Écho d'Avalanche
Lire le chapitre 33: The Hidden Crevasse
Le glacier s'étendait devant eux comme une mer figée, ses vagues de glace bleutée ondulant sous un ciel couleur d'ardoise. La visibilité n'excédait pas trente mètres, et malgré le vent qui était tombé, une bruine cristalline réduisait encore le monde à un univers de blanc et de silence. Élise avançait en tête avec Luc, son piolet planté à chaque pas, la corde tendue entre eux et le reste du groupe derrière — une procession fatiguée, hésitante, qui doutait de chaque mètre parcouru.
« Vue correcte à gauche », dit-elle, sans se retourner entièrement.
Luc s'arrêta, cala son piolet, puis scruta la légère dépression qu'elle pointait du doigt. Une faille presque invisible, une ombre infime dans la déclinaison de la neige. C'était son œil qui l'avait remarquée — son œil formé à des années de cadrage, à chercher les lignes que les autres ne voyaient pas.
« Tu en vois d'autres ? » demanda-t-il.
Elle secoua la tête, puis ôta un gant et sortit son appareil de son étui ventral. Il faisait si froid que les premières images montrèrent une buée sur l'objectif. Elle les effaça et recommença, cadrant la dépression sous trois angles différents.
« Profondeur de la pente environ quinze degrés, accumulation sur le versant sous le vent, dit-elle tout en consultant l'écran. La couche de surface semble homogène, mais cette dépression peut masquer une faiblesse de la structure inférieure. On devrait longer le bord ouest.
— On perdra vingt minutes.
— On perdra moins que si quelqu'un tombe dans une crevasse cachée. »
Elle avait raison, et il le savait. Il hocha la tête, puis se retourna vers la cordée. Derrière eux, les quatre touristes restants, Richard, pâle mais déterminé, et le guide — Brasse — qui marchait entre deux des touristes, sous la surveillance vigilante de l'ancien gendarme retraité, Marchand. Personne ne parla. Le silence avait depuis longtemps remplacé les conversations, et chaque regard échangé pesait plus qu'une phrase.
Ils dévièrent vers l'ouest. Élise reprit sa position en tête, analysant chaque variation de la surface comme elle aurait évalué une composition avant un déclenchement. Elle était en train de chercher la ligne de fuite d'une pente légèrement convexe quand elle s'arrêta net.
« Arrête. Tout le monde arrête. »
Luc leva le poing. La cordée se figea.
« Quoi ? » chuchota-t-il en la rejoignant.
Élise ne répondit pas tout de suite. Elle scrutait la neige devant eux, une étendue de trente mètres avant une rupture nette de terrain. Quelque chose dans la perspective lui semblait familier — trop familier. Elle sortit de nouveau son appareil, mais au lieu de photographier, elle se mit à faire défiler des images anciennes, stockées dans la carte mémoire.
« Qu'est-ce que tu cherches ? » demanda Luc.
« Attends. »
La photo apparut, et son souffle se bloqua dans sa gorge. La photographie datait de trois ans — elle l'avait prise lors d'un vol panoramique, survolant ce même glacier avec un pilote local pour un projet de documentaire. Sur l'image, le glacier apparaissait dans toute sa splendeur, presque sans neige fraîche, les crevasses ouvertes comme des cicatrices. Elle zooma sur un secteur précis, et son cœur se serra.
« Luc. Regarde. »
Elle lui tendit l'appareil. Sur l'écran, la photo montrait une portion du glacier avec ses fissures béantes. Élise fit glisser son doigt pour révéler une comparaison rapprochée — la dépression neigeuse qu'elle venait de repérer correspondait exactement à une crevasse large de près de deux mètres, presque entièrement masquée aujourd'hui par des chutes de neige récentes.
« On est juste au-dessus du secteur où on a retrouvé le corps du photographe — enfin, les restes de son matériel. C'est la zone que j'avais sillonnée en prenant mes clichés. Je m'en souviens maintenant : il y a un passage étroit, un pont de neige qui sert de jonction entre deux banquises. Il ne figure sur aucune carte parce qu'il est instable d'une saison à l'autre.
— Tu veux dire que cette crevasse n'est pas un accident ?
— Je veux dire que cette crevasse est le chemin que quelqu'un voulait qu'on prenne. Le pont de neige qui la traverse est l'un des rares endroits de ce glacier où un groupe entier peut s'engager sans éveiller de soupçon avant qu'il ne soit trop tard. »
Luc plissa les yeux, puis se tourna vers l'ouest, là où le terrain semblait plus sûr. « Alors on ne la traverse pas.
— On ne la traversera pas, confirma Élise. Mais si on la contourne par l'ouest, on ajoute au moins deux heures de marche. La fenêtre météo se ferme.
— Alors on ne la contourne pas. On utilise la crevasse comme repère. Il y a un ancien chemin de chasse de mon père qui remontait par la crête nord pour éviter ce glacier. Richard le connaît. On s'y engage maintenant et on le suit jusqu'à la cabane des Écrins.
Derrière eux, une voix s'éleva. C'était Brasse. « La cabane des Écrins est à trois heures à pied par cette crête, et son toit s'est effondré il y a sept ans.
— Son toit s'est effondré, c'est vrai, dit Richard, la voix lasse. Mais la cave est intacte. On peut y passer la nuit. Si on arrive avant la nuit.
— On n'y arrivera pas avant la nuit. » C'était Marchand, les bras croisés, le regard dur. Il montra le ciel, déjà plus sombre à l'est. « Dans deux heures, on ne verra plus à dix mètres. Et nous avons déjà des engelures dans le groupe.
Un silence tendu s'installa. Luc se tourna vers Élise. « Tu crois qu'on peut traverser le pont de neige si on le teste correctement ?
— Le pont de neige n'est pas fiable. Mais le passage que j'ai trouvé sur la photographie montre qu'il y a une autre route, cachée sous la corniche est. On peut passer en rampant sur une surface plus dure, sans traverser la crevasse elle-même. Il faut juste être sûr de la localisation exacte.
— Tu peux la retrouver ?
— Oui. Mais je vais avoir besoin de l'aide du groupe pour creuser un sondage.
Elle s'accroupit, sortit son piolet et commença à tâter la neige devant elle, en mouvements lents, précis. Luc la rejoignit avec le sien, frappant la pente à intervalles réguliers, écoutant le son creux d'une structure fragile ou le rebond dur d'une banquise stable. Les minutes passèrent. Le silence n'était plus rompu que par le bruit métallique des piolets contre la glace sous-jacente.
« Ici. » Luc enfonça son piolet et il le retira noir. Une corde, fine, usée, apparaissait entre les parois du sondage. Élise s'approcha, retira la neige qui l'entourait. Une corde de nylon d'au moins trois mètres de long était tendue horizontalement sous la surface, presque exactement là où le pont mesurait le plus étroit.
« Ce n'est pas possible, murmura-t-elle. Cette corde ne vient pas d'une chute naturelle. Elle a été posée ici pour être retrouvée. Elle mène quelque part.
— Ou elle mène quelqu'un vers nous, répondit Luc en tirant doucement sur la corde.
La neige bougea. Un pan entier de la surface — trois mètres sur deux — se décolla comme une pièce de puzzle et révéla en dessous un rétrécissement de la crevasse, rempli d'un entrelacs de cordes, de mousquetons et d'un petit sac étanche bleu, partiellement enfoui. Élise se pencha, retint la neige autour de l'ouverture avec son piolet. Le sac était déchiré, mais une étiquette plastifiée était encore visible. Elle la dégagea et la retourna.
« François Carrel », lut-elle à voix haute.
Luc la regarda. « Qui ?
— Le mort. Le photographe, c'est lui. L'alpiniste disparu sur ce glacier il y a deux mois. C'est lui qui est au centre de toute cette histoire. »
Le sac pendait au bout de la corde, oscilla doucement au-dessus d'un gouffre invisible. Sous son poids, une nouvelle couche de neige se détacha avec un craquement sinistre, et la corde vibra. Luc se rejeta vivement en arrière, entraînant Élise avec lui. Le sac continua de se balancer, puis se figea.
« On ne peut pas tirer cette corde sans risquer d'effondrer toute la corniche, dit Luc entre ses dents.
— Alors on ne la tire pas, répondit-elle. Mais on ne peut pas non plus la laisser ici.
— Pourquoi ? C'est là que le guide l'a cachée. On prend la crête et on file.
Élise se mordit la lèvre, sans quitter des yeux le sac bleu qui semblait contenir un message, une pièce de ce puzzle qui cherchait à les tuer tous.
« Parce que si Carrel a laissé quelque chose là-dedans, dit-elle doucement, c'est peut-être la seule preuve qui nous dira qui a trafiqué la carte. Et qui l'a envoyé là pour qu'il meure. »
Luc hésita, puis il regarda le ciel, puis le groupe qui attendait dans le froid. Leur fenêtre météo ne tiendrait pas encore deux heures. S'ils s'arrêtaient pour récupérer ce sac, ils risquaient de passer la nuit dehors. Et s'ils repartaient sans, ils abandonnaient la seule réponse possible derrière eux.
« Richard », appela-t-il. « Tu peux tenir encore combien de temps ?
— Assez pour prendre ce sac. Pas assez pour passer la nuit dehors. »
Luc souffla, puis planta son piolet dans la neige, un peu plus loin de la corniche instable.
« Élise, on a vingt minutes. Vingt minutes pour détacher ce sac sans faire tomber tout ce glacier. Après, on file vers la crête — quel que soit ce qu'on aura trouvé. »
Elle acquiesça, déjà accroupie, cherchant le point exact où la corde se nouait à la glace. Ses doigts engourdis trouvèrent un mousqueton gelé, le dégrippèrent avec sa respiration. Sous ses mains, très bas, elle entendait le craquement régulier de la glace qui travaillait. Elle savait que ce pont, chargé de portage, ne tiendrait plus très longtemps.
Il ne leur restait que vingt minutes. Et tout ce qu'ils trouveraient au bout de cette corde allait changer la suite de leur descente.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.