La Couronne des Deux Trônes
Lire le chapitre 38: The Seal's Promise
La douleur à son épaule n'était qu'un écho lointain comparée à la brûlure de la trahison. Elara tenait la flèche ensanglantée entre ses doigts gantés, la tournant sous la lumière des candélabres de la salle du trône d'Aurenne. Le fer était ouvragé — un lis stylisé, gravé dans la hampe. Le lis de Valdris.
« Faites entrer le cousin Aldric », dit-elle, sa voix tranchant le silence comme une lame.
Les gardes s'écartèrent. Un homme entra, la quarantaine, le visage taillé comme celui de son père défunt. Aldric de Valdris, troisième prétendant à un trône qu'il n'avait jamais touché. Il portait son manteau de velours vert comme un défi, mais ses yeux fuyaient les taches sombres sur le sol de marbre.
« Votre Majesté », dit-il avec une inclination si brève qu'elle frôlait l'insulte.
Elara ne répondit pas. Elle laissa tomber la flèche sur les marches du trône, où elle rebondit avec un cliquetis sonore. Le bruit résonna dans la galerie bondée — tous les nobles de Valdris et d'Aurenne étaient là, convoqués d'urgence. Les gardes avaient scellé les portes.
« Ma flèche », dit Aldric, un sourire mince aux lèvres. « On m'a volé mon carquois la semaine dernière. Je— — Silence. »
Le mot tomba comme un couperet. Alaric se tenait à la droite d'Elara, sa main posée sur son épée, le regard aussi froid que le nord de son royaume. Il n'avait rien dit depuis que l'enquête avait abouti. Il attendait sa reine.
« Tu voulais le trône de Valdris », continua Elara. « Un trône qui n'est plus vacant, puisque je suis montée. Alors tu as pensé à une autre solution. Me tuer. Me tuer, et dans le chaos qui suivrait, qui prendrait la couronne ? Toi. Le cousin le plus proche. »
Aldric ouvrit la bouche, mais Elara leva la main.
« Ne prends pas la peine de mentir. Le maître des écuries t'a vu au camp d'entraînement trois heures avant l'attentat. Le fletching de cette flèche est fait de plumes de faucon de Valdris — il n'y a qu'un seul fauconnier qui élève cette espèce sur le continent, et il travaille pour ta maison depuis vingt ans. »
Quelque chose se brisa dans le visage d'Aldric. Ses épaules se voûtèrent, puis se redressèrent — non pas en défi, mais en résignation.
« Et après ? » demanda-t-il, sa voix plus calme qu'elle ne l'aurait cru. « Après ta mort, ton mari aurait-il pris Valdris ? Non. Il aurait été trop occupé à pleurer. Et Aurenne aurait exigé qu'un Valdrien monte. Je suis le plus proche. »
Il fit un pas en avant, entravé par les chaînes qu'on lui avait fixées aux chevilles.
« Je ne hais pas ton mari. Je ne hais pas la paix. Je hais l'idée que notre sang ait versé tant pour un trône qui finit entre les mains d'un étranger. Regarde-toi, Elara. Tu portes la couronne de Valdris et celle d'Aurenne. Mais quand tu mourras — et nous mourrons tous — tes enfants porteront le nom de ton époux. Le nom d'Aurenne. Valdris s'effacera. »
Le silence qui suivit fut épais comme de la poix. Elara sentit les regards des nobles valdriens peser sur elle. C'était la peur tapie sous leurs loyautés de surface — l'effacement de leur maison dans l'histoire.
Elle descendit les marches du trône, lentement. Sa robe écarlate balayait les dalles. Elle s'arrêta à trois pas de son cousin.
« Tu as raison », dit-elle.
Aldric cligna des yeux.
« Valdris s'effacera », continua-t-elle. « Et Aurenne aussi. Pour qu'une troisième chose naisse. Une chose que tes enfants — et les miens — apprendront à connaître non comme une perte, mais comme un gain. »
Elle sortit l'Améthyste de son corsage. La pierre scintilla, violette comme un crépuscule d'orage, enchâssée dans l'ancien sceau que son père avait utilisé pour sceller des alliances de guerre — jamais de paix.
« Ceci n'est plus le sceau de la guerre », dit-elle, élevant la voix pour que toute la cour l'entende. « Je le déclare. Ceci est le sceau de la promesse. La promesse que Valdris et Aurenne ne seront plus jamais deux. Un royaume. Une couronne. Une maison. »
Elle planta le sceau dans un plateau de cire vierge qu'un serviteur approcha, le faisant rouler d'un geste sûr. Les éclats de cire rouge s'éparpillèrent comme des gouttes de sang versé — et stoppé.
Elara se tourna vers Aldric.
« Voici ton choix, cousin. Tu déposes tes armes, tu jures allégeance à la couronne unie, et tu conserves tes terres, tes titres, et ta tête. » Elle marqua une pause, sa voix baissant jusqu'à n'être plus qu'un murmure froid. « Ou tu refuses, et tu mourras ici, devant tous ceux que tu connais, comme un traitre à la cause de la paix que tu prétendais défendre. »
Aldric la regarda longtemps. Dans ses yeux, Elara vit le reflet d'une guerre intérieure — l'orgueil d'une maison ancienne contre la volonté inébranlable d'une femme qui n'avait jamais perdu une bataille de mots.
Il plia un genou.
« Je jure allégeance, dit-il, sa voix rauque. À la couronne. Au royaume. À la reine. »
Le souffle collectif qui parcourut la galerie semblait presque audible. Quelqu'un applaudit, hésitant, puis un autre. Les applaudissements enflèrent, se transformant en acclamations qui ébranlèrent les murs de la salle.
Elara tendit la main et aida Aldric à se relever. Le geste n'était pas un pardon — c'était une démonstration. Une déclaration publique que la miséricorde était la devise de cette nouvelle couronne.
Elle se tourna vers Alaric. Il souriait. Un vrai sourire, rare et ouvert, qui illuminait son visage fatigué. Il traversa la foule des nobles agenouillés qui prêtaient serment, main sur le cœur, et vint se placer à ses côtés.
« Tu as gagné », dit-il doucement, pour elle seule.
« Nous avons gagné », corrigea-t-elle.
Il prit sa main, leurs doigts entrelacés. Le sceau d'améthyste reposait entre eux, encore chaud de la cire, promesse d'un monde à venir.
La cour tomba à genoux comme un seul homme.
Au loin, derrière les vitraux, l'orage qui avait couvé toute la journée se dissipa enfin. Un rayon de soleil traversa le verre coloré, teignant la pierre du trône de violet et d'or — les couleurs mêlées de deux royaumes qui n'étaient plus deux.
Un seul.
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