La Cité Engloutie d'Aegis
Lire le chapitre 23: The Alliance Breaks
La sirène d’alarme déchira le silence du petit matin.
Élise Renard était déjà debout, le téléphone satellite vissé à l’oreille. Elle avait passé les trois dernières heures à monter son message, à peser chaque mot. Les preuves étaient là — les enregistrements de Petit, les coordonnées du site, le nom de code du projet, la technologie enfouie sous les eaux d’Aegis depuis des décennies.
— Envoyez. Tout. À toutes les rédactions, toutes les chaînes, tous les journaux que vous pouvez joindre. Anonymement, comme convenu.
Elle raccrocha sans attendre la réponse. Ses doigts tremblaient, mais sa voix était ferme. Sophie Lambert, adossée à la cloison de la cabine, la regardait avec des yeux fiévreux.
— Vous venez de déclarer la guerre, murmura-t-elle.
— C’était déjà la guerre. Je viens juste d’ouvrir le feu.
Renard passa une combinaison de plongée par-dessus son vêtement — non, elle se préparait pour ce qui allait suivre. Le plan était simple : alerter le monde, forcer Lefèvre à sortir de l’ombre, puis disparaître sous l’eau avant qu’il ne puisse réagir. Le temps qu’elle atteigne le site, le monde entier saurait ce qui se cachait sous la mer.
Un choc sourd ébranla la coque.
Puis un deuxième.
Renard s’immobilisa. Sophie se redressa d’un coup, la main sur la paroi pour se stabiliser.
— On tire sur nous, souffla-t-elle.
Un troisième impact, plus proche. Le navire entier gémit. Des cris montèrent du pont supérieur. Renard ouvrit la porte de la cabine et se rua dans le couloir, Sophie sur les talons. Sur le pont, l’aube naissante était striée de faisceaux de projecteurs. Deux bâtiments gris s’approchaient à grande vitesse, leurs silhouettes militaires impossibles à confondre avec des navires civils.
Lefèvre n’avait pas attendu la confirmation. Il avait anticipé sa trahison.
— Élise !
La voix de Girard tonna depuis la passerelle de sa propre embarcation, amarrée le long du flanc bâbord de l’Atalante. Il avait déjà levé l’ancre, moteurs en marche, les amarres presque tendues.
— Il a perdu la tête ! Il va te couler ! Monte à bord, je te sors d’ici !
Renard hésita une fraction de seconde. Son équipage — les archéologues, les techniciens, les étudiants — se pressaient le long du bastingage, cherchant les embarcations de sauvetage. L’Atalante n’était pas un navire de guerre. Elle ne pouvait pas encaisser un tel bombardement.
— Sophie, par ici !
Elle attrapa la main de la femme affaiblie et courut vers la rambarde. Girard tendit les bras, aida Sophie à sauter sur le pont de son bateau, puis se tourna vers Renard. Ses yeux s’écarquillèrent soudain — il venait de voir la combinaison de plongée sous sa veste.
— Tu ne montes pas, dit-il, ce n’est pas une question.
— Girard—
— Tu plonges. C’est ça, ton plan ?
— Un homme meurtrier garde la vérité prisonnière sous ces eaux. Si je n’y vais pas maintenant, personne n’y ira jamais.
Un nouveau projectile siffla au-dessus de leurs têtes. Il frappa l’eau à dix mètres de l’Atalante, projetant une colonne d’écume. Lefèvre ne visait pas encore pour tuer. Il donnait un avertissement. Renard savait que l’avertissement ne durerait pas.
— Ils vont te pulvériser, insista Girard. Et moi aussi, si je reste.
Renard le saisit par les épaules.
— Alors ne reste pas. Prends le large. Fais-toi poursuivre. Tire-les loin d’ici.
Les yeux de Girard se plissèrent. Il comprenait. En face, le navire de Lefèvre manœuvrait déjà, ses canons se tournant vers la proue de l’Atalante.
— Combien de temps je te donne ? demanda-t-il.
— Assez pour descendre à trente mètres.
Girard acquiesça, puis son regard se durcit.
— Reviens, Élise. Et ramène la vieille dame avec toi.
Il lâcha l’étreinte, se tourna vers son équipage et hurla des ordres. Les amarres lâchèrent dans un crissement de cordage. Le bateau de Girard recula, braquant son étrave vers la haute mer.
Renard fit volte-face. Lucas émergeait du hangar technique, déjà en combinaison de plongée, un sac étanche sur l’épaule. Ancien des commandos marine, reconverti dans l’archéologie sous-marine pour fuir le militaire qu’il avait été — mais jamais très loin de ses racines. Il tenait deux détendeurs sous le bras.
— Le matériel est prêt, dit-il. Le ROV a repéré une entrée secondaire, côté nord de la cité. Elle mène directement aux niveaux supérieurs, là où se trouve le verrou manuel.
— Et la clé ?
— Verrouillée à douze heures. Le compte à rebours expire dans six heures environ. Il nous faut aller vite.
Sophie s’approcha, vacillante. Renard l’attrapa par le coude.
— Tu peux tenir le trajet ? demanda-t-elle.
Sophie hocha la tête, mais une pâleur mortelle envahissait son visage. Chaque minute passée à la surface la rapprochait de la fin.
Un grondement sourd monta du large. Renard tourna la tête : le bâtiment de Lefèvre avait modifié sa trajectoire, poursuivant désormais Girard qui filait vers le nord, toutes lumières éteintes.
— Il mord à l’hameçon, dit Lucas.
— Pour combien de temps ? répondit Renard. Dès qu’il comprendra que nous ne sommes pas à bord du navire de Girard, il reviendra.
Elle se tourna vers la rambarde. L’eau en dessous était noire, profonde, immense. Quelque part sous cette surface attendait une ville engloutie, un réacteur instable, cinq hommes pris au piège — et un passé qui refusait de mourir.
Renard saisit son masque, le cala sur son visage et jeta un dernier regard au navire de Lefèvre qui s’éloignait. Sa course venait de commencer, mais chaque seconde comptait.
Elle plongea.
L’eau froide la saisit comme un poing, l’enveloppa dans un silence soudain. Sophie et Lucas l’avaient suivie, leurs silhouettes deux ombres prudentes dans le faisceau de ses lampes frontales. À trente mètres, le bouillonnement de la surface s’éteignit derrière eux.
Quarante mètres. Cinquante.
Les contours d’Aegis se matérialisèrent dans la lumière des torches — colonnes brisées, arches encore droites, une rue pavée qui menait vers le cœur de la cité engloutie.
Et puis, une lueur. Une lumière vive, artificielle, qui n’existait pas dans les ruines antiques.
Trois plongeurs la percutaient de plein fouet, fusils harpon braqués sur eux.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.