La Couronne des Deux Trônes
Lire le chapitre 20: The Truth of the Vow
La lettre trembla entre les doigts d’Elara, le parchemin jauni craquant sous la pression. Elle avait déjà lu les premiers mots une douzaine de fois depuis qu’elle l’avait découverte, mais chaque ligne semblait plus lourde à présent, dans le silence de sa chambre où l’écho du cri du jardin s’était tu.
« Ma fille, si tu lis ceci, c’est que le temps est venu. Voilà vingt ans, la reine Isolde d’Aurenne et moi avons scellé un serment que nos conseillers jugèrent folie. Nous étions jeunes, et nos royaumes saignaient déjà par les plaies d’une guerre sans fin. La guerre n’a pas cessé, mais nous avons compris une vérité que les hommes de guerre refusent d’admettre : cette querelle n’est pas la nôtre. Elle est un poison transmis de père en fils, une malédiction prononcée par des ancêtres dont plus personne ne se souvient. »
Elara releva les yeux, son souffle court. Alaric se tenait près de la fenêtre, le visage encore pâle de la nuit qu’il venait de passer, le poison du duc lentement filtré par l’antidote qu’elle lui avait glissé dans son gantelet. Il la regardait lire, immobile comme une statue de pierre dans la lumière grise de l’aube.
« Pour briser cette malédiction, un seul remède : l’union de nos sangs. Pas une alliance politique—un mariage véritable, scellé par la volonté, pas par la plume. J’ai vu la fillette d’Isolde lors d’une trêve, il y a douze ans. Le duc de Valdris, ton propre conseiller, l’avait amenée pour négocier. Elle était venue avec une fleur blanche cueillie dans les jardins d’Aurenne, et elle l’avait offerte à un jeune garçon d’Aurenne qu’elle avait croisé dans le cloître. Elle ne savait pas qui il était, ni lui qui elle était. Mais je l’ai su. Et j’ai vu la promesse dans leurs yeux. »
Elara s’arrêta, le papier glacé par la sueur de sa paume. Une fleur blanche. Le cloître. La mémoire lui revint en une vague brutale—elle n’avait que sept ans, la robe empesée, les cheveux tressés trop serrés par une nourrice nerveuse. Elle s’était échappée de la salle de trêve pour fuir l’ennui des négociations, avait erré dans un jardin étranger, et avait trouvé un garçon aux yeux gris qui jetait des cailloux dans une fontaine. Il avait ri quand elle avait dit que les cailloux étaient « des soldats stupides qui se noient », et elle lui avait donné la fleur qu’elle avait cueillie, parce qu’elle était belle, et qu’il semblait triste.
Elle n’avait jamais su son nom. Son père l’avait grondée pour avoir quitté la pièce, et l’histoire s’était effacée comme un rêve d’enfant.
« Alaric. »
Le roi d’Aurenne se retourna lentement, ses yeux gris—ses yeux gris—plantés dans les siens avec une intensité nouvelle.
« La fleur blanche. Le cloître de mon père, à Aurenne, pendant la trêve de l’automne. » Sa voix était basse, presque étranglée. « Je me souviens d’elle. Je me souviens d’avoir gardé la fleur séchée dans un livre pendant des années, jusqu’à ce qu’elle tombe en poussière. J’ai cherché son visage dans chaque fille de Valdris que j’ai rencontrée, mais je ne me souvenais que de sa voix, pas de ses traits. »
Il porta la main à son cou, tirant une chaîne fine de sous sa tunique. Un médaillon d’argent s’ouvrit dans sa paume—Elara le reconnut instantanément. Elle l’avait vu lors de leur première rencontre, mais elle n’avait jamais osé demander ce qu’il contenait à l’intérieur.
Alaric le tourna vers elle. À l’intérieur, sous un verre minuscule, une fleur blanche fanée, conservée comme une relique. Et au dos du médaillon, un dragon de Valdris gravé, les ailes déployées.
« Le roi de Valdris—ton père—me l’a donné à la fin de la trêve, » dit Alaric, sa voix tremblante à peine perceptible. « Il m’a dit : “Un jour, tu comprendras pourquoi elle l’avait.” Je n’ai pas compris avant maintenant. »
Elara fixa le dragon gravé—les armes de sa maison. L’inscription au pourtour était trop petite pour être lue, mais elle la connaissait par cœur : « Ce qui est promis est scellé pour toujours. »
Son père avait orchestré cela. Vingt ans avant sa naissance politique, avant les traités et les ambassades, avant même le début officiel de la guerre, il avait scellé le sort de sa fille avec le fils d’une reine ennemie.
« Nous ne sommes pas un mariage de convenance, » murmura Elara, les mots se frayant un chemin dans sa gorge comme des éclats de verre. « Nous sommes le remède à une malédiction que nos parents ont choisie pour nous. »
Alaric referma lentement le médaillon et le laissa retomber contre sa poitrine. Il fit un pas vers elle, puis un autre, ses traits soucieux adoucis par une expression qu’elle n’avait jamais vue sur lui : non pas de conquête, non pas d’alliance, mais quelque chose de plus vulnérable, quelque chose qui ressemblait presque à de l’espoir.
« J’ai cherché cette fille toute ma vie, » dit-il. « Tu étais là, sous mes yeux, depuis le premier jour. »
Elara ouvrit la bouche pour répondre—pour dire quelque chose de sage, de diplomate, de prudent—mais un cri déchira l’air du jardin, pas un cri d’horreur comme la dernière fois, mais un cri d’alarme, suivi de cliquetis d’armes et de pas pressés.
Une sentinelle éclata dans la chambre sans frapper, son visage blême comme du lait.
« Votre Majesté—votre Majesté de Valdris— » Il haleta, s’inclinant maladroitement. « Le prince Corin. Il a été enlevé. Les garçons d’écurie disent avoir vu des hommes masqués l’emmener vers la forêt, du côté ouest. Ils étaient armés, et ils ont laissé ceci. »
Il tendit un morceau de parchemin plié. Elara le saisit, le déplia d’une main qui ne tremblait pas, malgré le vertige qui lui vrillait le ventre.
L’écriture était fine, précise, une écriture de noble—pas celle du duc banni, qui griffonnait grossièrement sa signature comme une serre.
« Le fils de Valdris paiera pour les crimes de son père, » lut-elle à voix haute, « et pour les mensonges de sa sœur. Si vous voulez le revoir vivant, venez seule, princesse. Au vieux chêne de la clairière nord, ce soir à minuit. Sans garde. Sans roi. Sans gloire. »
Elle leva les yeux, le papier se froissant dans son poing, le visage d’Alaric reflétant sa propre fureur.
La fleur blanche. Le serment. La malédiction.
Et Corin, son frère naïf et courageux, entre les mains de l’inconnu qui signait avec l’élégance d’un homme qui avait tout à gagner—et rien à perdre.
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