La Cité Engloutie d'Aegis
Lire le chapitre 29: Rising Tide
Le bruit métallique du verrou résonna dans le couloir, suivi d'un silence trop long. Renard se redressa sur la couchette étroite, la montre de son père serrée dans sa paume. Elle compta les secondes. Dix. Vingt. Un cri étouffé, puis le bruit sourd d'un corps qui s'effondre contre la paroi.
La porte s'ouvrit dans un grincement. Tréguier se tenait dans l'encadrement, un pistolet à la main, le visage luisant de sueur. Derrière elle, deux marins en uniforme gisaient inconscients, ligotés avec des sangles de sécurité.
— Il est temps, Capitaine.
Renard se leva, les jambes encore lourdes de l'interrogatoire de Verne. Elle jeta un coup d'œil dans le couloir — vide, à part les corps.
— Sophie et Lucas ?
— En route vers le pont inférieur. L'équipe d'intervention de Verne est confinée au mess, le temps que je règle l'alarme incendie. Nous avons environ sept minutes avant qu'ils ne comprennent que c'est un leurre.
— Sept minutes, répéta Renard en glissant la montre dans sa poche. Ça suffira.
Elles remontèrent le couloir d'un pas rapide, Tréguier ouvrant la voie, son arme baissée mais prête. Les néons clignotaient par intermittence — le système de sécurité de la frégate était en train de mourir, section par section, sous les doigts de quelqu'un qui connaissait son architecture mieux que ses concepteurs.
— Votre père avait des amis, dit Tréguier sans se retourner. Des gens qui n'ont jamais accepté sa mort comme un accident.
— La fréquence, murmura Renard. C'est eux.
— C'est eux. Mais écoutez-moi, Capitaine. Ce que vous allez trouver ne ressemble à rien de ce que vous avez connu. Pas de protocole militaire, pas de chaîne de commandement. Juste des gens qui ont choisi de disparaître pour surveiller ce qui se passait sous la mer.
Elles atteignirent un sas menant à la plateforme arrière. Tréguier composa un code sur un pavé numérique — des chiffres que Renard reconnut immédiatement : les coordonnées d'Aegis, inversées.
— Vous saviez, dit Renard. Toute cette histoire de mutinerie, votre père, la montre… vous étiez au courant depuis le début.
Tréguier poussa la porte. L'air marin la gifla, salé et froid. En contrebas, la mer noire clapotait contre la coque, et là, à cinquante mètres, à peine visible dans la nuit sans lune, la silhouette d'un sous-marin émergeait à la surface, son kiosque à peine discernable.
— J'étais au courant de certaines choses, répondit Tréguier en descendant l'échelle métallique vers la plateforme d'embarquement. D'autres, j'ai dû les découvrir en même temps que vous. La montre avec la gravure de votre père, par exemple. Je l'ai appris en lisant le rapport que vous avez rédigé après la plongée dans le réacteur.
— Et ça ne vous a pas semblé utile de m'en parler plus tôt ?
Tréguier s'arrêta net, se retourna. Son regard était dur, mais quelque chose d'autre y brillait — une fatigue ancienne.
— J'ai perdu un frère dans cette opération, il y a douze ans. Mon frère aîné, officier de plongée. On m'a dit qu'il s'était noyé pendant un exercice de routine. J'ai mis dix ans à comprendre que c'était faux, et encore plus longtemps à trouver des gens qui me croiraient. Alors quand votre père a contacté notre réseau pour la première fois, il savait déjà que vous seriez celle qui finirait le travail. Il m'a demandé de vous protéger, pas de vous tenir informée. Il y a une différence.
Renard ne répondit pas. Elle contempla le sous-marin, son profil effilé, à peine plus grand qu'un submersible de recherche classique. Un projecteur s'alluma brièvement au niveau du kiosque, deux flashs espacés, puis s'éteignit.
— Le signal, dit Tréguier. Allons-y.
Elles descendirent sur la plateforme d'embarquement, où Sophie et Lucas les attendaient déjà, trempés, remontant d'une annexe pneumatique amarrée au flanc de la frégate. Sophie tenait un sac de matériel informatique contre sa poitrine ; Lucas avait un filet de sang séché au-dessus de la tempe.
— Le Lieutenant Vernet a eu un moment de créativité avec une clé à molette, expliqua-t-il en voyant le regard de Renard. Il s'est rétabli depuis. Par surprise, surtout.
Renard acquiesça, puis se tourna vers le sous-marin. Une silhouette émergea du kiosque — mince, vêtue de noir, un visage à moitié masqué par une capuche. La personne leva une main, et Renard remarqua un gant blanc sur sa main gauche, une prothèse articulée visible sous la lumière tamisée du projecteur.
— Capitaine Renard, dit une voix féminine, amplifiée par un micro de gorge, aux accents neutres, presque artificiels. Je suis la personne que votre père avait choisie pour vous recevoir. Nous avons peu de temps. Le réseau de Verne n'a pas encore compris que nous avons brouillé leurs communications, mais cela ne durera pas.
Renard fit un pas en avant, les mains écartées.
— Vous avez un nom ?
— Vous pouvez m'appeler la Sentinelle. C'est le nom que votre père m'a donné, il y a quinze ans, quand nous avons fondé ce réseau. Nous l'avons gardé en sa mémoire.
La Sentinelle descendit une échelle rabattue vers la plateforme, et Renard vit alors son visage — pâle, marqué par des cicatrices fines le long de la mâchoire, des yeux d'un bleu si clair qu'ils semblaient presque blancs.
— Quinze ans, répéta Renard. Vous surveillez Aegis depuis quinze ans ?
— Nous surveillons ce qui est arrivé à Aegis. Et ce qui arrive ailleurs. Des projets militaires que vos gouvernements préféreraient oublier, des expériences que la communauté scientifique a condamnées, des objets que l'on a sortis de la mer avec trop de précipitation pour en comprendre la nature. Aegis n'était qu'un chapitre. Un chapitre important, mais pas le dernier.
Sophie intervint, la voix tendue :
— Vous parlez comme si ce n'était pas seulement un site archéologique. Qu'y a-t-il d'autre sous cette ville ?
La Sentinelle la regarda un long moment, puis se tourna vers Renard.
— Embarquez. Je vous montrerai. Mais je vous préviens une fois, et une seule : ce que vous apprendrez vous obligera à choisir un camp. Et ce choix ne vous permettra pas de revenir en arrière.
Renard sentit la montre peser dans sa poche, la gravure de son père contre sa cuisse. Elle se retourna vers le navire de guerre derrière elle, les lumières qui commençaient à revenir par sections, les silhouettes qui s'agitèrent derrière les hublots du mess. Des sept minutes de Tréguier, il en restait peut-être deux.
Elle se retourna vers la Sentinelle et posa son pied sur la première marche de l'échelle.
— J'ai appris à nager en eaux profondes, dit-elle. Le camp que je choisis est celui qui me donne des réponses. Commencez par la montre.
La Sentinelle inclina la tête, un sourire bref — presque triste — aux lèvres.
— La montre. Bien sûr. Votre père savait que vous poseriez cette question en premier. Il m'a dit que vous passeriez par-dessus tous les obstacles sauf un : la vérité sur sa mort.
Elle fit un geste, et deux hommes vêtus de noir descendirent pour aider Sophie et Lucas à embarquer. Renard les suivit dans l'écoutille étroite, l'air recyclé du sous-marin la frappant comme une vague tiède, le métal froid de la coque résonnant sous ses bottes.
L'écoutille se referma derrière elle avec un bruit sourd. Les moteurs vibrèrent sous ses pieds, et le sous-marin commença à plonguer en douceur, tandis que la Sentinelle s'asseyait en face d'elle, sortant un vieux carnet de sa veste — un carnet que Renard reconnut immédiatement pour l'avoir vu des dizaines de fois dans le bureau de son père quand elle était enfant.
— Commençons, dit la Sentinelle en ouvrant le carnet. Votre père n'a pas été assassiné par hasard. Il a été tué parce qu'il avait découvert que la technologie d'Aegis n'était pas ancienne. Elle était future, et nous venons de la même erreur que lui.
Renard regarda les pages couvertes d'écriture familière, les schémas, les dates, les annotations dans la marge.
— Future, répéta-t-elle lentement. Venue d'où ?
La Sentinelle ferma le carnet, ses yeux pâles plongeant dans ceux de Renard.
— C'est la question à laquelle votre père a consacré sa vie. Et c'est la réponse qui l'a tué. Vous voulez réellement la connaître ?
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