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Écho d'Avalanche

Lire le chapitre 10: The Crevasse's Whisper

Le cri vient du sud, pas de la crête où Bernard aurait dû se trouver. Élise s'immobilise, le vent lui cinglant le visage, et tend l'oreille. Rien. Juste le gémissement continu de la tempête qui tambourine contre les parois du couloir étroit où elle s'est engagée.

Elle fait trois pas de plus, et le son revient — un appel humain, étouffé, comme si quelqu'un parlait depuis le fond d'une bouteille. Il ne vient pas de la crête sud. Il monte d'en bas. De la crevasse.

Élise s'agenouille, écarte la neige qui s'accumule, et découvre une fissure profonde d'environ un mètre de large à son embouchure, qui s'évase en descendant. La lumière rasante de cette fin d'après-midi ne porte pas assez loin. Elle sort sa lampe frontale et l'ajuste.

— Bernard ? appelle-t-elle. Bernard Calliet, c'est vous ?

Le vent avale sa voix. Mais quelques secondes plus tard, un son monte — un grognement, ou un gémissement. Cela suffit.

Elle attache sa corde à un piton naturel, un bloc de granit gelé qu'elle teste de tout son poids avant de s'y fier. Elle a quarante mètres de corde. C'est court. Beaucoup trop court pour une vraie descente. Mais elle n'a pas le choix.

Elle s'engage dans la fissure, dos contre une paroi, pieds contre l'autre. La glace crisse sous ses crampons. Dix mètres. Quinze. La crevasse rétrécit, puis s'ouvre sur une cavité plus large, une sorte de grotte de glace où la lumière bleutée filtre à travers des parois translucides.

Et là, effondré contre une paroi, la jambe gauche tordue sous lui à un angle contre nature, Bernard Calliet la regarde avec des yeux fiévreux.

— Vous... vous êtes venue, murmure-t-il.

Élise s'accroupit à côté de lui, les mains déjà en mouvement pour évaluer les dégâts. Elle sort sa trousse d'urgence. Le pouls est faible mais régulier. Le visage est marbré de froid, les lèvres bleuies, mais il est vivant. La jambe est cassée. Fémur probable, à en juger par la déformation. Elle resserre sa mâchoire.

— Vous avez de la chance que je sois têtue, dit-elle en déroulant une attelle. Qu'est-ce qui vous a pris de partir comme ça ?

Bernard ferme les yeux. Il tremble de tout son corps, malgré les couches de vêtements.

— La lumière, souffle-t-il. La lumière jaune, sur le rocher. Je l'ai vue depuis le refuge. Je... je devais vérifier.

Élise s'arrête à mi-geste. La lumière jaune. Son écharpe. Il a vu son écharpe, posée comme balise, et il est parti pour la toucher ? Cela n'a aucun sens.

— Vous parlez de mon écharpe ? Celle que j'ai laissée sur le rocher pour le pilote ?

Bernard hoche faiblement la tête.

— Je l'ai crue... j'ai cru que c'était le sien. Que c'était lui.

Le froid qui envahit Élise n'a plus rien à voir avec la température. Le sien. Il parle comme s'il attendait quelqu'un. Comme s'il cherchait quelqu'un.

— De qui parlez-vous, Bernard ? Qui attendiez-vous ?

Mais Bernard secoue la tête, les yeux déjà vitreux. L'hypothermie progresse. Il faut agir, pas interroger. Élise termine l'attelle avec des gestes rapides, puis enroule une couverture de survie autour de ses épaules.

— Je vais vous sortir d'ici, dit-elle. Mais il faut m'aider. Vous devez rester éveillé.

Elle sort son appareil photo de son sac — un reflex argenté, son compagnon de toujours, qui a survécu à plus de tempêtes qu'elle ne peut en compter. Elle n'a plus de batterie pour autre chose que quelques flashes. Mais les flashes, justement...

Elle se redresse, remonte vers la surface d'une dizaine de mètres, et oriente l'objectif vers le ciel. Un rayon de lumière déclenche trois éclairs successifs — un long, deux courts. Le code qu'elle utilisait avec Luc, il y a une autre vie. S'il est en l'air, s'il cherche, s'il a encore son regard habitué au sien, il comprendra.

Rien. La tempête avale la lumière comme si elle n'avait jamais existé.

Élise redescend auprès de Bernard. Ses pieds sont engourdis. Il faut absolument maintenir la chaleur corporelle du vieil homme. Elle s'assoit contre lui, plaque son dos contre le sien, partage sa propre chaleur.

— Racontez-moi quelque chose, Bernard. N'importe quoi. Tant que vous parlez, vous ne dormez pas.

Silence. Puis, d'une voix rauque :

— Julien.

Élise se fige. Son frère. Le nom résonne dans la cavité glacée avec une clarté surnaturelle.

— Comment connaissez-vous ce nom ? demande-t-elle lentement.

Bernard tousse. Un son humide qui fait froid dans le dos.

— Je l'ai vu tomber. En 2012. Dans sa première course d'après son accident. Je faisais partie du groupe qui l'entraînait. Il était... il était déjà faible. Il m'avait demandé de ne rien dire.

Élise sent les battements de son cœur s'accélérer dangereusement. Elle connaît cette histoire. La version officielle. Celle que Julien lui-même lui a racontée : une chute, une fracture, la fin de sa carrière.

— Il est tombé tout seul ? demande-t-elle, la voix serrée.

Bernard tourne la tête vers elle. Ses yeux sont clairs, soudain, comme si la fièvre les avait purgés.

— Il est tombé parce qu'il m'a poussé hors du passage. Il y avait une plaque instable. Il l'a vue. Il a choisi de la prendre sur lui. Je n'ai rien dit. Je n'ai jamais rien dit. J'ai laissé tout le monde croire qu'il avait fait une erreur. J'ai laissé votre pilote prendre la responsabilité de sa propre décision.

Le pilote. Luc. Luc, qui avait donné l'ordre qui avait mené à l'accident de Julien. Sauf que non. Julien s'était sacrifié pour sauver Bernard Calliet, et personne ne l'avait jamais su. Luc n'avait jamais été responsable. Il portait cette culpabilité depuis douze ans pour rien.

Élise serre les poings dans la poche de sa veste.

— Vous êtes resté silencieux pendant douze ans, dit-elle. Et aujourd'hui vous décidez de partir seul dans une tempête pour venir toucher une écharpe jaune ?

Bernard ferme les yeux.

— J'ai vu sa photo, dans un journal. Il était mort la semaine dernière. Une avalanche, dans les Dolomites. Votre frère. J'ai compris que je ne pourrais jamais lui rendre ce qu'il m'avait donné. Alors je suis venu dire à sa sœur que ce n'était pas la faute de son pilote.

Élise accuse le coup. Son frère. Mort. Il y a une semaine. Et elle n'est pas au courant. Personne ne l'a contactée... elle a coupé les ponts avec toute sa famille, avec son passé. Elle n'a même pas eu le télégramme.

Le cri revient, soudain — plus proche, plus clair. Une voix d'homme.

— Élise !

Luc. Elle reconnaîtrait cette voix dans l'enfer.

Elle se redresse, crie à pleins poumons :

— Ici ! Dans la crevasse !

Puis elle laisse retomber sa tête contre la paroi de glace. Luc est là. Il est venu. Et elle doit lui dire que toute sa culpabilité, toutes ses confessions, tout son fardeau — rien de tout cela n'était vrai.

Le sol sous ses pieds émet un craquement sourd.

Elle regarde Bernard, qui la fixe avec une expression de terreur muette.

— Ne bougez plus, murmure-t-elle.

La glace cède d'un centimètre. Puis d'un autre.