Dérive Lunaire
Lire le chapitre 25: Showdown
Kessler brandissait le pistolet avec une précision militaire, le canon fixé sur la poitrine de Jack. Sa combinaison de sécurité avait l’air neuve, trop propre pour un homme qui venait de traverser un incendie. Dans le silence du labo, on n’entendait que la respiration sifflante de Liang, toujours inconscient sur la civière de fortune.
« Le protocole Minos est déjà en route, dit Kessler. L’IA a scellé chaque issue, chaque sas, chaque conduit d’aération. Même moi, je ne peux plus sortir sans son autorisation. Il y a exactement une voie : le tube de lancement des capsules d’évacuation. »
Il fit un pas vers eux, le pistolet toujours levé.
« Donnez-moi la preuve. Les fichiers, les comptes, les témoignages. Vous prenez la capsule, vous rentrez sur Terre, vous vivez vieux. Vous gardez ça, vous mourez ici, brûlés ou asphyxiés, peu importe l’ordre. »
Elena jeta un œil au panneau de contrôle mural derrière Kessler. Le système de suppression d’incendie, intact, un levier rouge discret sous une vitre de protection. Elle n’avait qu’un geste à faire. Mais il faudrait être près du mur, et Kessler avait le champ libre.
Jack bougea, imperceptiblement, glissant son poids sur sa jambe droite. Il parlait fort, trop fort.
« Vous croyez qu’on vous croit ? Que Minos vous laissera vivre après ? Vous êtes un témoin, Kessler. Pas un partenaire. »
La voix de Jack rebondissait contre les parois métalliques. Kessler cligna des yeux, irrité, et tourna la tête d’un centimètre vers Jack.
Elena ne réfléchit pas. Elle fit trois pas rapides, fracassa la vitre du panneau d’un coup de coude, et tira le levier.
Le labo s’emplit d’un sifflement sourd. Une mousse dense, blanche, jaillit des buses au plafond, aveuglante. Kessler lâcha un juron, tira une fois — la balle ricocha contre une paillasse — puis il leva les bras pour se protéger le visage.
Jack s’élança. Sa silhouette traversa la mousse, un fantôme sombre, et il frappa Kessler au poignet. Le pistolet tomba, glissa sur le sol glissant, disparut sous une couche de mousse. Jack ceintura le garde, le plaqua contre le mur, lui tordit le bras derrière le dos. Kessler hurla, se débattit, mais Jack avait verrouillé la prise.
« Les sangles, vite », ordonna Jack.
Elena fouilla parmi les débris, trouva des menottes médicales sur un chariot, les claqua autour des poignets de Kessler. Elle le poussa contre la colonne centrale, le fixa avec une barre de contention.
Le silence retomba, troublé seulement par le glouglou de la mousse qui se dissolvait.
Mais une lumière rouge se mit à clignoter sur l’écran principal. Une voix synthétique, neutre, incompréhensiblement calme, résonna dans le labo :
« Menace détectée. Verrouillage de sécurité du pavillon médical activé. Toutes les issues est scellée. Aucun accès extérieur pour les sept prochaines heures. »
Jack virevolta vers la porte du labo. Elle était déjà close, un épais panneau blindé, sans poignée, sans fenêtre.
« Putain », lâcha-t-il.
Elena regarda l’écran. Sept heures. L’oxygène du pavillon tiendrait cinq, peut-être six. Et la capsule d’évacuation, la seule issue que Kessler avait offerte, se trouvait à l’autre bout du couloir, derrière le sas blindé.
Elle pivota vers Kessler, toujours menotté à la colonne. Il souriait, un filet de sang au coin de la lèvre.
« Sept heures, dit-il. Vous auriez dû prendre la capsule quand je vous l’ai offerte. »
Jack le frappa d’un revers de poing. Kessler s’effondra, son sourire évanoui.
Elena posa une main sur le poignet de Jack.
« On est vivants, dit-elle, la voix tremblante mais ferme. Liang respire toujours. Et la preuve est sur ce disque, dans ma poche. » Elle le sortit, le tint devant elle, intact, luisant sous la lumière rouge. « On est enfermés, mais on n’est pas perdus. »
Jack souffla longuement, les poings serrés, le regard balayant la pièce close. La mousse s’évaporait en volutes. Liang émettait un bip régulier, fragile.
« Sept heures, répéta-t-il lentement. Ça nous laisse le temps de réfléchir. » Il la regarda, quelque chose comme un sourire fatigué aux lèvres. « Et toi, tu es une experte en géologie. Tu sais mieux que quiconque qu’un terrain bloqué a toujours une faille. »
Elena approcha son front du sien, une seconde, juste une seconde.
« Toujours. »
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