La Cité Engloutie d'Aegis
Lire le chapitre 35: The Final Betrayal
L’eau dégoulinait le long des parois de glace quand Renard poussa la dernière porte. Une salle ronde, taillée dans la roche vive, éclairée par une unique lampe à arc suspendue au plafond. Au centre, un homme assis dans un fauteuil de cuir, dos tourné, face à un panneau de commandes de conception ancienne.
Hades ne se retourna pas.
« Vous avez mis plus de temps que je ne l’espérais, capitaine. Les sentinelles du fjord vous ont-elles donné du fil à retordre ? »
Renard garda son SIG Sauer braqué entre ses omoplates. Son souffle formait un nuage dans l’air froid.
« Je ne suis pas venue pour discuter. Coupez le réacteur. »
L’homme rit. Un rire sec, presque métallique, qui résonna contre les murs. Il se leva lentement, et quand il pivota, Renard sentit son estomac se nouer. Elle le connaissait. Elle l’avait vu en photo, des dizaines de fois, dans des rapports de synthèse signés par son père.
Auguste Vidal. Disparu en 1987. Déclaré mort lors d’une plongée au large de la Corse.
« Vous n’êtes pas mort », murmura-t-elle.
« La mort est une commodité administrative, capitaine. J’ai simplement choisi une carrière plus… discrète. »
Il mesurait quinze bons centimètres de plus qu’elle, les épaules larges, le visage buriné par une vie à l’ombre des glaciers et des océans. Une cicatrice traversait sa joue gauche, souvenir probable d’un conflit oublié.
Renard serra la crosse de son pistolet. « Vous avez fait de ma carrière une façade. Vous avez orchestré chaque découverte, chaque financement, chaque article. Pour quoi ? Pour que je trouve Aegis ? Pour que je vous serve de clé ? »
Vidal haussa un sourcil. Il semblait presque sincèrement impressionné.
« Sophie a bien travaillé avant de mourir. Malheureusement pour elle. »
Le nom de Sophie arracha un frisson à Renard. Elle voulut presser la détente, mais quelque chose dans la posture de Vidal l’arrêta. Il ne semblait pas craindre son arme. Il n’avait pas de garde du corps. Pas de système de défense.
Il était seul. Et c’était précisément ce qui la terrifiait.
« Vous m’avez suivie depuis le début, n’est-ce pas ? » avança Renard.
« Depuis bien plus longtemps. Depuis que votre père a découvert les premières traces d’Aegis en 1968. Il était brillant, votre père. Mais trop moral. Trop prisonnier de son éthique académique. Il pensait que le site devait être confié aux autorités. Moi, j’ai compris que certaines vérités devaient rester sous contrôle. »
« C’est vous qui l’avez fait taire. »
Vidal hocha la tête, sans remords.
« Je l’ai retiré du projet avant qu’il ne révèle des informations compromettantes. Les honneurs posthumes ont été une consolation, je suppose. Et vous… vous êtes tombée dans le piège tendu par son héritage. Chaque bourse accordée à votre équipe provenait de fondations que j’avais infiltrées. Chaque article accepté avait été pré-approuvé par mes intermédiaires. Chaque géomètre qui guidait vos explorations possédait une carte secrète de ma conception. Vous n’avez pas découvert Aegis d’une nouvelle manière, capitaine. Vous avez rejoué la découverte de votre père, puis vous l’avez dépassée, jusqu’à toucher le cœur du réacteur. »
Renard baissa son arme de quelques centimètres. Le sol se déroba sous ses pieds. Pendant vingt ans, elle avait cru suivre sa propre voie. Chaque victoire, chaque publication, chaque distinction académique — des illusions. Elle n’avait été qu’un instrument.
« Et Marc ? » demanda-t-elle, la voix étranglée. « Marc Leclerc, mon coéquipier. Est-il… »
Vidal éclata d’un rire profond.
« Marc ? Vous voulez parler de l’idiot qui vous a fourni les coordonnées falsifiées lors de l’expédition de 2020 ? Il n’a jamais su. Il croyait servir une cause scientifique. Je l’ai utilisé comme… un paratonnerre. Pour détourner l’attention des autorités maritimes pendant que vous approchiez enfin la chambre du réacteur. Il n’a jamais compris le rôle qu’il jouait. En fait, il est probablement en train de vous chercher au large de Marseille, persuadé que vous avez été victime d’un accident lors du retrait de l’île. »
Le cœur de Renard cognât contre ses côtes. Marc avait été son premier allié, son compagnon de plongée pendant la campagne du site originel. Elle avait douté de tout le monde sauf de lui. Et elle comprenait maintenant pourquoi Vidal l’avait choisi : Marc était trop loyal, trop transparent, trop honnête pour qu’on imagine en lui un complice.
« Aujourd’hui, il porte le deuil de votre mort présumée », continua Vidal, marchant vers une console latérale. « Et vous, vous vous tenez devant le seul homme qui a toujours su qui vous êtes. Ce que vous valez. Ce que vous pouvez déclencher. »
Il effleura un écran tactile. Un frémissement sourd parcourut la salle.
« Le réacteur d’Aegis est maintenant en phase de saturation. Les amplificateurs à quartz alignés le long de la faille sous-marine ont atteint leur seuil critique. Dans soixante-dix heures, je déclencherai une résonance de subsurface qui modifiera les courants océaniques globaux. Les calottes fondront. Les moussons s’effondreront. Les civilisations côtières seront submergées. »
« C’est de la folie. Des millions de morts. »
« Des millions », répéta Vidal, comme s’il goûtait chaque syllabe. « Ou la survie. L’humanité court à sa perte, capitaine. La surpopulation, la montée des eaux, les guerres pour les ressources. Mon plan n’est pas une destruction. C’est une réinitialisation. Les survivants construiront un monde sur une base plus durable. »
Renard releva son arme, la visant entre les yeux.
« Vous êtes un monstre. »
Vidal inclina la tête, presque affectueusement.
« Je suis un pragmatique. Un monstre serait de laisser le monde dans les mains des politiciens. »
Elle vit son doigt se déplacer vers une plaque d’activation sur sa poitrine. Un signal d’alarme résonna dans la salle.
Renard comprit soudain : cette conversation n’était qu’une diversion. Pendant qu’il la maintenait en place, d’autres complices activaient le dispositif final.
Elle tira.
Le projectile perça l’épaule de Vidal. Il tituba, mais ne tomba pas. Au contraire, il arracha une plaque métallique du mur et la jeta vers elle. Renard esquiva de justesse, le métal effleurant son crâne. Il chargea.
Sa tête heurta le béton. Des éclats blancs explosèrent derrière ses paupières closes.
Et tandis que la salle s’obscurcissait, elle entendit Vidal murmurer : « La résonance a commencé. Il est trop tard. »
Le dernier battement de son cœur lui souffla une certitude : ce n’était pas trop tard. Le code que Sophie avait enregistré dans sa montre n’était pas un simple accès sécurisé. C’était l’arrêt d’urgence.
Elle n’avait plus qu’à l’atteindre.
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