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La Cadence de Minuit

Lire le chapitre 9: The Voice in the Walls

La mélodie les réveilla à trois heures du matin.

Elodie ouvrit les yeux dans le noir, le cœur battant. Ce n'était plus la complainte lointaine et sourde des nuits précédentes. C'était une musique proche, insistante, comme si quelqu'un jouait juste au-dessus de sa tête, à travers le plafond. Les notes s'enchaînaient avec une urgence nouvelle, presque précipitées, martelées par une main impatiente.

Elle enfila sa robe de chambre et sortit dans le couloir. Julien arrivait déjà de sa chambre, les cheveux en désordre, une lampe à huile à la main.

— Vous l'entendez aussi, dit-il. Elle est plus forte.

— Elle veut qu'on monte.

Ils gravirent l'escalier raide de l'étage le plus haut, celui qui menait aux combles dont la poussière portait l'odeur de cent ans. La musique grandissait à chaque marche. Elle ne venait pas de la salle de bal, ni de l'aile où se trouvait le piano d'époque. Elle venait de l'extrémité du grenier, là où les chevrons descendaient si bas qu'il fallait se courber.

La source semblait émaner d'un pan de mur aveugle, entre deux poutres, couvert d'un papier peint craquelé par le temps. Julien colla son oreille contre la surface.

— C'est là, dit-il, la voix blanche. C'est dans le mur.

Elodie examina le panneau. À mi-hauteur, une discrète moulure ne correspondait à aucune autre en symétrie avec le reste du grenier. Elle pressa la moulure du pouce. Quelque chose céda avec un déclic sec.

Le panneau pivota sur des charnières invisibles, révélant une chambre mansardée grande comme une armoire. La musique jaillit, claire et nette, depuis l'obscurité.

Elodie saisit la lampe des mains de Julien et la leva.

La pièce contenait un piano droit miniature, haut comme la taille d'un enfant, son ivoire jauni par les décennies. Sur son clavier ouvert, une pianola mécanique tournait encore, ses rouleaux perforés déroulant la mélodie qui hantait la maison. Une boîte à musique en acajou gisait à côté, ouverte, son cylindre à l'arrêt — la copie fidèle du thème, comme si elle avait servi de modèle au piano.

Elodie arrêta le mécanisme. Le silence tomba, brut, presque douloureux.

Julien s'approcha du piano. Au-dessus du clavier, une enveloppe jaunie était posée en équilibre, maintenue par un presse-papier en forme d'ancre. Elle portait une écriture masculine, nerveuse :

*Si quelqu'un trouve cette pièce — je sais ce que j'ai vu.*

La date : 14 août 1999. Vingt-six ans.

Julien la saisit. Ses mains tremblaient. Il lut à voix basse, pour lui-même, tant les lignes étaient brèves :

— "Elle joue pour moi, maintenant. Elle me l'a dit. Je sais ce que j'ai vu, et je n'ai pas peur. Je reviendrai quand ce sera fini. Ne me cherchez pas. — B."

Il leva les yeux vers Elodie. Les ombres creusaient son visage.

— Bastien avait dix-sept ans. Il jouait du piano. Pas moi, ni Léandre. Bastien.

Elodie regarda la pièce. Des partitions empilées dans un angle. Sur le pupitre du piano, une partition ouverte intitulée *La Cadence de Minuit*, écrite à la main, dédicacée : *Pour ma fille, le soir où tout commence.*

Bastien avait souligné au crayon une phrase en marge : *Clarisse jouait ceci pour l'enfant que personne n'a nommé.*

Le papier peint au-dessus du piano portait des griffures profondes — des ongles, en longues stries verticales près d'une porte condamnée plus petite, haute comme un boyau. Elle n'était pas scellée par des clous, mais par une planche retenue par trois vis neuves. Trop neuves. Quelqu'un l'avait fermée récemment.

Julien suivit son regard. Il recula d'un pas.

— Je n'ai jamais su que cette pièce existait.

Le violon de la boîte à musique émit un grincement. Seul. Puis les notes du refrain, trois mesures, faibles, comme si la mécanique se souvenait de la chanson. Elodie la fit taire d'une main.

Elle s'agenouilla devant la petite porte. Entre les planches, par une fente large comme un doigt, filtrait une odeur de terre, d'eau et d'arbres. Et de très loin, montant des profondeurs, une voix d'enfant — ou ce qui y ressemblait — chantonnait la mélodie sur un rythme lent, entêtant, comme une berceuse apprise il y a cent ans.

— Julien, dit Elodie sans se retourner. Cette porte mène où ?

Il ne répondit pas tout de suite. Puis, d'une voix étranglée :

— Au chêne. L'escalier dans le mur descend jusqu'à la cave, et la cave a un tunnel. Léandre m'en avait parlé. Il disait que le vieil arbre avait des racines qui montaient vers la maison.

Elodie se releva. Sa main trouva le gris-gris dans sa poche, le petit sachet que Tante Odette lui avait donné. Il était chaud. Brûlant contre sa paume.

— On ouvre, dit-elle.

Julien saisit son poignet.

— Elodie. Mon frère a laissé un mot qui dit qu'il reviendra quand ce sera fini. Il n'est jamais revenu. Léandre l'a cherché. Léandre a disparu. Et maintenant, cette musique joue toute seule la nuit, et cette porte est condamnée depuis vingt-six ans — ou depuis hier. Vous comprenez ce que ça veut dire ?

Elle comprit. Derrière eux, la pianola, que nul n'avait touchée, rendit un accord. Triomphant. Impatient.

Elodie regarda la vis. Elle était brillante. Pas de rouille. Elle avait été enfoncée récemment, dans la semaine, peut-être.

Quelqu'un était dans la maison.

Et la musique jouait pour lui.