Écho d'Avalanche
Lire le chapitre 41: The Scarf's Return
Le froid les mordit dès qu'ils émergèrent. Élise cracha de la neige, ses poumons brûlant comme si elle avait avalé du verre pilé. Le vent hurlait à travers la brèche qu'elle venait d'ouvrir, un cri blanc qui lui giflait le visage.
Luc était derrière elle, poussant de ses épaules affaiblies. Elle l'entendit grogner, sentit ses mains la saisir par la taille pour la hisser à travers l'ouverture. Elle rampa sur la croûte de neige — la surface de l'avalanche — et se retourna pour l'aider à sortir.
Il s'effondra à côté d'elle, haletant. Son visage était pâle sous la couche de givre, une tache sombre s'élargissant sur le bandage improvisé à sa tempe. Le sang avait gelé en croûtes noirâtres sur sa joue.
« Luc. » Elle saisit son visage entre ses mains gantées. « Luc, regarde-moi. »
Ses yeux se focalisèrent lentement sur elle. « Je suis là. »
« Tu saignes encore. »
« Je sais. » Il ferma les yeux un instant, puis les rouvrit. « On est sortis. C'est ça l'important. »
Elle regarda autour d'eux. La tempête faisait rage, un rideau blanc si dense que le monde s'arrêtait à trois mètres. Le vent emportait leurs paroles, leurs souffles, toute trace de leur passage. Ils étaient seuls dans un océan de blancheur.
« Ils ne nous trouveront jamais là-dedans, » murmura-t-elle.
Luc suivit son regard. « L'ARVA est morte. » Il sortit l'appareil de sa poche — le petit écran noir, inerte. Il le jeta dans la neige avec un jurat étouffé.
Élise fouilla ses poches de veste d'une main tremblante. Ses doigts engourdis rencontrèrent le tissu roulé au fond de la poche intérieure, là où elle l'avait glissé des heures plus tôt — une éternité plus tôt. Elle le sortit.
Le foulard jaune.
Il était encore sec à l'intérieur, protégé par le Gore-Tex. Son jaune éclatant semblait presque obscène dans ce monde blanc et gris.
« Le foulard, » dit Luc, une lueur dans ses yeux fatigués.
« La couleur que les hélicos voient le mieux. » Elle le déplia, le tint devant elle. Il claquait dans le vent comme un drapeau de combat.
« S'ils volent encore, » dit-il. « Dans cette tempête... »
« La tempête faiblit. » Elle le sentait, ou voulait le sentir — le vent semblait moins hurlant, les flocons moins denses. « Ils reprendront l'air dès qu'ils pourront. Et quand ils le feront, je serai là. »
Elle se mit debout, vacilla, planta ses pieds dans la neige. Elle leva le foulard au-dessus de sa tête, le laissant claquer au vent.
Luc la rejoignit en titubant, s'appuyant lourdement sur son bâton de marche tordu. Il se tint debout à côté d'elle, épaules contre épaules.
« Tu fais quoi ? » demanda-t-elle.
« Je tiens debout. Pour qu'ils voient deux formes, pas une. »
Ils restèrent ainsi un long moment. Le temps n'existait plus — seulement le froid qui s'infiltrait sous leurs vêtements, qui leur mordait les extrémités, qui engourdissait leurs pensées. Élise criait dans le vent par intervalles, un cri rauque qui se perdait dans la blancheur.
Le moteur lui parvint d'abord comme une vibration dans ses os. Elle crut à un frisson. Puis le son grossit, devint une pulsation régulière qui faisait trembler l'air autour d'eux.
« Écoute, » dit Luc.
Elle écouta. Le battement d'un rotor, lointain mais distinct, comme un cœur mécanique dans la tempête.
« Ici ! » hurla-t-elle en agitant le foulard. « Ici ! »
La forme apparut dans le ciel — sombre, solide, émergeant du plafond nuageux comme une créature des profondeurs. Un hélicoptère d'urgence, sa carlingue rouge et blanche à peine visible à travers la neige qui tombait.
Luc leva son bâton, l'agita au-dessus de sa tête. Élise cria de nouveau, sa voix se brisant dans sa gorge sèche.
L'hélicoptère dériva vers eux, lentement, prudemment, son rotor soulevant des tourbillons de neige autour d'eux. Il se posa à une trentaine de mètres, creusant une cuvette dans la neige fraîche.
Deux hommes en combinaison orange en jaillirent, courbés contre la déflagration des pales.
« Plus vite, plus vite, » hurla Élise, mais le vent emportait le mot.
Elle saisit Luc par le bras, le tira vers l'appareil. Ses pas étaient lourds — les siens aussi. Le froid avait gagné du terrain, avait transformé ses mains en serres, ses pieds en blocs de glace à l'intérieur des bottes.
Un secouriste les rejoignit, la saisit par l'épaule, la guida vers la porte ouverte de l'hélicoptère. Des mains fortes la hissèrent à l'intérieur. Elle se tourna aussitôt, tendit la main vers Luc.
Il arrivait, porté presque par le deuxième secouriste, son visage gris comme la neige autour d'eux. Elle attrapa sa main, tira avec toute la force qui lui restait.
Il s'effondra sur le plancher métallique à côté d'elle, et elle l'enlaça, le serrant contre elle tandis que l'hélicoptère prenait son envol dans un rugissement.
« L'Antoine, » souffla-t-il dans son oreille. « Il est resté de l'autre côté de la crevasse. »
Elle se tourna vers les secouristes. « Il y a un blessé — de l'autre côté du champ de crevasses. Fracture ouverte à la jambe. »
Le secouriste hocha la tête, parlant dans son micro. « On a déjà eu un signal de sa balise. Une équipe au sol est partie le chercher. »
Luc ferma les yeux, sa tête tombant sur l'épaule d'Élise. Elle sentit sa nuque contre sa joue — le sang séché qui craquait contre sa peau, le frisson qui le parcourait.
Elle glissa la main dans sa poche, en sortit le foulard. Il était encore jaune — toujours jaune, malgré tout. Un éclat de vie dans ce monde de métal et de froid.
« Tiens, » dit-elle doucement.
Luc ouvrit les yeux, regarda le foulard. Un sourire fatigué étira ses lèvres gercées. Il le prit de ses doigts engourdis, lentement, presque cérémonieusement — et l'enroula autour de son poignet, serrant le nœud avec ses dents.
Il leva le poignet, le foulard jaune flottant comme une promesse entre eux.
« Je ne le quitte plus, » dit-il.
Sa tête retomba sur son épaule. Elle laissa ses doigts s'entrelacer avec les siens — le foulard entre leurs paumes — et ferma les yeux, bercée par les vibrations de l'hélicoptère qui les emportait vers le sud, vers la lumière, vers le chalet où quelques heures plus tôt elle avait cru mourir.
Mais ce n'était pas le chalet. C'était l'hôpital de Chamonix, et les lumières de la vallée qui défilaient sous eux, et la vie — la vie qui continuait, chaude et impitoyable.
Elle compta ses battements de cœur. Un, deux, trois. Il respirait encore. C'était tout ce qui comptait.
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