La Couronne des Deux Trônes
Lire le chapitre 33: The Lost Heir's Return
La chandelle vacilla quand Elara tourna la page suivante du registre, ses yeux brûlant d'avoir tant lu. Alaric était assis en face d'elle, les coudes sur la table de la chambre de l'auberge, son regard sombre fixé sur les colonnes de noms et de sommes.
« Celui-ci, murmura-t-elle en posant son index sur une entrée à la fin du livre. Regarde. »
Alaric se pencha. Les caractères étaient plus récents, l'encre moins délavée. *Paiement annuel au Roi de Caldoran — services rendus — 20 000 pièces d'or.*
« Veyron payait le roi de Caldoran, souffla Alaric. Pas l'inverse. »
Elara hocha la tête, tournant plusieurs pages rapidement. Des allers-retours entre la Cabale et Caldoran. Des noms de villes frontalières. Des cargaisons. Et puis, au milieu du registre, une entrée qui fit s'arrêter son cœur.
*Échange confidentiel — enfant royal d'Aurenne — pris en nourrice à l'âge de trois mois — livré au palais de Caldoran — contre réduction de la dette de la maison Voss.*
« Alaric. »
Sa voix n'était plus qu'un souffle. Il vint se placer derrière elle, ses mains sur ses épaules, et lut par-dessus son épaule. Elle le sentit se raidir.
« La date, dit-il. C'est… »
« Douze jours après la mort de ton père. »
Le silence s'épaissit entre eux. Le cousin d'Alaric. L'enfant qu'on avait dit mort de la fièvre quelques semaines après sa naissance. Le petit prince Aurélien, héritier légitime du trône d'Aurenne, le seul fils du frère cadet du roi défunt.
Celui qui passait devant Alaric dans la ligne de succession.
« Il est vivant, dit Elara doucement. Il a six ans maintenant. Et il est à Caldoran. »
Alaric recula, passa une main dans ses cheveux, marcha jusqu'à la fenêtre. La nuit était tombée sur la ville. Les lumières du port clignotaient au loin.
« Si je le ramène, dit-il d'une voix sourde, je ne suis plus roi. La couronne revient à l'héritier direct de mon oncle. Je ne suis qu'un régent temporaire, un gardien du trône. Et si le Conseil décide qu'il est trop jeune, je reste régent… jusqu'à sa majorité. »
« Et si tu ne le ramènes pas, dit Elara, tu règles par un mensonge. Ou pire, par une omission. »
Il se retourna, les mâchoires serrées. « Ma femme parle de devoir. Ma femme m'a vu prêt à mourir pour un peuple qui ne m'avait rien donné. Et maintenant elle me dit que je devrais… »
« Te sacrifier. Oui. »
Le mot tomba entre eux comme une pierre.
Elara se leva et s'approcha de lui, ses mains venant se poser sur sa poitrine. « Écoute-moi, Alaric. Je ne te dis pas cela comme une épouse qui veut un mari irréprochable. Je te le dis comme une diplomate qui a passé sa vie à étudier ce qui fait tenir un royaume. Si les nobles d'Aurenne découvrent un jour que tu savais et que tu n'as rien fait, ta couronne ne vaudra plus rien. Ils te détruiront. Lentement. Subtilement. Et ils détruiront tout ce que nous avons construit. »
Il baissa les yeux vers les siens. « Et si je le ramène, je perds tout. »
« Tu perds un trône. Tu ne perds pas ton honneur. Et le trône… » Elle marqua une pause. « Le trône, on peut le reconquérir autrement. Par le respect. Par les alliances. Par le mariage. »
Un demi-sourire amer étira ses lèvres. « Tu serais prête à régner à mes côtés… sans régner ? »
« Je régnerai avec toi, dit-elle fermement. Sur Aurenne, ou sur une province perdue, ou sur un domaine de campagne. Je me fiche du titre. Je me fiche du palais. C'est toi que j'ai épousé, pas un royaume. »
Il ferma les yeux, et elle vit les muscles de sa mâchoire se contracter. Quand il les rouvrit, quelque chose avait changé dans son regard.
« Le roi de Caldoran le garde pour une raison, dit-il. Un levier. Une assurance contre Aurenne. Si je réclame officiellement Aurélien, Caldoran demandera quelque chose en échange. Des terres. Des privilèges commerciaux. Une main dans nos affaires. »
« Alors nous ne le réclamerons pas officiellement. »
Alaric haussa un sourcil. « Nous allons voler un prince dans un palais ennemi ? »
Elara sourit, pour la première fois depuis la lecture du registre. « Nous allons organiser un sommet de bonne volonté. Le roi de Caldoran adore paraître magnanime devant les autres cours. Je lui donnerai le spectacle qu'il veut, et pendant ce temps, tu iras chercher ton cousin. »
« Tu veux distraire un roi entier ? »
« J'ai distrait des Conseils entiers de vieux nobles avec un seul mouvement de robe. Un roi vaniteux ne sera pas plus difficile. » Elle se hissa sur la pointe des pieds et déposa un baiser rapide au coin de ses lèvres. « Et j'ai un avantage qu'il n'aura pas. »
« Lequel ? »
« Il croit que je suis une princesse naïve des contrées du nord, mariée à un roi faible. Il ne sait pas que j'ai vu son nom dans le registre de la Cabale. Il ne sait pas que je sais. »
Alaric la saisit par les hanches, l'attira contre lui. « Nous partons demain à l'aube. Et si c'est un piège, nous le retournerons contre lui. »
« Voilà l'homme que j'ai épousé. »
Il l'embrassa, et pendant un instant, le poids du registre, de la couronne, du mensonge qui les attendait — tout sembla s'évanouir. Puis quelqu'un frappa à la porte.
Ils se séparèrent. Elara s'approcha du battant, une main sur la dague qu'elle cachait sous sa manche.
« Qui est-ce ? »
La voix qui répondit était celle d'un jeune garçon, essoufflé. « Une lettre pour le roi Alaric. Par bateau. Le sceau de Caldoran. »
Alaric échangea un regard avec Elara, puis ouvrit la porte. Le garçon tendit un parchemin roulé, scellé d'une cire rouge ornée d'une couronne à trois pointes : l'emblème de Caldoran.
Le domestique disparut dans le couloir. Alaric brisa le sceau et lut à voix haute :
« À Sa Majesté Alaric d'Aurenne. Je tiens à vous informer que j'ai récemment appris la survie de votre cousin Aurélien, que mes conseillers tenaient en résidence discrète depuis plusieurs années. Je serais honoré de vous le rendre lors d'un sommet à mon palais. Vous comprendrez que je souhaite discuter des termes de cette restitution. Venez seul. Venez vite. Signé : Edouard, Roi de Caldoran. »
Le parchemin tomba des mains d'Alaric.
Il savait déjà. Il savait que le prince était là. Et il nous tendait un piège ouvert.
Elara regarda le papier vaciller sur le plancher, et le nom inscrit en bas flamboya dans son esprit. Le roi de Caldoran n'était pas un simple bénéficiaire des machinations de la Cabale.
Il en était le maître.
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