La Cité Engloutie d'Aegis
Lire le chapitre 30: The False Flag
La capsule du sous-marin vibrait à peine, mais l'air y était lourd d'une tension que Renard ne connaissait que trop bien. L'homme qui se faisait appeler « le Veilleur » se tenait devant un écran holographique, ses traits émaciés éclairés par une lumière bleutée. Il ne ressemblait à rien de ce qu'elle avait imaginé — pas un militaire, pas un savant fou. Juste un homme d'une cinquantaine d'années, le visage creusé par des années de secrets.
— Vous mentez, dit Renard.
Le Veilleur ne broncha pas. Il fit glisser son doigt sur l'écran, et une image apparut : une sphère de métal sombre, lisse, sinistre, flottant dans un hangar souterrain.
— Ça, c'est ce que nous avons construit avec ce que nous avons extrait d'Aegis. C'est un amplificateur de fréquence. Capable de générer une onde de résonance qui peut désintégrer n'importe quelle structure organique dans un rayon de cinq kilomètres.
Renard sentit le sang quitter son visage.
— Vous avez utilisé les technologies d'Aegis pour fabriquer une arme ?
— Pour fabriquer la *seule* arme capable de nous sauver, rectifia le Veilleur avec une froideur clinique. Vous avez vu ce qui se trouve dans cette ville, capitaine. Vous avez vu la réacteur. Vous le savez aussi bien que moi : cette technologie n'est pas de notre monde — pas de notre *temps*.
— J'ai vu des machines anciennes. Des systèmes que nous ne comprenons pas encore. Cela ne veut pas dire qu'elles viennent du futur, ni qu'elles sont destinées à—
— Elles ont été construites pour repousser une invasion, coupa le Veilleur. Les archives que nous avons récupérées dans le cinquième niveau le prouvent. Les symbioses codées — les mêmes que celles sur la montre de votre père — décrivent un événement. Une arrivée. Un *retour*.
La voix de Lucas s'éleva depuis l'arrière de la cabine, où il était resté silencieux, les bras croisés.
— Un retour de quoi ?
Le Veilleur les regarda tour à tour.
— De ceux qui ont construit Aegis. Et ils ne reviendront pas en paix.
Un long silence s'installa dans la capsule. Le sous-marin continua sa route sous les eaux sombres de la Méditerranée, quelque part entre Aegis et une destination que Renard n'avait pas encore demandée.
— Vous êtes paranoïaque, finit-elle par dire. Vous avez passé quinze ans à surveiller une ville engloutie, et vous avez fini par croire à votre propre théorie du complot. Il n'y a aucune preuve d'invasion imminente. Aucune preuve d'extraterrestres. Vous avez fabriqué un ennemi pour justifier votre armée secrète.
Le Veilleur sourit — un sourire triste, presque compatissant.
— Votre père disait la même chose. Au début.
Renard se figea. Son père. Le fantôme qui avait guidé chacun de ses pas depuis le début de cette expédition.
— Ne parlez pas de lui.
— Je le ferai, parce que vous devez comprendre. Nous avons commencé comme un groupe de scientifiques, capitaine. Nous avons découvert Aegis en 1998 — des pêcheurs avaient remonté dans leurs filets des objets qui ne correspondaient à rien de connu. Nous avons passé des années à l'étudier, à la cartographier. Puis nous avons trouvé les archives du cinquième niveau. Et c'est là que votre père a découvert la vérité.
Quelle vérité ? demanda Sophie, qui était restée en retrait, la main posée sur son sac de données.
Le Veilleur hésita. Puis il ouvrit un autre fichier — une séquence vidéo granuleuse, filmée quelque part sous terre. On y voyait un homme — le père de Renard — devant un immense mur de pierre couvert de symboles lumineux. Il se tournait vers la caméra, le visage marqué par l'effroi.
— Ce n'est pas une ville, disait-il d'une voix tremblante. Ce n'est pas une civilisation perdue. C'est une *forteresse*. Un avant-poste militaire. Et ils ont laissé des instructions. Des instructions pour nous dire ce qui vient.
La vidéo s'arrêta. Renard sentit ses jambes flageoler. Sophie s'approcha d'elle, lui posant une main sur l'épaule.
— Vous l'avez tué, dit Renard d'une voix blanche. Pour l'empêcher de parler.
Le Veilleur secoua la tête.
— Nous l'avons tué pour l'empêcher de tout révéler avant que nous soyons prêts. C'était une erreur. Nous le savons. Mais nous étions convaincus que c'était nécessaire.
Soudain, une alarme retentit dans la cabine. Un voyant rouge clignota au plafond, et la voix d'un membre d'équipage résonna dans l'interphone :
— Contact en surface. Trois navires de la marine nationale se dirigent vers notre position. ETA : dix minutes. Ils ont des sonars actifs. Ils nous cherchent.
Le Veilleur se tourna vers un écran latéral. L'image satellite montrait trois frégates convergeant en formation triangulaire vers leur position estimée.
— Verne, murmura-t-il. Il a dû suivre nos signaux. Nous avons été trop imprudents.
Renard regarda l'écran, sentant les murs du sous-marin se refermer sur elle. Dix minutes. Dix minutes pour choisir entre une marine qui voulait la faire taire et un mystérieux réseau qui fabriquait des armes de destruction massive sous prétexte de sauver l'humanité.
— Vous avez un moyen de nous sortir de là ? demanda-t-elle.
— Ce sous-marin est conçu pour passer inaperçu. Nous pouvons plonger à 400 mètres et nous échapper sous leur sonar. Mais si nous le faisons, nous perdrons notre fenêtre de tir pour l'amplificateur.
— L'amplificateur ? répéta Lucas, incrédule. Vous voulez le déployer maintenant ?
— La fréquence de l'événement est prévue dans moins de soixante-douze heures. Si nous ne sommes pas en position, tout ce que nous avons construit aura servi à rien.
Renard ferma les yeux. La montre de son père pesait contre son poignet — le tic-tac régulier, la gravure que Tréguier avait révélée. Tout l'avait menée ici. Mais elle refusait d'être une pièce de plus sur cet échiquier.
Elle ouvrit les yeux.
— Je ne vous aiderai pas à déployer cette arme. Je ne sais pas si votre invasion est réelle ou si c'est une fiction que vous vous êtes racontée pour justifier vos actes. Mais je sais une chose : je n'ai pas survécu à Aegis pour devenir complice de la fabrication d'un autre champ de ruines.
Le Veilleur la dévisagea, ses yeux sombres cherchant — quoi ? de la faiblesse ? de la conviction ? — dans les siens.
— Et la marine ? dit-il. Vous préférez retourner entre les mains de Verne ? Vous savez ce qu'il vous attend là-bas.
Renard se tourna vers Sophie, puis vers Lucas. Sophie tenait fermement son sac de données — les fichiers, les mesures, tout ce qu'elle avait extrait du site. Lucas avait posé la main sur la paroi du sous-marin, prêt à agir.
— Je préfère faire confiance à la loi qu'à des hommes qui jouent à Dieu, dit Renard. Vous dites que vous voulez protéger l'humanité ? Alors prouvez-le. Laissez-nous partir. Laissez-nous raconter au monde ce que vous avez découvert, et ce que vous avez fait.
Le Veilleur resta immobile. Puis il éclata de rire — un rire sec, sans joie.
— Vous êtes naïve, capitaine. Le monde ne vous croira pas. Il vous enfermera. Vous finirez vos jours dans une cellule de l'École Navale, et Aegis retournera dans l'obscurité d'où elle vient.
Il fit signe à l'un de ses hommes.
— Emmenez-les dans la soute arrière. Nous plongeons. Et si la marine veut nous arrêter, elle nous trouvera au fond de la mer avec nos secrets.
Les hommes s'avancèrent, mais Renard se tint droite, refusant de bouger.
— Et si je vous disais que Sophie a trouvé quelque chose dans les données d'excavation ? Quelque chose qui pourrait tout changer ?
Le Veilleur s'arrêta.
— Quoi ?
Renard jeta un regard à Sophie. Sophie cligna des yeux — trop rapide, trop nerveuse — puis hocha lentement la tête.
Ce n'était pas un bluff. Quelque chose dans les données.
Le Veilleur s'approcha.
— Montrez-moi.
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