La Condition du Comte
Lire le chapitre 17: The Secret Tryst
Le tympanon de la chapelle rendit un son creux sous les doigts de Clara. Elle appuya plus fort sur le panneau de pierre orné d’un agneau pascal, là où la carte indiquait un joint invisible. Un déclic, puis un grincement de métal rouillé. Une ouverture étroite se dessina dans le mur, à hauteur de taille.
Julian éclaira l’intérieur d’une bougie qu’il avait prise dans le chœur. Une boîte de chêne, cerclée de fer, reposait sur une dalle. Pas de serrure. Seulement un couvercle gravé d’un méandre. Clara le souleva.
À l’intérieur, un seul objet : une liasse de lettres, et par-dessus, une feuille de papier pliée en quatre, couverte d’une écriture dense et serrée. Pas un récit. Une grille de chiffres et de lettres, alignés en colonnes, certains soulignés, d’autres barrés d’un trait de plume sec.
— Un chiffre, murmura Julian. Votre père chiffrait ses affaires ?
— Mon père ne savait pas faire un nœud de cravate sans son valet, répondit Clara. Mais il savait compter. Et il avait des secrets.
Elle déplia la feuille. En tête, une date : 1798. Puis une ligne, écrites d’une main plus fluide, presque féminine : « *Que nul ne trouve avant l’heure où la lumière éclaire le nord.* »
— Le nord, dit Julian. La chapelle est orientée nord-sud. La lumière du matin entre par la fenêtre est.
Clara secoua la tête. Elle connaissait cette chapelle depuis l’enfance. Elle s’accroupit, examina la grille de plus près. Les colonnes de chiffres étaient disposées en carré, mais une diagonale plus sombre traversait la page — l’encre avait coulé, comme si l’auteur avait hésité, ou comme si le papier avait été plié et refermé sur une trace d’humidité.
— Ce n’est pas un carré de Polybe classique, dit-elle. Les colonnes ne correspondent pas. Regardez : la première colonne compte vingt-six lettres. La seconde vingt-trois. La troisième…
— Une clé de chiffrement variable.
— Une clé de chiffrement *fondée sur quelque chose*. Peut-être un livre. Un texte connu.
Julian l’observa. Il y avait dans sa concentration quelque chose de nouveau — une familiarité avec la douleur, certes, mais aussi une acuité qui lui rappelait qu’il n’avait pas épousé une oie blanche.
— Dans la bibliothèque de mon père, dit Clara, il y avait un volume de Francis Bacon. Il le lisait chaque soir, me disait-il, pour « s’aérer l’esprit ». Je l’ai feuilleté cent fois, enfant.
Elle posa la feuille sur la dalle. Sa main tremblait légèrement. La première colonne du chiffre correspondait aux lettres du premier paragraphe de l’*Instauratio Magna* ? Elle essaya mentalement : le « a » de « *cum* », le « s » de « *sacra* »…
— Il faut le livre, dit-elle. Ici je ne peux pas déchiffrer sans texte source.
Julian replia la feuille avec soin, la glissa dans sa poche intérieure.
— Alors nous partons. Le bibliothèque est à cinq minutes de marche.
Un craquement, derrière eux. Le petit bois derrière la chapelle — ou l’allée de gravier ? Julian éteignit la bougie d’un coup de doigt.
L’obscurité tomba. Clara retint son souffle. Des pas lourds, deux paires, qui ne cherchaient pas à se faire discrets. Une voix grave, masculine :
— La porte de la sacristie était ouverte. Ils sont là-dedans.
Julian attrapa le poignet de Clara, l’attira vers l’ouverture qu’ils venaient de découvrir. Trop étroite. Ils se glissèrent à l’intérieur, dans le renfoncement de pierre. La boîte vide à leurs pieds. Julian poussa la pierre de l’intérieur. Elle résista un instant, puis se referma avec un claquement sourd.
Dans le noir absolu, ils entendirent les hommes entrer. Le bruit de leurs semelles sur les dalles. L’un d’eux heurta le meuble où la bougie reposait encore.
— Vide, dit l’un. Ils ont pris ce qu’ils cherchaient.
— La femme a dit qu’ils devaient trouver quelque chose ici. Faut pas repartir sans rien.
Un silence. Puis le bruit d’un objet traîné sur la pierre. Le couvercle de la boîte.
— Rien. Du tout. Merde.
— Cherche autour. Les panneaux, les dalles.
Les pas se rapprochèrent. Le renfoncement était juste à côté de l’autel. Julian sentit le souffle de Clara contre son cou. Sa main, dans la sienne, était glacée mais ferme.
Un doigt passa sur le joint de la pierre. Clara ne respirait plus.
— Y a rien ici. On a fait ce qu’elle a dit. Elle nous paiera pareil.
— Elle paie mal ceux qui reviennent les mains vides.
Le silence encore. Puis le bruit des pas qui s’éloignent, la porte de la chapelle qui claque.
Clara compta jusqu’à soixante. Puis elle poussa la pierre. Elle bougea à peine — le mécanisme, déréglé par la poussée initiale, refusait de céder.
— Julian, dit-elle, la voix étranglée. Elle ne s’ouvre plus.
Julian tâtonna dans le noir, trouva une aspérité du mécanisme, tira d’un coup sec. La pierre céda d’un centimètre, puis se coinça.
— Les charnières ont bougé, dit-il. Nous sommes prisonniers, à moins de…
Un bruit de gravier, dehors. Les hommes n’étaient pas partis. Ils avaient fait le tour. Un rire gras.
— Elle a dit qu’ils ressortiraient. Attends. Ils vont se montrer tôt ou tard.
Julian se tourna vers Clara, dans l’obscurité. Il ne voyait pas son visage, mais il sentait sa respiration, de plus en plus lente, de plus en plus contrôlée.
— Le passage continue, dit-elle à voix basse. Mon père n’aurait pas construit une cache sans issue. Cherche un joint plus bas.
Ils tâtonnèrent en silence. Le renfoncement mesurait à peine deux mètres sur un. Clara à genoux, les mains sur le sol de pierre, sentit une fissure plus nette, plus droite que les autres, longeant le mur du fond.
— Ici.
Elle poussa. Une dalle pivota, révélant un escalier en colimaçon qui plongeait dans les ténèbres.
— Il menait à la cave sous le cellier, dit-elle. Je m’y cachais quand j’étais petite, pour échapper à la gouvernante.
Julian la fit descendre la première, puis il suivit, refermant la dalle au-dessus de lui. L’obscurité était totale. Ils descendirent à tâtons, les pierres usées et glissantes sous leurs pieds. Le silence retomba. Les voix des hommes, là-haut, s’éteignirent peu à peu.
Au bas de l’escalier, une porte de bois vermoulu. Clara la poussa. La cave du cellier, vide, empestait l’humidité et la pomme oubliée. La lumière pauvre du soir filtrait par une vitre sale.
Julian sortit le papier de sa poche. Dans la pénombre, il le déplia.
— L’écriture de la note, dit-il. La ligne que vous avez lue : « Que nul ne trouve avant l’heure où la lumière éclaire le nord. » Regardez.
Il lui tendit la feuille. Clara la prit et la tourna vers la vitre. La lumière du couchant, oblique, traversa le papier. Et là, dans le vide entre les lignes, une écriture nouvelle apparut, griffée dans la pâte du papier, invisible à l’œil nu sans la lumière.
*« Pour que ma fille trouve la vérité. »*
La même phrase que dans la villa, la même que dans la lettre de Finch. Mais cette fois, sous la phrase, une autre ligne :
*« Dis à l’homme qui t’a épousée que ce qu’il cherche est plus proche que sa peur. »*
Clara releva les yeux vers Julian. Il était pâle.
— « Plus proche que sa peur », répéta-t-elle. Qu’est-ce que cela signifie ?
Julian regarda la porte de la cave, puis le papier.
— Cela signifie, dit-il lentement, que nous ne sommes pas les seuls à chercher. Et que la personne qui a envoyé ces hommes savait exactement où nous trouver.
Un silence. Clara serra le papier contre sa poitrine.
— Vous croyez que c’est Lady Eastleigh ?
— Les hommes parlaient d’une « femme ». Et Lady Eastleigh connaît chaque recoin de cette propriété. Elle a passé ses étés ici, enfant, avec votre père.
— Ou, dit Clara, avec une voix plus basse, elle a gardé la clef d’un secret que mon père voulait que je trouve.
Julian ne répondit pas. Dehors, le soleil s’était couché. L’ombre envahissait la cave. Et dans cette pénombre, Clara sentit pour la première fois le poids véritable de ce qu’ils poursuivaient : pas un simple objet, pas une dette, mais une histoire qui avait été écrite avant elle, et qui cherchait à être lue.
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