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La Condition du Comte

Lire le chapitre 10: The Debt Mounts

La pluie battait les vitres du petit salon quand Julian poussa la porte. Il était couvert de boue jusqu'aux genoux, son manteau ruisselant sur le parquet ciré. Clara, qui triait une pile de lettres à la lueur d'une unique bougie, leva les yeux. Elle avait les traits tirés, les épaules crispées sous sa robe grise.

« Vous êtes rentré plus tôt que prévu », dit-elle, glissant rapidement une enveloppe sous le buvard.

Julian la regarda faire, un pli amer au coin des lèvres. Il s'approcha du feu, tendit les mains vers les flammes.

« Cambridge était une impasse. Hewett est mort il y a trois ans. Le contrat, si contrat il y a, n'est plus là-bas. » Il se tourna vers elle. « Et vous ? Qu'avez-vous découvert en mon absence ? »

Clara hésita. Trop longtemps. Il le vit.

« Rien d'important. Le quotidien de la maison. »

Il sortit une lettre de sa poche intérieure, la déplia lentement. « Alors expliquez-moi ceci. Trouvée dans le courrier du matin, adressée à Lord Ashworth — à vous, donc. Une demande de paiement de la part de MM. Greaves & Cie. Pour "services rendus à la succession", précise-t-il. Montant : deux mille livres. »

Clara pâlit. Ses doigts se crispèrent sur le bord de la table.

« Je ne savais pas que vous lisiez mon courrier.

— Je ne le lis pas. Il est arrivé par erreur au cabinet. J'ai cru que c'était un document juridique pour l'affaire Ashworth. » Il marqua une pause. « Que sont ces "services", Clara ? »

Elle détourna le regard. « Mon père avait des arrangements. Je ne connais pas tous les détails.

— Deux mille livres pour des arrangements ? » Il s'approcha, baissa la voix. « Vous me mentez depuis le début, n'est-ce pas ? Depuis cette histoire de Cresswell & Fils. Il y a autre chose. »

Un silence épais. La pluie redoubla, frappant les fenêtres comme une armée en marche.

« Il y avait des dettes de jeu, finit-elle par dire. Beaucoup plus importantes que ce que je vous ai avoué. Greaves était son principal créancier.

— Et combien au total ?

— Je ne sais pas exactement. Mes calculs... » Elle fouilla dans le buvard, en tira une feuille couverte de chiffres serrés. « Avec les intérêts courus et les pénalités, peut-être huit mille livres. Peut-être plus. »

Julian prit la feuille, la parcourut d'un œil exercé. Huit mille. Ajoutées aux quatre mille déjà connues. Douze mille livres contre une propriété qui en valait à peine quinze. Il serra la mâchoire.

« Et vous comptiez régler cela avec votre mère, je suppose ?

— J'allais vendre le portrait. » Elle dit cela d'une voix blanche, comme si elle avait déjà tranché la question. « Le Vermeer de ma mère. Il doit valoir au moins mille livres. Peut-être plus, avec le bon acheteur. »

Il laissa tomber la feuille sur la table. « Non. »

Elle releva la tête, surprise par la dureté du ton.

« Pardon ?

— Vous ne vendez pas le portrait. Point final. »

Il passa une main dans ses cheveux déjà ébouriffés par le voyage. Il semblait épuisé, mais ses yeux restaient vifs, calculateurs.

« Ce portrait est la seule chose qui reste de votre mère. C'est aussi l'un des rares biens que les créanciers ne peuvent pas saisir — il est enregistré comme héritage personnel, protégé par l'entail. Si vous le vendez pour payer les dettes de votre père, vous n'aurez plus rien pour négocier. Et vous n'aurez plus rien de vous.

— Je n'ai déjà plus rien, Julian. Ashworth Park est hypothéqué jusqu'aux fondations. Le toit fuit. Les domestiques sont réduits au strict minimum. Bientôt, je devrai vendre mes robes pour payer le pain. » Sa voix se brisa sur le dernier mot.

Il s'approcha encore, baissa la voix jusqu'à un murmure.

« Vous avez le saphir. Ou plutôt, vous savez où il est. C'est cela, la clé. Sir Aldridge a été clair : il investira si nous récupérons la pierre. Un seul bijou peut sauver tout cela. »

Clara secoua la tête. « Je ne sais pas où il est. Cette note que j'ai reçue disait qu'il était proche, mais je l'ai cherchée. Partout. Dans les murs, les planchers, les greniers. Rien.

— Et cette femme, Lady Eastleigh ? Elle prétend en connaître l'emplacement. »

Clara se mordit la lèvre. « Elle demande quelque chose en échange. Elle n'a pas dit quoi.

— Elle demandera quelque chose que nous ne voudrons pas donner. C'est une femme dangereuse. » Il détourna le regard, et Clara nota une ombre passer sur son visage. « Je la connais. D'une autre affaire. Elle ne fait jamais rien sans contrepartie démesurée. »

Avant qu'elle puisse insister, un bruit sourd résonna depuis l'entrée. Des voix étouffées, puis la voix de Mme Haskett, la gouvernante, haussée sur un ton qu'elle n'utilisait jamais. Clara échangea un regard avec Julian, puis sortit dans le couloir.

Un homme se tenait sous le porche, ruisselant, un chapeau melon écrasé entre ses mains. Derrière lui, un fiacre attendait dans l'allée. Il n'avait pas l'allure d'un domestique, mais celle d'un clerc de justice.

« Lady Ashworth ? » Il s'inclina, sortit un papier de sa veste. « Je viens de la part de Lord Umbridge. Il demande règlement immédiat de la somme de trois mille livres, correspondant à une obligation souscrite par feu votre père. »

Clara saisit le papier. L'écriture était nette, officielle. L'entête portait le nom d'Umbridge. Elle sentit le sol se dérober sous ses pieds.

« Je n'ai jamais vu ce document.

— Il est daté de novembre dernier. Signé par le vicomte. L'obligation venait à échéance le premier du mois. Lord Umbridge a été patient, mais il estime que le délai raisonnable est écoulé. »

Derrière elle, Julian apparut dans l'encadrement de la porte. Il jeta un coup d'œil au papier par-dessus l'épaule de Clara, et son expression se durcit.

« Ce document est frauduleux », dit-il d'un ton qui n'était pas une question.

Le clerc haussa un sourcil. « Monsieur ?

— Je suis avocat. Le sceau apposé est celui de la chancellerie du comté de Surrey, mais il est incorrect pour une obligation de cette nature. Et la signature du vicomte ne correspond pas à celle que j'ai vue sur d'autres actes. » Il fit un pas en avant, toisant le clerc. « Votre maître a-t-il réellement prêté cet argent, ou s'agit-il d'une autre de ses petites manœuvres ? »

Le visage du clerc se ferma. « Je n'ai pas à discuter des affaires de Lord Umbridge avec un inconnu.

— Je suis l'époux de Lady Ashworth. Cela fait de moi tout sauf un inconnu. » Julian croisa les bras. « Vous direz à Lord Umbridge que sa réclamation est notée et qu'elle sera examinée par mon cabinet. Et vous lui direz aussi que s'il tente d'intenter une action en justice sur la base d'un faux, je le poursuivrai personnellement pour fraude. »

Le clerc hésita, visiblement pris de court. Puis il s'inclina sèchement et regagna son fiacre dans la pluie.

La porte se referma. Clara s'appuya contre le mur, tremblante.

« Umbridge essaie de s'emparer du domaine », dit-elle lentement, les pièces s'assemblant dans son esprit. « Il rachète les dettes de mon père une à une. Quand il en aura assez, il forcera la vente.

— Et il achètera Ashworth Park pour une bouchée de pain », acheva Julian. Il passa une main sur sa mâchoire. « Votre père lui devait-il réellement de l'argent ?

— Je ne sais plus. Avec Cresswell, Finch, ces billets... » Elle ferma les yeux. « Il y a tant de choses que j'ignorais de ses affaires. Je croyais le connaître. Je crois maintenant qu'il a vécu dans un mensonge permanent. »

Julian ne répondit pas. Il regarda la pluie qui ruisselait sur les vitres, perdu dans ses pensées.

« Nous avons besoin de ce saphir, dit-il enfin. Plus que jamais. »

Et la porte de l'office, légèrement entrouverte, se referma sans bruit. Quelqu'un avait écouté.