La Cadence de Minuit
Lire le chapitre 22: The Truth of the Curse
Les résultats arrivèrent sous la forme d’un courriel anonyme, crypté, envoyé d’un laboratoire de Bâton-Rouge qui n’existait sur aucun registre public. Elodie l’ouvrit dans la chambre d’hôtel, l’écran bleuâtre éclairant son visage fatigué. Julien se tenait derrière elle, une main posée sur le dossier de sa chaise, retenant son souffle.
« Mitochondrial DNA HVR1 et HVR2 : correspondance à 99,97 % avec l’échantillon Céleste Leveau, née Fontenot. »
Elle lut la phrase trois fois. Les mots ne changeaient pas.
— Tu descends d’elle, murmura-t-elle. Toi. Directement. Par ta mère.
Julien s’assit lourdement sur le lit.
— Donc je suis un Fontenot.
— Tu es un Fontenot *et* un Leveau. La lignée de Marie court dans tes veines.
Il passa une main dans ses cheveux, secoua la tête.
— Et Thorne ?
— Le laboratoire a comparé avec son échantillon de salive prélevé sur le verre au café. Il partage aussi des marqueurs avec Céleste—mais une branche différente. Cousins éloignés. Vous descendez tous les deux d’elle.
Un silence s’étira, lourd comme un drap mouillé.
— Alors ce n’est pas une malédiction sur des étrangers, dit-il lentement. C’est une guerre de famille.
Elodie attrapa son sac. Elle savait exactement où aller.
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Ils la trouvèrent dans le petit parc près de l’esplanade, assise sur un banc face à la cathédrale Saint-Louis. Elias Thorne portait un costume sombre impeccable, mais ses mains tremblaient légèrement lorsqu’il replia son journal—un geste qu’elle n’avait jamais remarqué chez lui. Il perçut leur présence avant même qu’ils ne parlent.
— Vous avez trouvé, dit-il sans se retourner.
— Vous saviez.
— Depuis vingt ans. Depuis que j’ai découvert les registres de l’orphelinat Sainte-Croix et compris pourquoi ma grand-mère haïssait le nom des Fontenot.
Il se leva enfin, leur fit face. Ses yeux brillaient d’une fureur ancienne, soigneusement polie par les années.
— Marie Leveau n’a pas adopté Céleste par charité. Elle l’a prise pour la protéger—pour protéger l’enfant de sa propre fille, Clarisse. Mais quand la maison revint aux Fontenot après la mort de Clarisse, Marie aurait dû les laisser payer. Elle avait la loi de son côté. La magie aussi.
Elodie déploya la copie du rapport, la tint entre eux comme un bouclier.
— Vous descendez de Marie par une autre fille. Votre branche a été écartée du testament familial en 1871, quand le patriarche Fontenot a choisi de légitimer Céleste et d’ignorer les autres héritiers.
Le rire de Thorne fut amer, cassé.
— Cheated. C’est le mot juste. Je n’ai jamais voulu l’argent, Mademoiselle Marchand. Je voulais que cette maison soit détruite. Qu’elle ne profite à personne—certainement pas à cette lignée bâtarde qui a volé ce qui revenait à la mienne.
Julien fit un pas en avant.
— Et vous appeliez ça un héritage ? Vous avez brûlé des documents, volé le tissu d’un quilt centenaire, menacé ma nièce…
— Votre nièce, répéta Thorne, un sourire effilé sur les lèvres. Vous n’avez même pas su la protéger. Vous ne saviez pas qu’elle existait avant que la petite avocate ne vous le dise. Quel héritier êtes-vous, Julien ? Vous qui fuyez Paris, qui laissez une maison pourrir derrière vous depuis dix ans ?
Elodie s’interposa, le rapport toujours tendu.
— La maison ne vous appartient pas légalement, mais elle vous appartient par le sang. Et vous le saviez. C’est pour cela que vous ne pouviez pas simplement la racheter ou la faire saisir. Il fallait que quelqu’un d’autre détienne les titres et les abandonne—pour que vous puissiez détruire ce que vous ne pouvez pas posséder.
Thorne la regarda longuement. Quelque chose vacilla dans son regard, une fissure dans la façade.
— Vous croyez que j’aime ça ?
Sa voix était soudain plus basse, plus âgée. Presque calme.
— Ma mère est morte dans un incendie en 1987 parce qu’un héritier Fontenot avait négligé les câbles électriques de la propriété qu’il louait. Elle était femme de chambre de leur famille. Une femme de chambre. Ils ont payé pour ses funérailles d’un geste négligent, comme on paie une facture. Et puis ils ont oublié.
L’air entre eux se glaça.
— Le trésor que la légende attribue à Marie Leveau, reprit-il, existe. Je le sais. Il est caché sous la maison, dans une crypte que le vieux Fontenot a scellée quand il a fait agrandir les fondations. L’or que la reine du vaudou avait amassé pour payer sa liberté, et que les Fontenot ont volé après sa mort.
Il s’avança vers Elodie, si près qu’elle sentit le cuir froid de son manteau.
— Ils l’ont gardé. Ils ont construit leur fortune dessus, mais aucun d’eux n’a jamais pu le toucher sans que la malédiction ne se réveille. C’est pour cela que la musique joue. C’est un gardien. Un verrou. Et le seul moyen de l’ouvrir, c’est de détruire la serrure.
Julien attrapa le bras d’Elodie, la tira en arrière.
— Vous êtes fou.
— Non, Julien. Je suis le seul qui soit prêt à finir ce que votre famille a commencé.
Il recula d’un pas, épousseta son manteau comme s’il partait à un dîner.
— Je vais brûler cette maison cette nuit. Pas seulement par vengeance—mais par nécessité. Le feu purifie ce que l’or a souillé. Et quand il ne restera que des cendres, aucun Leveau, aucun Fontenot ne pourra plus jamais revendiquer quoi que ce soit. Pas même un fantôme.
Il tourna les talons et s’éloigna dans l’allée ombragée, sa silhouette avalée par le feuillage. Elodie resta immobile, le rapport froissé contre sa poitrine, consciente que le temps venait de basculer dans une autre dimension.
Julien serra son poignet.
— On a encore la nuit. Peut-être moins.
Elle releva la tête vers les clochers de la cathédrale. La brume de l’après-midi s’épaississait, portant une odeur de pluie et de fleurs pourrissantes.
— Alors on n’a plus le temps d’avoir peur.
Ils coururent vers la voiture.
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