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La Couronne des Deux Trônes

Lire le chapitre 8: The King's Secret

Le feu crépitait dans la cheminée du cabinet royal, projetant des ombres mouvantes sur les cartes étalées. Elara n'avait pas frappé. Elle se tenait dans l'embrasure, les mains tremblantes d'une rage qu'elle ne cherchait plus à contenir.

« Saviez-vous ? »

Alaric leva les yeux de ses parchemins. Une ride creusa son front. « Savoir quoi ? »

« Ne jouez pas avec moi. » Elle s'avança, laissant la porte claquer derrière elle. « Mon père. Valdemar. Est-ce que vous saviez qu'il était mort avant même que je pose le pied dans ce royaume ? »

Le silence qui suivit fut si lourd qu'Elara crut entendre les cendres tomber dans l'âtre. Alaric se leva lentement, ses yeux gris balayant son visage comme pour y lire une trahison.

« Non. » Le mot tomba, simple et brut. « Je l'ignorais. »

Elle rit, un son sec et sans joie. « Vous mentez. »

« Je ne mens jamais. » Il fit le tour du bureau, s'arrêtant à deux pas d'elle. « C'est peut-être la seule chose que vous puissiez croire de moi. Je savais qu'il était malade. Je savais que la missive de votre père, scellée de cire noire, était arrivée trois jours avant votre départ. Mais j'ignorais qu'il était mort. »

Elara chercha dans ses yeux la moindre fissure, le moindre indice de duplicité. Elle n'y trouva qu'une fatigue ancienne, des cernes creusés par des années de vigilance.

« Trois jours. » Sa voix se brisa presque. « Il est mort trois jours avant mon départ, et personne ne me l'a dit. Pas même lui. »

« Il vous a protégée. » Alaric détourna le regard. « S'il vous avait dit la vérité, seriez-vous venue ? »

La question la frappa comme un coup de poing. Non. Elle ne serait pas venue. Elle serait restée à Valdris, aurait affronté le conseil, aurait sombré dans le chaos de la succession. Et les deux royaumes...

« Vous le saviez. » Elle leva le menton. « Vous saviez que je serais venue si mon père était encore vivant, et que je serais restée s'il était mort. Vous avez choisi de me laisser croire. »

« J'ai choisi de laisser la paix avoir une chance. »

Un bruit sourd retentit au-dehors. Un cri, étouffé par les murs épais. Ni l'un ni l'autre n'y prêta attention.

Alaric se dirigea vers un coffret de bois sombre posé sur une étagère basse. Il en sortit un médaillon d'argent terni, orné d'un lys gravé. Ses doigts tremblèrent légèrement en l'ouvrant.

À l'intérieur, un portrait miniature. Une femme aux cheveux de miel, au sourire doux et aux yeux identiques à ceux d'Alaric.

« Ma mère, » dit-il. « Avant qu'elle ne soit assassinée. »

Elara s'approcha malgré elle. Les coups à la porte redoublèrent, suivis d'une voix étouffée qu'elle ne reconnut pas.

« Elle avait signé un traité secret avec votre grand-père. » Alaric ferma le médaillon d'un claquement sec. « Un accord de paix, bien avant son temps. Certains nobles des deux royaumes le considéraient comme une trahison. Elle est morte une semaine plus tard, empoisonnée à l'aconit. Officiellement, une maladie. »

Il leva les yeux vers elle, et pour la première fois, Elara vit autre chose que du calcul dans son regard. Une blessure. Une colère contenue depuis des années.

« Je sais que mon frère, Alistair, est derrière une partie de ces manœuvres. » Le nom tomba comme une lame. « Je n'en ai pas la preuve. Mais j'ai vu les messagers. Les sceaux. Les patiences suspicieuses. Il veut la guerre, Elara. Il veut que nos deux royaumes saignent jusqu'à ce qu'il ne reste que lui. »

Elle voulut répondre, mais un cri déchira la nuit. Plus proche. Plus strident.

« Le feu ! Le feu au pavillon ouest ! »

La réalité s'effondra dans un seul battement de cœur. Elara se retourna vers la fenêtre. Une lueur orange embrasait l'horizon au-delà des douves. Des silhouettes couraient dans la cour. Les cloches d'alarme commencèrent à sonner, une volée paniquée qui lui glaça le sang.

Alaric était déjà à la porte, le médaillon serré dans son poing. Il s'arrêta sur le seuil, ses yeux accrochant les siens dans une intensité presque douloureuse.

« Peu importe ce que vous croyez de moi, » dit-il, la voix rauque. « Je vous protègerai. Je le jure sur la tombe de ma mère. »

Il disparut dans le couloir, laissant Elara seule face aux flammes qui montaient dans le ciel nocturne. Les cris se multiplièrent. Quelque chose s'effondra avec un grondement sourd. L'odeur de fumée commençait déjà à imprégner l'air du cabinet.

Elle porta la main à son corsage, là où le fragment de sceau améthyste reposait contre sa peau. Une certitude glaciale s'abattit sur elle, plus efficace que toutes les alarmes.

Ce n'était pas un accident.

C'était une signature.