et vous deux, vous êtes soit des héros, soit des imbéciles. Ça me va dans les deux cas. Mais les données, je les récupère. »
Il tendit la main libre. « Le disque. Maintenant. »
Elena sentit le poids du lecteur de données dans sa poche intérieure — l’enregistrement de Liang, les preuves, tout ce pour quoi Marcus était mort. Tout ce pour quoi elle-même était morte, professionnellement, sur Mars.
Elle ne bougea pas.
Kessler arma son arme. Le cliquetis résonna dans le couloir, menaçant comme le battement d’un cœur arrêté.
« Dernier avertissement, docteur Vasquez. »
Elena croisa son regard, et dans ses yeux, elle vit non pas un homme, mais un rouage d’une machine bien plus vaste — Minos, l’hydre dont elle n’avait même pas encore mesuré la tête.
« Vous allez nous tuer ici, Kessler ? demanda-t-elle, la voix étrangement calme. Et après ? Le feu effacera tout ? »
Kessler sourit. « C’est précisément le plan. »
Le pouls d’Elena cognait dans ses tempes. Derrière Kessler, au bout du couloir, elle vit le reflet d’un extincteur automatique au plafond. Le système anti-incendie.
Elle engagea imperceptiblement le poids sur sa jambe droite.
Le sourire de Kessler s’élargit, comme s’il lisait dans ses pensées — ou dans sa panique naissante.
« Ne faites rien de stupide, Docteur. »
Il fit un pas de plus.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.