La Barricade et le Pansement
Lire le chapitre 27: Aftermath of the Arrest
La chambre sentait le vieux papier peint et la poussière des rideaux tirés. Élise avait compté les pas entre le lit et la fenêtre — dix-sept — puis les craquelures du plafond — quarante-trois. Elle avait cessé de compter les heures.
On frappa. Trois coups discrets, pas le martèlement des soldats de Félix. Élise se leva d'un bond, les mains moites.
La porte s'entrouvrit sur le visage de Célestine, la femme de chambre que Félix avait assignée à sa surveillance. Mais Célestine avait un regard différent aujourd'hui, un regard qui jaugeait, qui pesait.
« Mademoiselle. » Elle tenait un plateau avec du pain, du fromage, une carafe d'eau. Le pain était frais. C'était un message en soi.
Élise prit le plateau sans mot dire. Célestine ne partait pas. Ses doigts, effilés comme des plumes, tapotaient le rebord du plateau — un rythme, une attente.
« Votre père — M. Moreau — est à Versailles depuis l'aube. Le procès commence à midi. »
Élise sentit ses genoux mollir. Elle s'assit au bord du lit, le pain serré contre sa poitrine comme un enfant.
« On dit » — Célestine baissa la voix — « que le tribunal militaire ne prendra pas une journée entière. Les ordres sont venus directement de Thiers. »
Élise ferma les yeux. Henri devant un peloton. Henri fusillé contre un mur de Versailles pendant qu'elle restait ici, prisonnière dorée, à compter les fissures du plafond.
« Il doit y avoir un moyen. » Élise rouvrit les yeux. Sa voix avait changé, plus dure, plus plate. « Les Communards encore libres. Ceux qui se cachent encore. Vous les connaissez. »
Célestine eut un mouvement de recul — presque imperceptible, mais Élise le vit.
« Mademoiselle, je ne peux pas... »
« Vous le pouvez. » Élise se leva, marcha vers la fenêtre, puis se retourna. La lumière grise de Paris entrait par les persiennes, striant le parquet de barres sombres. « Vous m'avez apporté du pain frais alors que la boulangerie de la rue de Sèvres a fermé il y a deux semaines. Vous avez des contacts. »
Célestine baissa les yeux sur ses mains. Un silence long, où l'on n'entendait que le canon, sourd et lointain, au nord.
« Il y a un homme, » finit-elle par murmurer. « Ancien du 101e. Il opère autour des égouts de la rive gauche. On l'appelle Père la Goutte. » Elle releva les yeux. « Je peux lui faire passer un mot. Mais si M. Moreau l'apprend, je serai jetée à la rue. Ou pire. »
« Vous ne serez pas jetée à la rue, » dit Élise. « Je vous protégerai. »
« Vous êtes prisonnière, mademoiselle. Vous ne pouvez pas protéger un moucheron. »
La phrase tomba comme un coup. Élise n'avait pas de réponse immédiate. Elle prit le temps de regarder la pièce — les meubles lourds, le papier à fleurs passé, la porte fermée à clé de l'extérieur à chaque sortie — et dut admettre que Célestine avait raison.
« Alors protégez-vous vous-même, » dit finalement Élise. « Livrez le message sans le livrer. Dites-lui qu'une femme qui soignait à la barricade de la rue de Rennes a besoin d'informations sur le sort d'un prisonnier de Versailles. Il comprendra. »
« Et que voulez-vous qu'il fasse ? Qu'il attaque Versailles ? »
« Qu'il m'envoie un message. Un lieu, une heure. Je trouverai le moyen d'y aller. »
Célestine la regarda avec un mélange d'incrédulité et de quelque chose qui ressemblait à du respect. Elle prit le plateau vide, s'inclina — une révérence d'habitude, mais le menton légèrement levé — et sortit.
La clé tourna dans la serrure. Élise resta immobile au milieu de la chambre, écoutant les pas qui s'éloignaient dans le couloir.
Elle avait un allié. Même un seul, c'était un début.
Pendant trois jours, rien ne vint. Le canon, lui, parlait sans cesse — les salves de Versailles approchant par l'ouest, plus proches chaque matin. Élise pouvait maintenant distinguer l'ordre des tirs, le rythme des batteries qui se déplaçaient, se rapprochaient du mur d'enceinte.
Le quatrième jour, le pain arriva avec une tache de suie sur la croûte. Élise l'effrita dans sa main. Dedans, un papier chiffonné, écrit en minuscules irrégulières :
*Saint-Sulpice. La crypte. Demain, après vêpres. Demandes celui qui tousse deux fois.*
Élise cacha le papier dans sa manche, là où Félix ne regardait jamais. Puis elle s'assit au bord du lit et réfléchit.
Demain, après vêpres. Mais elle était prisonnière. Comment sortir ?
Félix venait la voir chaque soir au dîner, toujours avec la même contenance de marbre. Il ne parlait jamais de Henri ni du procès, mais Élise lisait dans ses silences la certitude d'une condamnation. Il buvait son vin, coupait sa viande avec une précision chirurgicale, et la regardait comme on regarde une dette impayée.
Hier soir, il avait dit : « Le navire part de Brest le vingt. Tu seras loin d'ici d'ici la fin du mois. »
Élise n'avait pas demandé où.
Elle pensa à l'évasion. La fenêtre donnait sur une cour intérieure fermée par une grille de fer, toujours verrouillée. Le rez-de-chaussée était gardé. Mais il y avait l'office, celui que Célestine utilisait, avec une sortie par les anciennes cuisines, vers la rue des Quatre-Fils.
Elle n'avait qu'une nuit pour tout préparer.
Le lendemain, à l'heure des vêpres, Élise frappa le plat d'argent contre sa carafe d'eau, fit tomber la carafe d'un geste apparemment maladroit, et cria.
Célestine arriva en courant. Derrière elle, un soldat — le garde attitré, un jeune homme aux joues creuses qui rougissait chaque fois qu'il la regardait.
« Mademoiselle, votre robe ! »
Élise était debout, la main sur sa poitrine, une flaque d'eau s'étalant à ses pieds. Le tissu de sa jupe était trempé, dégoulinant.
« Une maladresse, » dit-elle avec un rire forcé. « J'étais en train de me laver les mains et... »
Célestine comprit aussitôt. Elle se tourna vers le garde : « Nous devons faire sécher la robe de mademoiselle. L'eau est montée dans le plancher, elle a besoin d'air. Je l'emmène à l'office. »
Le garde hésita. Élise retint son souffle.
« Dois-je appeler M. Moreau ? » demanda Célestine sur un ton froid. « Pour l'informer que sa nièce est traitée comme une criminelle dans sa propre maison ? »
Le garde recula, céda. Célestine prit Élise par le bras et la conduisit — non pas vers l'office, mais vers le fond du couloir, où se trouvait l'escalier de service.
« Allez, » souffla Célestine. « Vite. Par la porte de la blanchisserie. Il y a des habits simples accrochés près de la cuve. Cachez vos cheveux sous un foulard. »
« Vous venez ? »
Célestine secoua la tête. « Quelqu'un doit ouvrir la porte après votre fuite pour faire croire à une évasion de nuit. S'ils trouvent la chambre vide trop tôt, ils vous chercheront avant que vous soyez rendue à Saint-Sulpice. »
Élise voulut dire quelque chose — merci, pardon, au revoir — mais les mots ne vinrent pas. Elle pressa la main de Célestine, puis descendit.
La blanchisserie sentait la lessive et l'humidité. Élise trouva les habits — une robe grise sans col, un tablier, un foulard de coton. Elle se changea en quelques gestes nerveux, la bretelle de sa combinaison qui glissait, les doigts qui tremblaient en nouant le foulard.
La porte de service donnait sur une impasse pavée, vide. Elle sortit, referma, s'adossa contre le mur. Le cœur battait si fort qu'elle entendit ses pulsations dans ses oreilles.
La rue des Quatre-Fils était déserte. Un chien jaune reniflait un caniveau. Par-delà les toits, à l'ouest, s'élevait une colonne de fumée noire.
Elle se mit à marcher, d'un pas régulier, une femme de service remontant vers l'église. Les rues étaient dans un état qu'elle reconnaissait : barricades effondrées, pavés arrachés, vitres brisées. Quelques magasins ouverts, la plupart fermés. Des affiches placardées aux murs, lambeaux de la Commune déchirés par les Versaillais.
Elle croisa un détachement de soldats en uniforme bleu et rouge. Leur officier la regarda — elle baissa les yeux, accéléra légèrement le pas — mais personne ne l'arrêta.
Saint-Sulpice se profila enfin, massive, grise, sa façade criblée d'éclats d'obus. Les portes étaient fermées ; seule la petite porte latérale restait entrouverte.
Élise entra dans l'ombre fraîche de l'église. Le parfum de l'encens était resté dans l'air, mêlé à une odeur de pierre humide. Pas de fidèles, seulement des chaises vides, la lumière qui filtrait par les vitraux en poires de couleurs.
Elle descendit vers la crypte. Ses pas sur les pierres sonnaient creux. Au bas des marches, elle vit la grille entrouverte.
Elle tendit l'oreille. Rien.
Puis, des profondeurs, monta une toux — deux fois, sèche, brève.
Élise poussa la grille et s'engagea dans l'obscurité.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.