La Condition du Comte
Lire le chapitre 6: The Missing Steward
La pluie tambourinait contre les vitres poussiéreuses du petit bureau, transformant la lumière grise de l'après-midi en une clarté jaunâtre et trouble. Lady Clara se tenait près de la cheminée éteinte, les mains croisées devant elle, tandis que Julian feuilletait les registres de la maison avec une précision irritante.
« Où est Finch ? demanda-t-il sans lever les yeux.
— Le régisseur ? »
Il leva enfin la tête, un sourcil arqué. « Nous avons parcouru chaque pièce de cette maison. Les livres de comptes sont là, mais ils s'arrêtent au mois de novembre. Le dernier relevé de récolte est signé de sa main. Or, nous sommes en juin. Qui s'occupe des terres, Clara ? »
Elle sentit la chaleur monter à ses joues. C'était une question légitime, et elle en avait honte. « Finch... il a disparu peu après la mort de mon père. En mars. Je n'ai pas pu le remplacer — les fonds ne le permettaient pas, et j'étais... »
« Vous étiez en deuil », compléta Julian, mais sa voix ne contenait aucune indulgence. Il referma le registre d'un geste sec. « Savez-vous où il demeure ? »
« Il vivait ici, dans le pavillon au nord de l'écurie. Mais je n'y suis pas retournée depuis qu'il est parti. »
Julian se leva, dépliant sa haute silhouette. L'éclat de la pluie soulignait la pâleur de son visage et la cicatrice qui barrait le dos de sa main — cette marque qu'elle avait remarquée chez elle, le soir de sa première visite, et qui semblait s'approfondir lorsqu'il réfléchissait. Il attrapa son manteau accroché au dossier de la chaise.
« Venez. »
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Le pavillon était une bâtisse basse aux volets clos, nichée entre deux ifs tordus. La serrure de la porte céda après quelques insistances de l'épaule de Julian ; à l'intérieur, l'air sentait la poussière et le papier ancien. Le mobilier était simple — un lit étroit, une armoire, un bureau de chêne massif encombré de dossiers.
Clara s'arrêta sur le seuil, saisie par une impression étrange. Finch avait été un homme méticuleux, presque obsessionnel. Son bureau était toujours organisé à la perfection, chaque papier classé, chaque plume alignée. Or, ici, les documents formaient des piles chaotiques, dont certaines s'étaient renversées sur le sol comme si quelqu'un avait fouillé à la hâte.
« Il est parti précipitamment », murmura-t-elle, plus pour elle-même.
Julian ne répondit pas. Il ouvrit les tiroirs un à un, les refermant avec une déception croissante. Puis il s'immobilisa.
« Clara. Regardez ceci. »
Il tenait une feuille de papier froissé, visiblement arrachée à un registre. L'encre avait bavé sous l'humidité, mais les mots restaient lisibles, tracés d'une main nerveuse :
*Bedford, Golden Hind — qu'il garde ce qu'il a pris, ou je parlerai.*
Julian la retourna. Au dos, une date : 2 mars — trois jours avant la mort de Lord Ashworth.
Clara sentit le sol se dérober sous elle. « Bedford ? »
« Vous connaissez ce nom ? »
« Non. Jamais entendu. » Mais sa voix manquait de conviction, et elle le savait. Son père avait des secrets — cette lettre trouvée dans le cabinet, les paiements à Cresswell & Fils, cette mystérieuse « erreur » qu'il avait commise. Bedford pouvait être tout aussi bien un homme qu'un lieu.
Julian plia la note et la glissa dans sa poche intérieure. « Le Golden Hind est une taverne de Londres, près du port. Si Finch a laissé ce message, c'est qu'il voulait qu'on le trouve — ou que quelqu'un d'autre le trouve. »
« Que comptez-vous faire ? »
Il la regarda longuement ; l'espace d'un instant, elle crut discerner autre chose que du calcul dans ses yeux — une lueur d'inquiétude, peut-être. Puis le masque retomba.
« Je vais à Londres. Demain matin. Cette affaire de Cresswell & Fils me trouble autant que la disparition de votre régisseur. Peut-être sont-elles liées. »
Clara ouvrit la bouche pour protester — elle avait enterré le registre des dettes de jeu dans le jardin, trois nuits plus tôt, sous le regard de Julian qui observait depuis sa fenêtre. Le souvenir de cette scène la brûlait encore. Elle n'était pas sûre de ce qu'il avait vu, ni de ce qu'il en déduirait.
« Je viens avec vous », dit-elle.
Les sourcils de Julian se haussèrent. « Ashworth Park nécessite votre présence. Les réparations du toit — »
« Nécessitent de l'argent que nous n'avons pas », coupa-t-elle. « Et si Finch est la clé de ce que mon père cachait, c'est une affaire de famille. J'ai signé votre contrat, Julian, mais cela ne fait pas de moi une spectatrice passive. »
Il y eut un long silence. La pluie s'était calmée ; on n'entendait plus que le goutte-à-goutte régulier du toit du pavillon.
« Très bien », concéda-t-il enfin. « Mais Londres n'est pas un terrain de jeu. Les créanciers de votre père y ont plus d'oreilles que dans cette campagne. Si quelqu'un vous reconnaît comme Lady Clara Ashworth, endettée et fraîchement mariée, vous deviendrez une proie. »
« Je sais paraître ce que je ne suis pas », répondit-elle avec un sourire sans joie. « Je l'ai appris avant même de savoir lire. »
Un éclat de respect traversa le regard de Julian. Il inclina la tête.
« Alors préparez vos effets. Nous partons avant l'aube. »
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Dans sa chambre, ce soir-là, Clara ne dormit pas. Assise à son secrétaire, elle fouilla de nouveau dans les papiers de son père — la lettre qu'elle avait trouvée dans le cabinet vide, les reçus de Cresswell & Fils, la facture d'un bijoutier de Londres qu'elle n'avait pas remarquée jusque-là. *Hargreaves, joaillier — Orfèvrerie fine, Bond Street.*
La date : 14 février — le jour de la Saint-Valentin. Un mois avant la mort de son père. La facture ne mentionnait pas d'objet précis, mais une somme dérisoire : trois guinées. Qu'est-ce qu'un homme achète pour trois guinées chez un joaillier de Bond Street ? Un médaillon bon marché. Une paire de boutons de manchette. Rien qui vaille la peine d'être noté.
Et pourtant, son père avait conservé ce reçu, soigneusement plié, au fond d'une enveloppe scellée à son nom.
Clara le glissa dans son propre réticule, puis souffla la bougie. Dans l'obscurité, elle entendit les pas de Julian dans le couloir — il arpentait sa chambre comme il l'avait fait chaque nuit depuis leur arrivée, et elle se demanda s'il marchait pour réfléchir, ou pour s'assurer qu'elle ne quittait pas la sienne.
À la fin, elle ne savait plus ce qu'elle craignait le plus : que Finch ait disparu parce qu'il savait trop de choses, ou qu'il soit encore vivant et prêt à parler.
L'aube la trouva habillée, ses valises closes, le regard fixé sur la route de Londres.