Écho d'Avalanche
Lire le chapitre 16: The Aftermath of Atonement
Le grondement du moteur s'éteignit, et le silence qui suivit parut plus épais que la tempête elle-même. Élise retint son souffle, la main encore sur la poignée de la porte du refuge. À travers la vitre givrée, elle ne voyait que le rideau blanc qui les enveloppait, le monde réduit à quelques mètres de visibilité.
Luc s'était levé, son corps tendu vers la fenêtre. Ses doigts s'enroulaient autour de la radio, prêts à alerter quelqu'un, n'importe qui. Mais rien ne venait. Pas de silhouette. Pas de phare perçant la neige.
Le moteur toussa une dernière fois, puis mourut complètement.
Luc échangea un regard avec Élise. Elle lut dans ses yeux ce qu'elle pensait elle-même : qui que ce soit, ils n'avaient pas l'intention d'annoncer leur arrivée.
Ils attendirent. Une minute. Deux. Le vent hurla contre les murs du refuge, faisant vibrer les vitres dans leurs châssis. Le sol trembla légèrement — un contrecoup du séisme, ou peut-être un autre signe que la montagne n'avait pas fini de bouger.
Toujours rien.
« Peut-être qu'ils ont vu le refuge et décidé de continuer », murmura Élise, sans y croire elle-même.
Luc ne répondit pas. Il s'approcha de la porte, prêt à l'ouvrir, quand un craquement distinct – celui d'une botte sur la neige gelée – lui fit tendre la main vers son piolet, posé contre le mur.
Élise secoua la tête. Deux personnes, pensa-t-elle. Pas une. Le moteur avait le son d'une machine légère, une motoneige de loisir, pas un véhicule de secours.
Le craquement se rapprocha. Une ombre passa devant la fenêtre. Puis une autre.
Luc recula d'un pas, plaçant son corps entre la porte et Élise.
La poignée tourna.
Un homme entra, la capuche de son anorak remontée, le visage à moitié masqué par une écharpe de laine. Il cligna des yeux dans la pénombre du refuge, les refermant à moitié pour dissiper le contraste entre la blancheur dehors et la pénombre dedans.
Derrière lui, une femme se glissa, plus petite, engoncée dans une veste trop grande.
« On a vu la lumière », dit l'homme en français, la voix étouffée par l'écharpe. Il la baissa. Fine pellicule de givre sur ses joues, yeux bleus fatigués. « Réfuge communal, pas vrai ? On cherchait un abri pour la nuit. »
Luc ne baissa pas son piolet. Pas encore.
« Vous venez d'où ? »
« Vallée d'en bas. On faisait la traversée du col avant que ça tourne. On aurait pas dû. » Il rit, un son bref sans joie. « On a vu les balises, on s'est dit qu'on passerait avant la tempête. On avait tort. »
La femme s'avança, retirant ses gants. « Vous êtes seuls ? »
Élise regarda Luc. Il y avait mille choses à dire, et aucune ne devait sortir devant des étrangers. Pas les survivants. Pas le corps. Pas le fait que tout un groupe de randonneurs attendait de l'autre côté de la crête, dans un abri de fortune, avec Bernard au fond d'une crevasse.
« On est deux », dit Luc, posant finalement son piolet. « Vous avez de l'essence ? »
« Un quart de réservoir. Elle a calé en montant la dernière pente. » Il secoua la tête. « Vous êtes secouristes ? »
Luc hésita. Élise vit le calcul dans ses yeux. Avouer leur rôle, c'était s'exposer à des questions. Ne pas l'avouer, c'était mentir à des gens qui pouvaient devenir des alliés ou des obstacles.
« Guide de montagne », dit Élise avant que Luc ne puisse répondre. « Lui aussi. On était sur la crête quand ça a lâché. »
L'homme acquiesça, trop épuisé pour creuser. La femme s'était déjà dirigée vers le poêle, tendant ses mains vers la faible chaleur qui en émanait encore.
Luc fit un pas vers Élise, baissant la voix. « Je leur fais confiance par défaut. Mais on les garde à l'œil. »
Elle hocha la tête, puis alla remplir une casserole d'eau de neige fondue pour le thé.
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Quand ils furent installés – les deux nouveaux venus, Marc et Sofia, roulés dans des couvertures près du poêle –, le silence retomba. Le vent dehors avait forci, sifflant dans les interstices avec une obstination rageuse. Le refuge tenait bon, mais chaque rafale semblait le tester.
Élise s'assit sur la banquette de bois, adossée au mur. Elle était épuisée, mais elle savait que le sommeil ne viendrait pas. Pas tout de suite. Pas avec cette tension dans sa poitrine, cette sensation que quelque chose avait changé entre elle et Luc sans qu'elle ait eu le temps de le nommer.
Luc s'approcha, s'asseyant à l'autre bout de la banquette. Il ne la regardait pas directement, mais elle sentait sa présence comme une pression dans l'air.
« Tu devrais dormir », dit-il enfin.
« Je devrais beaucoup de choses. »
Il tourna la tête vers elle. Dans la pénombre, ses traits semblaient plus durs, plus marqués qu'avant. La fatigue, le froid, et peut-être autre chose.
« Ça fait combien de temps que tu caches ça ? »
Elle feignit la confusion. « Cache quoi ? »
« La pâleur. La façon dont tu t'es affaissée à la lisière de la crête. Le fait que tu surveilles ton souffle comme s'il allait te trahir. » Il ne haussa pas la voix. C'était pire. « Tu m'as dit "plus tard". C'est plus tard. »
Élise ferma les yeux. Marc et Sofia étaient à l'autre bout de la pièce, assez loin pour ne pas entendre, mais le refuge était une caisse de résonance. Chaque mot portait.
« Je ne le cache pas, Luc. Je le gère. »
« Gérer, c'est pas la même chose que vivre avec. » Il se pencha en avant, les coudes sur les genoux. « Je t'ai connue capable de grimper dix heures sans t'arrêter. Tu t'es arrêtée trois fois sur le chemin du refuge. Tu crois que je compte pas ? »
Elle ne répondit pas tout de suite. Le silence s'étira, rempli par le vent et le craquement du poêle.
« J'ai une malformation cardiaque congénitale », dit-elle enfin. Les mots sortirent plats, sans fioriture. « On l'a découverte il y a huit ans. Juste après... » Elle s'arrêta.
« Juste après ton départ », finit-il pour elle.
Elle acquiesça. « Je l'ai su en juillet de cette année-là. Trois semaines après avoir quitté Chamonix. Je faisais un bilan de routine, parce que je commençais un contrat au Népal et qu'ils exigeaient un certificat médical. On a trouvé une arythmie. Rien de mortel, mais... » Elle chercha ses mots. « Ça pouvait évoluer. L'altitude pouvait l'aggraver. Les médecins m'ont dit de réduire l'exposition aux hautes altitudes. Je leur ai ri au nez. Et puis j'ai compris que je ne pouvais pas te demander de partager ma vie avec cette épée de Damoclès suspendue au-dessus de nos têtes. »
Luc resta immobile. Elle ne pouvait pas lire son expression dans la pénombre, et elle n'en était pas sûre de vouloir.
« Tu pensais que j'aurais pas supporté », dit-il. Ce n'était pas une question.
« Je pensais que tu avais déjà fait assez de sacrifices pour moi. Tu venais de refuser le poste de chef pilote à Genève pour rester proche de la montagne. À cause de moi. Parce que je voulais photographier les glaciers avant qu'ils disparaissent. » Elle déglutit. « Je pouvais pas ajouter ça en plus. »
Luc se passa une main sur le visage. Quand il la retira, ses yeux brillaient d'une lueur qu'elle ne sut pas nommer.
« Tu sais ce que je me suis dit quand tu es partie, Élise ? Je me suis dit que je m'étais trompé. Que tu avais choisi la lumière de l'objectif plutôt que ma vie à moi. Que j'étais pas assez bien. Que la montagne – toutes les montagnes du monde – était plus importante que nous deux. » Il rit, un son sans joie. « Je t'ai haïe pour ça. Et je t'ai haïe encore plus parce que je pouvais pas m'empêcher de t'aimer quand même. »
Élise sentit une chaleur dans ses yeux qu'elle refoula d'un clignement. « Je suis désolée. »
« Tu l'as dit déjà. »
« Je le pense plus maintenant que je pensais que je le pensais avant. »
Il la regarda, une lueur d'humour traversant brièvement son regard. « Ça fait beaucoup de pensais dans une phrase. »
Elle laissa échapper un son, presque un rire. Presque. « La maladie m'a rendue meilleure à l'esquive, j'imagine. »
Luc secoua la tête. Il ne souriait plus. « Huit ans, Élise. On aurait pu avoir huit ans de plus. Et j'ai passé ces huit ans à te reprocher quelque chose que tu ne m'as jamais donné la chance de choisir. »
Le silence retomba entre eux, plus lourd que les précédents. Les mots restaient suspendus, comme des cristaux de glace dans l'air.
Marc remua dans son coin, marmonnant quelque chose dans son sommeil. Sofia ne dormait pas – elle avait les yeux ouverts, fixant le plafond, trop tendue pour se laisser aller.
Élise baissa la voix. « Je pensais que te protéger de ça, c'était te protéger de moi. Je pensais que je te tirerais vers le bas. Que je deviendrais un boulet. Que tu arrêterais de piloter, de sauver des gens, de faire ce que tu fais de mieux dans le monde, pour rester près de moi et t'inquiéter. »
« Et alors ? » Luc la regarda fixement. « Tu crois que j'ai passé ce dernier paquet d'années à sauver des gens en oubliant que quelqu'un m'attendait peut-être à la maison ? Tu crois que je te voyais dans les magazines, sur les affiches des festivals, dans les reportages – et que j'étais heureux ? Parce que tu étais là-bas, souriante sur le sommet, sans moi ? »
Elle ne répondit pas.
« Toutes les nuits », dit-il, la voix plus basse encore, presque inaudible sous le hurlement du vent, « je me suis demandé si tu pensais à moi. Et je me suis convaincu que la réponse était non. Alors j'ai arrêté de poser la question. »
Élise sentit les mots se former dans sa gorge, lourds et fragiles. « Je n'ai jamais arrêté de penser à toi. »
Luc resta immobile un long moment, puis il se tourna légèrement vers elle. Dans la lumière vacillante du poêle, son visage semblait moins marqué, comme si quelque chose s'était desserré en lui.
« Moi non plus », dit-il doucement. « Je crois que c'est ça, le problème. On a passé huit ans à se manquer sans se donner la permission de se le dire. »
Élise ne trouva pas de réponse. Elle le regarda, et pour la première fois depuis qu'elle avait mis le pied sur cette montagne, elle sentit quelque chose se déplier dans sa poitrine – quelque chose de fragile, comme une aile qui s'ouvre après un long hiver.
Le vent hurla, plus fort que jamais. Le refuge trembla, une secousse brève et violente qui fit tomber la casserole vide du poêle. Le sol vibra sous leurs pieds.
Luc se leva, le regard dur. Il regarda par la fenêtre, où la neige tombait en rideaux serrés.
« Elle est en train d'empiler, dit-il. Ça va tenir toute la nuit. »
Il se tourna vers elle. « Repose-toi. Je monte la garde. »
Elle aurait pu protester. Mais quelque chose dans sa posture disait qu'il avait besoin d'être utile, besoin de courir contre l'inutile de la situation. Elle acquiesça, se couchant sur la banquette, glissant son sac sous sa tête.
« Luc », dit-elle, yeux fermés.
« Oui ? »
« Personne n'a jamais su, pour la maladie. Pas même ma mère. Tu es le seul. »
Il ne répondit pas tout de suite. Quand il parla, sa voix était étrangement douce, comme une caresse sur une blessure ancienne.
« Je te garde ce secret. Mais plus de mensonges entre nous. Plus rien. »
Elle sentit le sommeil l'atteindre comme une vague, lourde et douce. Quelque part dans la tempête, les moteurs s'étaient tus, les cris s'étaient tus, et il ne restait que le souffle régulier du poêle et la présence solide de Luc dans l'ombre.
« Plus rien », murmura-t-elle avant de sombrer.
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