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La Barricade et le Pansement

Lire le chapitre 4: The Schoolroom Barricade

La salle de classe sentait la craie, le bois humide et la poudre à canon. Les bancs avaient été poussés contre les murs, remplacés par des matelas de fortune et des caisses de munitions. Le tableau noir portait encore, d'une main enfantine, les lettres d'une leçon que plus personne n'enseignerait : *Liberté, Égalité, Fraternité*.

Élise Moreau s'immobilisa sur le seuil, son sac de bandages serré contre sa poitrine. Toute la journée, elle avait entendu les artilleurs de la Garde nationale s'installer dans la cour de l'école. La cour où, il y a seulement trois semaines, elle faisait chanter les petits sur les hirondelles et le printemps.

— Mademoiselle Moreau !

Elle se retourna. Le capitaine Baptiste, un ancien typographe au visage couturé, descendait l'escalier en bois, un fusil en bandoulière. Il la connaissait depuis le début, depuis qu'elle avait apporté ses premiers pansements aux barricades de la butte Montmartre.

— On a besoin de vous en haut, dit-il. Le poste de commandement est dans la salle des maîtres. Et… les enfants de l'impasse Charlemagne sont là. Leur mère a été tuée ce matin par un obus.

Élise ferma les yeux une seconde. *Leur mère.* Elle avait enseigné à l'aînée, une fille aux nattes rousses qui rêvait de devenir institutrice elle-même.

— Combien sont-ils ?

— Six. Le plus petit a deux ans, peut-être. On ne sait pas quoi en faire.

— Je m'en occupe.

Elle grimpa l'escalier derrière lui, ses jupes frôlant les marches usées par des générations d'écoliers. La salle des maîtres avait été réquisitionnée. Il y avait des cartes militaires étalées sur le bureau d'acajou où le vieux M. Renard lui avait offert son premier poste. Sur le poêle en fonte, une marmite de soupe aux pommes de terre mijotait. Et dans le coin, serrés les uns contre les autres sur un tapis de lecture qu'ils connaissaient bien, se trouvaient les enfants.

La petite Berthe, huit ans, leva vers elle des yeux rouges. Elle tenait son frère Louis, quatre ans, contre elle. Les autres — des jumeaux que l'on appelait les jumeaux Dubois, et un garçon noir qui se nommait Simon — formaient une grappe de chagrin silencieux.

Élise posa son sac et s'accroupit devant eux.

— Berthe, dit-elle doucement. Tu te souviens de la chanson des hirondelles ?

La fillette hocha la tête, sans ouvrir la bouche.

— Je vais vous apprendre une autre chanson aujourd'hui. Une chanson qui les fera partir, ces méchants canons.

Louis frotta son nez sur sa manche.

— Vraiment ?

— Vraiment.

Elle les fit asseoir en cercle, comme pour une heure de lecture. Sa voix, quand elle commença à chanter, était ferme malgré le tremblement intérieur.

*À bas la royauté, à bas la tyrannie,* *Le peuple aura son tour,* *Le peuple aura son jour…*

Les enfants la regardaient, hésitants. Simon connaissait les paroles — son frère aîné chantait dans la Garde. Berthe, elle, finit par joindre sa petite voix à la sienne.

Dans la cour, les artilleurs s'arrêtèrent de charger leurs canons pour écouter.

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Henri de Valcourt avait été envoyé en reconnaissance avec trois hommes de son régiment. Ordre du colonel : cartographier les positions communardes dans le quartier du faubourg, repérer les bâtiments fortifiés, rapporter toute activité suspecte.

Il tenait le plan de Paris ouvert dans ses mains gantées, mais son regard ne voyait pas les rues. Il revoyait les prunelles couleur noisette d'Élise Moreau sous la pluie de la trêve. Le geste de sa main, quand elle avait écarté une mèche de cheveux de son front. La manière dont son locket — *son locket* — avait étincelé à la lumière.

Le locket. L'écusson des Valcourt. Le lys et la croix, finement ciselés dans l'argent. Il avait vu cet écusson toute sa vie, gravé sur la montre de son père, sur les bagues des femmes de sa lignée. Un bijou de famille ne pouvait pas se trouver au cou d'une infirmière communarde sans une histoire profonde.

Une servante renvoyée, jadis. Sa mère en parlait à voix basse, un nom effacé des registres.

— Lieutenant.

Le caporal Martin, un jeune homme à moustache blonde, pointait son doigt vers la façade d'un bâtiment à deux étages, à une centaine de mètres. Une école. Les fenêtres, brisées, étaient barricadées de tables et de chaises. Mais sur l'une d'elles, à l'étage, il manquait un panneau.

— Des mouvements, dit Martin. On voit des silhouettes.

Henri sortit sa jumelle de camp. Il ajusta la mise au point, et son cœur se serra.

La silhouette qui se tenait près de la fenêtre, les bras croisés, écoutant — non, chantant ? — était celle d'Élise Moreau. Elle avait troqué son manteau bleu contre un tablier de toile, et ses cheveux bruns étaient tirés en un chignon lâche. Un enfant était juché sur sa hanche, la tête contre son épaule. Elle se penchait pour murmurer quelque chose à une petite fille aux nattes rousses qui s'accrochait à sa jupe.

Autour d'elle, des hommes en armes. Des caisses de cartouches. Des barricades.

— Le bâtiment est utilisé comme poste de commandement, dit Martin en sortant son carnet. On devrait le noter pour l'artillerie. Un obus bien placé, et on élimine peut-être un nœud de résistance entier.

Henri ne bougeait pas. Il regardait la femme qui bercer un enfant comme si le monde n'était pas en flammes autour d'elle. Il regardait les lèvres qui formaient les paroles d'une chanson révolutionnaire.

Il se souvint d'elle, penchée sur les blessés des barricades, les doigts rouges de sang, la voix qui apaisait, qui ordonnait, qui soignait. Il se souvint du rapport qu'il avait écrit : *« Recommandation : cesser le feu sur sa position. »*

De l'autre côté de la cour, au milieu des canons et des gibernes, il aperçut son visage levé vers la fenêtre, comme si elle sentait un regard posé sur elle. Il baissa sa jumelle d'un geste brusque.

— Le bâtiment n'est pas fortifié, dit-il d'une voix neutre. Pas de troupes régulières en vue. Les enfants à l'intérieur sont des otages… ou des boucliers humains. Pas une cible prioritaire.

Martin haussa un sourcil.

— Les Communards n'hésiteraient pas à tirer sur nos positions, eux.

Henri plia son plan et le glissa dans sa poche.

— Ce n'est pas parce qu'ils sont des monstres que nous devons en devenir, caporal. Nous sommes l'armée de la France, pas une bande de bourreaux. Continuons notre route.

Il tourna les talons, mais Martin resta un instant immobile, le regard fixé sur la fenêtre où une silhouette de femme s'était éloignée. Ses yeux gris se plissèrent. Puis, sans un mot, il sortit son carnet, ouvrit la page vierge, et écrivit quelque chose que Henri ne vit pas.

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C'était la nuit tombée quand Élise descendit dans la cour, une cruche d'eau à la main. Les enfants dormaient entassés dans la bibliothèque, sous trois couvertures volées dans les dortoirs. Berthe s'était endormie en chantonnant la chanson aux oiseaux, et même les artilleurs avaient cessé de jurer en sa présence.

Le capitaine Baptiste était penché sur une carte éclairée à la lanterne.

— On a vu une patrouille versaillaise dans l'après-midi, dit-il sans lever les yeux. Trois hommes. Ils ont observé l'école, puis ils sont repartis. On pense que ça annonce du mouvement pour demain.

Élise serra la cruche contre sa poitrine. Trois hommes. Un lieutenant, peut-être, avec des jumelles. Un regard bleu-gris rivé sur sa fenêtre, qui aurait pu ordonner un bombardement.

Et qui ne l'avait pas fait.

Elle glissa sa main dans la poche de son tablier, sentit le locket de sa mère, le médaillon métallique encore tiède contre sa paume. L'écusson des Valcourt. Une famille ennemie qui l'avait épargnée deux fois.

À côté du locket, il y avait un pli. Le rapport de Henri de Valcourt, qu'elle avait pris sur un officier mort. Elle ne savait pas pourquoi elle le gardait. C'était dangereux, inutile, compromettant. Mais elle ne pouvait s'en défaire, comme elle ne pouvait se défaire de l'image de cet homme sous la pluie, levant la main pour lui rendre son locket sans le lui avoir ouvert.

— Mademoiselle Moreau, dit Baptiste, le visage soudain plus grave. On a reçu un mot du front de Levallois. Votre frère.

Élise sentit le monde se dérober sous ses pieds.

— Jules ? Il est — ?

— Blessé. Pas mort. Il est dans une ambulance de fortune près de Clichy. On essaie de le faire évacuer, mais les Versaillais resserrent l'étau.

Elle n'avait jamais vu Jules qu'en pleine santé, insolent, sûr de lui. Jules qui l'embrassait sur le front en lui disant que la révolution serait belle. Jules qui lui avait supplié de fuir il y a trois jours.

Une ambulance. Ulcérée, impuissante. Elle regarda ses mains, des mains qui savaient bander, recoudre, soulager. Mais Jules était de l'autre côté, et les barricades montaient entre eux.

Elle prit une profonde inspiration.

— Je mourrai ici ou je mourrai ailleurs, dit-elle d'une voix douce, comme on console un enfant. Dites-moi seulement de quoi j'ai besoin pour rejoindre Clichy.