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La Couronne des Deux Trônes

Lire le chapitre 6: The Betrothed's Game

La pluie battait les vitraux du petit salon de la reine, ses teintes bleues et argentées dansant sur les dalles de marbre. Elara n'avait pas frappé. Elle avait poussé la porte d'un geste sec, ses jupes encore humides du passage dans la cour, et avait trouvé Alaric debout devant la cheminée, un verre de vin dans une main, l'autre négligemment posée sur le dossier d'un fauteuil.

Il ne sursauta pas. Ses yeux gris, semblables à une mer d'hiver, se levèrent lentement vers elle, et quelque chose dans son expression changea à peine. Comme s'il l'attendait.

« Vous savez, » dit Elara sans préambule, « pour le jardin. »

Le silence s'étira un instant. Alaric posa son verre sur le manteau de marbre, sans se presser. Un homme qui pesait chaque mot avant de le prononcer, chaque geste avant de le faire. C'était cette prudence, plus que son rang, qui le rendait dangereux.

« Je sais beaucoup de choses, princesse. »

« Ne jouez pas avec moi. Le rendez-vous à minuit. Roland. Vous êtes au courant. »

Alaric inclina légèrement la tête. Une fraction de mouvement, mais Elara y lut la confirmation. Elle sentit le sang lui monter aux tempes, une chaleur de colère mêlée d'une admiration involontaire. Voilà donc le jeu qu'il jouait : celui de l'omniscient, celui qui voyait tout depuis son trône de marbre blanc, les fils de tous les autres entre ses doigts.

« Depuis quand ? »

« Depuis le moment où Maerwyn a glissé ce mot à son fils. Les murs de ce palais ont des oreilles bien plus fines que les vôtres, et certaines m'appartiennent. »

Elara fit deux pas dans la pièce, refermant partiellement la porte derrière elle. Son cœur battait vite, mais sa voix restait ferme. Elle avait appris, dans les cours de Valdris, que la colère exposait ; la curiosité, en revanche, armait.

« Vous l'avez écouté. Roland. Dans la chapelle, après le banquet. Vous l'avez écouté comploter avec Veyron contre mon frère, et vous n'avez rien fait ? »

Alaric se détacha de la cheminée et s'approcha. Son pas était léger, malgré sa carrure. Il s'arrêta à trois pieds d'elle, une distance parfaitement calculée — assez proche pour l'intimité, assez loin pour la menace.

« J'ai fait beaucoup de choses, princesse. J'ai écouté des mots trahir des visages. J'ai laissé des pièges se tendre pour mieux observer ceux qui tendent les leurs. Maerwyn et Veyron croient manœuvrer dans l'ombre. Ils ignorent que l'ombre elle-même m'appartient. »

« Mon frère n'est pas un pion dans votre échiquier ! » Elara laissa la colère percer, une brèche volontaire dans son armure. Alaric la vit. Il la vit et il sourit, à peine, un pli au coin des lèvres qui pouvait être de l'amusement ou de la pitié.

« Votre frère est en sécurité, Elara. J'ai placé quatre de mes hommes les plus loyaux autour de son conseiller, des hommes que Veyron ne connaît pas. Le guet-apens échouera avant même d'être tendu. Les hommes d'ébène que Veyron a achetés seront discrètement remplacés. Personne ne touchera le prince Corin. »

Elle voulut répondre, mais il leva une main, et malgré elle, elle se tut.

« Ce que vous devez comprendre, princesse, c'est que ceci n'est pas une simple tentative d'enlèvement. C'est un test. À votre encontre. »

Un test. Le mot résonna. Elara croisa les bras, défiant, et haussa un sourcil fin.

« Un test de quoi ? De ma crédulité ? »

« De votre loyauté. » Alaric baissa la voix, un ton qui forçait l'attention. « Maerwyn vous a piégée. Il savait que le fils serait nerveux, qu'il vous glisserait une note. Votre présence à minuit dans le jardin — ou votre absence — lui dira qui vous êtes vraiment. Une épouse de complot, ou une reine qui lui sert mon lit et mes armes. »

« Et si je n'y vais pas, il conclura que je suis votre marionnette. Et si j'y vais, il conclura que je complote avec lui. »

« Non. » Alaric secoua la tête. « Si vous y allez, il vous fera une proposition. Une proposition de trahison — contre moi. Il vous offrira de vous aider à fuir à Valdris en échange d'une concession territoriale. Ce sera soigneusement calculé pour paraître généreux. »

Elara réfléchit. La scène prenait forme dans son esprit : le jardin mouillé, les buis taillés, la voix de Roland tremblant sous un manteau sombre. Les pièces du jeu s'assemblaient soudain, et elle se demanda comment elle n'avait pas vu l'ensemble plus tôt.

« Si je dois rester dans le noir, » dit-elle lentement, « au moins éclairez-moi sur vos intentions, Majesté. Que faites-vous de Maerwyn ? Que faites-vous de moi ? »

Le sourire d'Alaric s'élargit à peine. Il avait un visage qui s'illuminait de manière dangereuse quand il souriait — un loup qui grimaçait avant de mordre.

« Je les laisse faire. Je leur donne de la corde. Et je vous interdis — » il accentua le mot, « — de vous approcher de ce jardin ce soir. Je vous interdis d'interférer avec mon plan. Votre frère est sous ma protection. Votre rôle, princesse, est d'être la fiancée parfaite, celle qui sourit aux courtisans et qui rougit aux compliments. Faites cela, et je vous promets que Corin verra un autre soleil levant. »

Elara le fixa. L'insolence était appuyée, volontaire. Une main tendue vers la bride qu'il croyait déjà passer sur sa nuque. Le roi d'Aurenne la traitait comme une carte à abattre, pas comme une reine.

Elle fit un pas en arrière, les mâchoires serrées.

« Vous croyez m'avoir, Alaric. Vous croyez que parce que mon frère est en jeu, je me coucherai comme un lévrier sur son tapis. Mais vous oubliez une chose. »

« Laquelle ? » demanda-t-il, la voix basse et sereine.

« Je suis de Valdris. Nous ne courbons pas l'échine. Nous tranchons. »

Elle tourna les talons et marcha vers la porte. Sa main agrippa la poignée en bronze, et elle entendit Alaric derrière elle, sa voix presque un murmure :

« Vous ferez une fine reine, Elara. Pourvu que vous viviez jusqu'au mariage. »

Elle claqua la porte sans répondre. Ses pas résonnèrent dans le corridor, rapides, martelant sa colère. Elle dépassa les armoiries d'Aurenne — un lion d'argent sur champ de gueules — et tourna dans le passage étroit qui menait vers ses appartements.

Elle fonça presque, ne vit la servante qu'au dernier instant. La fille — jeune, blonde, vêtue de l'uniforme gris de la domesticité du château — débouchait d'une alcôve à droite, pressée, les yeux baissés vers quelque chose qu'elle tenait contre son ventre. L'impact fut sec. Un choc d'épaule contre épaule, et Elara recula d'un pas.

« Pardonnez-moi, madame, mille excuses, je ne vous avais pas vue, » murmura la fille, baissant la tête.

Elle ramassa un papier qui avait glissé de ses mains. Elara le remarqua — un titre, une écriture rapide, encre bleue. La servante le fourra dans sa poche avec une précipitation maladroite, esquissa une révérence et fila, presque en courant.

Pourtant, un second papier restait sur le sol. Tombé de la poche de la servante sans qu'elle le voie. Elara le ramassa du bout des doigts. Un rectangle de papier épais, doux au toucher, plié en quatre.

Elle l'ouvrit.

Un seul mot, d'une encre noire sèche, tracé en lettres nettes et régulières :

*Cendre.*

Elara resta figée dans le couloir, le papier entre ses doigts. Son regard dériva vers l'endroit où la servante avait disparu, vers le tournant du couloir et les ombres qui s'y accrochaient. Elle relut le mot. Encore. Et encore.

Cendre. La porte des souvenirs brûlés. Le fragment scellé d'améthyste. Les archives calcinées. Le mot n'était pas un message — c'était une adresse.

Elle plia le papier, le glissa dans son corsage contre sa peau, et reprit sa marche, mais cette fois sans précipitation. Chaque pas était une pensée. Alaric parlait de test. Le destin, lui, venait d'en poser un autre devant elle — et il ne la conduisait pas vers le jardin de minuit.