Écho d'Avalanche
Lire le chapitre 40: The Darkness Closes
Le bruit était assourdissant, puis il cessa. Un silence si total qu'Élise crut être devenue sourde. Le grondement de l'avalanche au-dessus de leur tête s'était éteint aussi brusquement qu'il avait commencé, laissant place à une épaisseur de néant qui pesait sur leurs tempes dans le noir absolu.
Elle cligna des yeux. Rien. Aucune lueur, aucune nuance de gris. Juste le froid et l'odeur de la neige compacte et de son propre sang qui séchait sur sa joue.
« Luc ? »
Sa voix était étouffée, avalée par la poche d'air minuscule qui les entourait. Elle tendit la main dans le noir et trouva son épaule, puis son cou. Sa peau était glacée mais vivante. Sous ses doigts, un filet chaud et visqueux coulait de sa tempe.
« Merde, » murmura-t-elle. « Tu saignes. »
Luc grogna, un son qui pouvait être une réponse ou juste une plainte. Elle sentit son corps se raidir contre sa paume alors qu'il tentait de s'asseoir, et l'espace autour d'eux sembla rétrécir encore.
« Combien de temps ? » demanda-t-il, la voix rauque.
« Je ne sais pas. » Elle palpa le plafond de neige au-dessus d'eux. Elle était compacte, dure comme de la pierre. L'air. Elle compta les respirations dans sa tête, essayant de ne pas céder à la panique. La poche était petite — trois mètres cubes tout au plus. Leurs corps émettant de la chaleur faisaient fondre lentement la neige autour d'eux, créant une humidité qui allait rapidement se transformer en hypothermie si elle ne bougeait pas.
« Il faut creuser. » Elle défit le col de sa veste et sortit une petite pelle d'avalanche pliée de son ceinturon. Ses doigts tremblaient déjà, la morsure du froid commençant à ronger ses extrémités.
Luc ne répondit pas. Elle entendit son souffle, irrégulier, un sifflement à chaque expiration. Elle tâtonna vers son visage dans le noir, ses doigts rencontrant la plaie sur sa tempe. Elle était profonde mais pas béante. Le sang continuait de couler, tiède contre le froid de sa peau.
« Reste avec moi, » dit-elle en pressant son moufle contre la blessure. « Je dois arrêter ça, mais il faut que tu m'aides à creuser. »
« Élise... » Il souffla son nom comme une prière, presque sans voix.
« Non. Ne fais pas ça. » Sa voix se brisa et elle la sentit monter, cette chaleur dans sa gorge qui annonçait les larmes. Elle les ravala avec colère. « On ne va pas mourir ici. Pas après tout ça. Tu m'entends ? »
Elle déchira une bande de tissu de sa doublure intérieure et l'enroula autour de sa tête, nouant le bandage de fortune avec des doigts engourdis. Ses mouvements étaient maladroits, approximatifs. Elle aurait eu besoin de lumière. Elle aurait eu besoin d'un million de choses qu'elle n'avait pas.
« À trois, on creuse vers le haut. »
Elle planta sa pelle dans la neige au-dessus d'eux. Le métal rencontra une résistance compacte, presque solide. Elle gratta, des fragments de neige et de glace lui retombant sur le visage. À côté d'elle, Luc s'était tourné sur le dos et creusait aussi, ses bras semblant des poids morts, chaque mouvement coûtant un effort visible.
Elles creusèrent en silence pendant ce qui sembla une heure. Le rythme de leurs respirations remplissait l'espace minuscule, le bruit des grattements étouffés par la masse de neige au-dessus. Élise sentit ses bras brûler, ses épaules crier, puis les brûlures s'éteindre dans un engourdissement sourd. Sa montre était morte, le froid ayant tué la batterie. Elle n'avait plus aucun sens du temps.
« On avance, » souffla Luc derrière elle. « Je sens un passage d'air. »
Elle s'arrêta de creuser, tendit la main en avant. Il avait raison. Une micro-circulation d'air glacé contre ses doigts. Plus léger. Plus dense en oxygène.
« Creuse là, » ordonna-t-elle, et ils échangèrent leurs positions dans le noir, son corps heurtant le sien dans l'espace rétréci.
Luc creusa avec une énergie nouvelle, mais elle entendit vite son souffle devenir rauque, irrégulier. Le sang avait traversé son bandage de fortune. Elle recommençait à le sentir, cette odeur de fer, qui se mêlait à l'odeur de la sueur et de la terreur.
« Laisse-moi. » Elle lui prit la pelle des mains et creusa frénétiquement, une rage froide alimentant ses bras. La couche de neige devenait plus meuble, plus récente. L'air autour d'eux était plus vif maintenant, presque mordant.
Ses doigts rencontrèrent la pelle de Luc alors qu'il la rejoignait au plafond, tous deux creusant côte à côte comme des forcenés, leurs corps serrés l'un contre l'autre dans le boyau étroit qu'ils avaient créé.
« On y est presque, » dit-il, la voix enrouée de fatigue et d'espoir.
Le poignet d'Élise heurta quelque chose de dur. Du plastique. Elle raidit.
« Quoi ? »
Elle tâtonna. Un boîtier de détresse électronique. Leur appareil de recherche ARVA. Elle l'était passé en mode émission avant la descente dans la crevasse. Mais même en émission, qui voudrait le chercher ? Le groupe était au-dessus, pris dans la tempête. Le chalet était piégé. Personne ne savait qu'ils étaient ici.
Elle le laissa contre la paroi, continuant de gratter. Sa pelle heurta une couche plus ferme — le dessus de la neige avalancheuse, presque vitrifiée par le passage du courant. Elle martela la surface de son poing, de sa pelle, des deux bras ensemble. Des craquelures fines, comme un lac gelé qui commence à ployer en dessous.
« Encore, » cria-t-elle, la gorge serrée.
Ils frappèrent ensemble. Le plastique de l'ARVA glissa sous ses doigts comme un dernier espoir, et dans un mouvement instinctif, elle l'agrippa et le tira vers elle pendant que sa pelle libérait un premier trou de la taille d'un poing.
Un souffle d'air pur — pur comme un baptême — donna sur ses joues.
Le ciel, au-delà du trou, était encore noir et hurlant de vent. La tempête n'était pas passée. Elle se resserrait.
Luc se hissa à côté d'elle et son regard rencontra le sien, leurs visages dans le contre-jour de la faible lueur nocturne sur la neige. Il était livide, sa tête bandée imbibée de sang, les yeux caves mais brillants d'un éclat qu'elle ne lui avait pas vu depuis des années.
Elle enfonça son bras ganté dans le trou, agitant dans le vide. Personne ne verrait rien. Personne ne viendrait. La nuit était aveugle et blanche, le vent effacerait toute trace avant l'aube.
« Élise. » Sa voix déchira le vacarme.
Elle se tourna vers lui. Dans sa main, il tenait l'ARVA, la coquille arrachée. Sous la coquille, un voyant rouge clignotait faiblement — faiblement — puis s'éteignit.
La batterie était morte.
Autour d'eux, la tempête hurlait. Et quelque part dans le noir, une balise d'urgence, enfouie sous un lit de neige avalancheuse, envoyait un dernier signal dans le silence.
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