La Couronne des Deux Trônes
Lire le chapitre 22: The Mastermind's Mask
La corde crissa contre la pierre, et la porte de la geôle s'ouvrit sur une lueur de torche. Sir Roland était assis sur un banc de pierre, les poignets entravés, mais il ne portait ni ecchymose ni marque de combat. Ses yeux, d'un gris d'acier, se levèrent sur Elara et Alaric sans une once de peur.
« Vous avez mis du temps, » dit-il d'une voix égale. « J'espérais que la cérémonie serait plus longue. »
Elara s'avança, la lettre de son père serrée contre sa poitrine comme un bouclier. « Le feu dans la bibliothèque. La mort de mon père. L'assassinat du serviteur avec la pièce de Valdris. C'était toi, n'est-ce pas ? Tu as tout orchestré. »
Roland inclina la tête, presque avec grâce. « Le duc était un homme simple. Il croyait en la guerre, en l'honneur, en la revanche. Un outil parfait. Il suffisait de lui murmurer des promesses de gloire et de lui offrir des cibles à haïr. » Il sourit, et ce sourire était plus froid que la lame d'une dague. « Mais vous avez découvert que j'étais son fils, n'est-ce pas ? Le fils qu'il avait renié pour une bâtarde de taverne. Une tache sur son nom. Il ne m'a jamais reconnu. Étrange ironie, n'est-ce pas ? Il est mort en pensant que sa lignée s'éteignait, alors que c'était moi qui tirais les ficelles autour de son cou. »
Le souffle d'Alaric se fit rauque. « Tu as brûlé ta propre maison. Tu as tué ton propre père par procuration. »
« Je n'ai brûlé qu'une demeure remplie de traîtres et de faibles, » répondit Roland. « Le duc voulait la guerre. Le roi voulait la paix. Les deux étaient indignes de gouverner. » Il se pencha en avant, et ses chaînes tintèrent. « Vous croyez que l'histoire se soucie de la loyauté ? Elle ne se soucie que du résultat. Et mon résultat est presque atteint. »
Elara sentit un froid lui grimper le long de la colonne. « Le traité de partition. La Caldoran. C'est toi qui l'as négocié. »
Le rire de Roland explosa dans la cellule, sec comme du verre brisé. « "Négocié" est un bien grand mot. Le roi Caldoran est un vautour qui attend depuis vingt ans que ces deux royaumes s'aigrissent comme des pommes trop mûres. Je lui ai simplement montré le chemin de la pommeraie. Une province de Valdris, deux d'Aurenne, et moi je serais devenu le chancelier d'un nouvel ordre. » Il haussa les épaules. « Le traité était déjà en route vers sa capitale quand vous m'avez capturé. Dans trois semaines, il frappera à vos portes avec une armée que vous ne pourrez pas repousser, que vous le vouliez ou non. »
Alaric s'avança d'un pas, le poing serré. « Tu es un démon. »
« Un démon pragmatique. » Roland leva ses poignets entravés. « Et si vous voulez sauver ce qui reste de vos trônes, vous feriez mieux de vous dépêcher. »
Elara plissa les yeux. « Dépêcher pour quoi ? »
Le sourire de Roland s'élargit. « Il y a une petite surprise dans la grande salle. Sous la table du traité, précisément. Un mécanisme que j'ai fait installer il y a trois mois, au cas où les choses tourneraient mal. » Il inclina la tête vers l'amulette d'améthyste qui pendait à son cou, celle-là même qu'Elara avait vue sur les corps assassinés. « Cette pierre n'était pas qu'un sceau. C'est la clé. Si vous ne désactivez pas le mécanisme avant la prochaine heure, la grande salle s'envolera dans le ciel d'Aurenne, avec tous les nobles, les rois et leurs précieux traités à l'intérieur. »
Le sang d'Elara se glaça. Elle se tourna vers Alaric, dont le visage était pâle comme la cire sous la lumière de la torche.
« Nous devons y aller, » dit-elle. « Maintenant. »
Ils coururent dans les couloirs, leurs bottes frappant le marbre en cadence. Les gardes les regardèrent passer sans oser les intercepter. Elara sentait l'améthyste brûler contre sa paume — Roland l'avait laissée tomber dans sa main comme une aumône, avec un dernier ricanement : « Bonne chance, princesse. Vous en aurez besoin. »
La grande salle était vide, à l'exception de la longue table du traité, chargée de cartes et de sceaux de cire non encore apposés. L'air y était lourd, comme s'il attendait quelque chose. Elara s'agenouilla, les mains tremblantes, et passa sous la table.
Le mécanisme était là, harnaché sous le plateau de bois : un nid de tubes de fer, de poudres sombres et de mèches reliées à une petite boîte de bronze. Au centre de la boîte, un trou taillé en forme d'étoile à six branches.
L'améthyste.
« Il faut l'insérer, » murmura Alaric, accroupi à côté d'elle. « Mais si c'est un piège ? »
Elara ferma les yeux. Elle revit le visage de son père, entendit sa voix dans la lettre — *« Méfie-toi du valet de cour. »* Mais aussi : *« Quand deux royaumes sont unis par la foi, ils ne peuvent être brisés. »*
Elle inséra l'améthyste.
Un clic. Le mécanisme se déverrouilla avec un sifflement d'air comprimé. Les mèches retombèrent, inertes. La boîte de bronze s'ouvrit, révélant un ressort détendu et une petite cavité vide où une étincelle aurait dû embraser la poudre.
Rien.
Le silence retomba, presque plus assourdissant que l'explosion n'aurait été.
Elara expira. Elle n'avait pas réalisé qu'elle retenait son souffle. Alaric posa une main sur son épaule, et cette simple pression était un monde.
« C'est fini, » dit-il.
Elle secoua la tête. « Non. Ça commence. » Elle sortit l'améthyste du mécanisme, la regarda capturer la lumière des chandelles. « Roland est capturé, mais la partition approche. La Caldoran. Le valet de cour, s'il existe encore. Et la malédiction. » Elle leva les yeux vers lui. « Nous n'avons pas le droit de nous reposer. »
Alaric la releva doucement. Il ne la lâcha pas. Dans la grande salle vide, entre les cartes froissées et les sceaux de cire, ils se tinrent l'un devant l'autre — deux royaumes qui venaient de désamorcer leur propre destruction.
« Alors nous avançons, » dit-il. « Ensemble. »
Derrière eux, dans la cour, on entendait les gardes traîner Roland vers une cellule plus profonde. Ses rires s'évanouirent dans la nuit, mais ils laissèrent une traînée de questions dans l'air.
Elara tint l'améthyste serrée dans son poing. Un détenteur de clé était mort. Mais elle savait, au plus profond d'elle, que la serrure n'était pas la seule chose que cette pierre ouvrait.
Continuer gratuitement
Débloquer ce chapitre
Regardez une courte publicité pour débloquer ce chapitre.
Aucun paiement requis.