La Couronne des Deux Trônes
Lire le chapitre 29: The Vows Reforged
La chapelle ardente de Valdris sentait encore la fumée des incendies de la veille, mais quelqu'un avait eu la délicatesse d'y suspendre des guirlandes de lierre et de jasmins blancs. Elara n'avait pas voulu de grande cérémonie. Les murs noircis de l'aile ouest étaient un rappel trop cru de la fragilité de leur victoire.
— Vous êtes sûre de vouloir porter cette robe ? demanda Mira, les mains jointes, une innocence trop parfaite peinte sur son visage.
Elara se retourna. La jeune femme se tenait dans l'embrasure de la porte, vêtue d'une robe d'un bleu discret qui jurait avec l'éclatmalsain de ses yeux. Elle avait été d'une aide précieuse pendant la contre-attaque, coordonnant les serviteurs, guidant les blessés.
— Elle était à ma mère, répondit Elara simplement. Elle est peut-être froissée, mais elle est intacte.
La robe, d'un argent pâle brodé de fils d'or, avait miraculeusement survécu aux flammes. Elara l'avait retrouvée dans le coffre que son père avait scellé après la mort présumée de sa mère. Une autre pièce du puzzle, un autre indice que sa mère savait qu'elle reviendrait.
— Le roi Alaric vous attend, dit Mira avec un sourire qui ne montait pas jusqu'à ses yeux. Puis-je vous offrir un verre de vin avant la cérémonie ? Pour vous donner du courage.
Elara hésita. L'instinct, ce sixième sens qui l'avait sauvée tant de fois, frémit. Mais Mira avait risqué sa vie pour les sauver de Lady Voss. Elle avait failli mourir par son épée.
— Un verre, dit-elle. Juste un.
Le vin était doux, trop doux, avec un arrière-goût métallique qu'Elara attribua à son imagination. Elle but, reposa la coupe, et sentit une chaleur étrange se répandre dans sa poitrine. Pas le réconfort du vin, mais une brûlure sourde, comme si quelque chose d'acide coulait dans ses veines.
— Tout va bien ? demanda Alaric en la rejoignant.
Il était superbe dans son pourpoint sombre, la couronne de Caldoran ceinte sur son front. Derrière lui, le prêtre attendait, les mains jointes. Une douzaine de témoins seulement : les fidèles, ceux qui avaient prouvé leur loyauté dans le sang et le feu.
— Oui, mentit Elara. Juste l'émotion.
Elle prit sa main. La chaleur de la sienne contre sa paume glacée la surprit. Elle leva les yeux et vit qu'Alaric semblait pâle, des perles de sueur à son front.
— Vous aussi ? murmura-t-elle.
— Le vin, dit-il, les mâchoires serrées. Mira l'a servi à moi aussi. J'ai cru que c'était...
Il n'acheva pas. Elara chercha Mira du regard, mais la jeune femme avait disparu. À sa place, sur le prie-Dieu, trônait un bouquet de fleurs blanches — celles qu'Elara avait cueillies dans la vallée cachée, celles qui pouvaient briser la malédiction. Elle les avait placées là comme offrande, un symbole silencieux de son choix.
— Le bouquet, souffla-t-elle. Il faut...
Une crampe violente lui tordit le ventre. Elle s'effondra, les genoux heurtant la pierre froide. Alaric la rattrapa, la serrant contre lui, mais il vacillait aussi, le poison mordant ses muscles.
— La fleur, Elara, quelle fleur ?
— Dans le bouquet, réussit-elle à dire. L'antidote. Elle contient...
Les mots lui échappèrent. Sa vision se brouilla, des taches noires dansant devant ses yeux. Autour d'eux, les invités criaient, couraient, mais les sons semblaient venir de très loin, comme à travers une épaisse couche de coton.
— Mira ! hurla quelqu'un. Arrêtez-la !
— Tout va bien, dit Alaric, mais sa voix était éraillée, à peine un murmure contre son oreille. Je vous tiens. Je ne lâcherai pas.
Elara voulut rire. Même empoisonné, même mourant peut-être, il essayait de la rassurer. C'était tellement lui — cet homme qui avait passé sa vie à protéger les autres d'un mal dont il ne pouvait les sauver, pas même lui-même.
— La fleur, répéta-t-elle. Il fallait la mâcher. Ma mère écrivait... trois pétales...
Cherchant désespérément, sa main se tendit vers le bouquet renversé sur les dalles. Un pas. Deux. Mais ses jambes refusèrent de lui obéir, et elle retomba dans les bras d'Alaric.
— Je la vois, dit-il, mais ses yeux se révulsaient, ses doigts crispés sur sa taille se relâchant. Je... la vois... juste...
Sa tête tomba sur l'épaule d'Elara. Son souffle rauque râla, puis s'adoucit, comme s'il s'endormait.
— Alaric.
Silence.
— Alaric !
Ses paupières se soulevèrent une dernière fois. Ses yeux noisette cherchèrent les siens, et il sourit — un vrai sourire, sans artifice, sans peur.
— Je vous ai vue, murmura-t-il. En robe d'argent. C'était... tout ce que j'avais espéré.
Sa main retomba. Sa tête s'inclina.
Elara sentit le froid monter le long de son bras, engourdissant ses doigts, gagnant sa poitrine. Le tumulte autour d'eux s'estompa. Plus que le silence, lourd, oppressant. Et la dernière image qu'elle vit fut le visage d'Alaric penché sur elle, ses lèvres remuant en un mot qu'elle ne put entendre, ses yeux luttant contre l'obscurité — pour elle, pour eux, pour la vie qu'ils n'avaient pas encore commencée.
Puis tout devint blanc, et doux, et infiniment tranquille.
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