La Couturière de la Reine
Lire le chapitre 13: The Aftermath of Accusation
Le silence qui suivit la confession de Marguerite était si épais qu'Élodie crut l'entendre se briser comme une vitre. La cour entière retenait son souffle, les regards passant de la servante en larmes à la Comtesse de Vaudreuil, dont le visage de marbre n'avait pas tressailli.
La reine Marie Leszczynska rompit la première. Sa voix, douce mais ferme, traversa l'allée de buis taillés. « Liselotte, approchez-vous. »
Liselotte s'avança, les mains tremblantes, mais le menton haut. La reine l'examina un long moment, puis murmura : « Cette broche vous fut offerte par ma dame d'honneur, la marquise de Sévigné, n'est-ce pas ? »
« Oui, Votre Majesté. Elle me l'a donnée pour mes vingt ans. Je l'ai perdue il y a trois semaines, et jamais je n'aurais... »
« Assez. » La reine leva la main. La broche incrustée de rubis pesait dans sa paume, et son éclat semblait juger tout le monde présent. « Marguerite, votre confession est entendue. Vous vous présenterez devant le majordome ce soir pour répondre de votre complicité dans cette affaire. Quant à vous, Comtesse... »
La Comtesse de Vaudreuil ne baissa pas les yeux. Elle inclina simplement la tête avec une grâce qui ressemblait à de l'insolence. « Votre Majesté, je n'ai fait que rapporter ce que mes propres serviteurs avaient vu. Si j'ai été trompée, j'en suis mortifiée. »
« Vous l'êtes en effet, j'imagine. » La reine se détourna, glissant la broche dans sa poche. « Élodie Marchand, vous resterez après la promenade. J'ai à vous parler. »
Le cœur d'Élodie manqua un battement. Elle fit une révérence maladroite, consciente du poids de tous les regards. La cour commença à se disperser, les conversations reprenant en murmures. Elle sentit des mains sur son bras — Marguerite, qui s'accrochait à elle comme une noyée.
« Elle va me tuer, murmura la servante. Ou pire. Elle va s'en prendre à mon frère. »
« Ta confession t'a protégée. La reine t'entendra, tu as ma parole. » Élodie pressa la main de Marguerite, mais même elle sentit le mensonge dans ses propres mots. Protéger Marguerite était une chose ; la protéger de la Comtesse en était une autre.
Liselotte s'approcha, le visage encore pâle. « Marchand, je vous dois la vie, ou du moins ma réputation. » Elle jeta un regard mauvais dans la direction où la Comtesse s'était éloignée, ses jupes émeraude balayant le gravier. « Mais vous venez de vous faire une ennemie qui ne dort jamais. »
« Je l'avais déjà. »
« Oui, mais maintenant elle peut vous attaquer ouvertement. Vous avez gagné une bataille devant la cour. Elle voudra gagner la guerre d'une manière qui ne laissera aucune trace de sa main. » Liselotte baissa la voix. « Méfiez-vous de votre vin, de votre café, de vos lettres. Et surtout — méfiez-vous de votre fidélité à la reine. C'est ce qui vous rend dangereuse à ses yeux. »
La reine fit un signe discret depuis l'extrémité de l'allée. Élodie s'excusa et traversa la pelouse, le soleil d'automne encore chaud sur ses épaules malgré l'air qui se faisait plus piquant chaque jour.
« Élodie. » La reine l'attendit près du bassin, où les poissons rouges tournaient dans une indifférence dorée. « Quand j'ai fait venir une seamstress de Lyon, je cherchais du talent. Je n'imaginais pas que je recrutais aussi un esprit vif et un cœur courageux. »
Élodie baissa les yeux. « Votre Majesté est trop bonne. Je n'ai fait que... »
« Vous avez fait ce que peu de gens osent ici : vous avez dit la vérité, et l'avez prouvée. Cela vous honore. Mais cela vous met en danger. » La reine jouait avec son éventail, un geste nerveux qu'Élodie avait appris à reconnaître. « La Comtesse de Vaudreuil a de la famille à la cour du roi. Des alliés puissants. Si elle choisit de vous faire payer votre insolence — car c'est ainsi qu'elle le verra — je ne pourrai pas toujours vous protéger. »
« Je comprends, Votre Majesté. »
« Je ne vous demande pas de comprendre. Je vous demande de faire attention. » La reine s'interrompit, semblant peser ses mots. « Et je vous demande de continuer à m'être loyale. J'ai besoin de personnes de confiance autour de moi. De plus en plus. »
Il y avait quelque chose dans sa voix — une anxiété sourde, presque imperceptible — qui fit dresser l'attention d'Élodie. Mais la reine se reprit, son visage retrouvant sa sérénité de commandement. « Allez travailler. La robe bleue doit être finie pour le bal de dimanche, et j'ai entendu dire qu'elle était magnifique. »
Élodie s'inclina et se retira, l'esprit agité. Magnifique, la robe. Si seulement la reine savait ce qui était cousu dans son ourlet.
Elle retourna à l'atelier, où la lumière du soir commençait à baisser, projetant des ombres longues entre les mannequins et les tables de coupe. Le silence était presque oppressant après l'agitation de l'après-midi. Elle s'assit devant la robe bleue, ses doigts suivant le tissu précieux que sa propre aiguille avait transformé en une œuvre d'art.
Mais elle ne pouvait pas simplement s'occuper de la robe. Il y avait Luc, son frère, prisonnier quelque part — où, personne ne pouvait le dire. Le message dans l'ourlet parlait d'interceptions et de vérité. Et maintenant, la dette du steward — quel steward ? Le mot était venu quelques jours plus tôt, une note griffonnée d'une écriture ferme : *Votre dette de la maison de la rue de l'Épée sera recouvrée dans la semaine. Voyez-moi avant que je prenne des mesures plus directes.*
Élodie avait presque oublié cette dette. Quand elle avait quitté Lyon, sa mère était morte, laissant derrière elle des dettes de soins médicaux que son père, libraire au revenu modeste, n'avait pu honorer. Le steward d'une maison de commerce de la rue de l'Épée — un homme aux yeux de rapace nommé Maître Rochefort — avait accepté de prêter de l'argent avec un intérêt qu'elle n'avait pas calculé à l'époque. Trois cents livres. Une fortune.
Un bruit derrière elle la fit sursauter. Elle se retourna, mais la pièce était vide. Seules les ombres dansaient. Pourtant, elle sentit quelque chose de nouveau — un parfum, presque imperceptible, de jasmin. Elle se leva, inspecta les recoins de l'atelier, sous les tables, derrière les armoires de tissus. Rien.
C'est en revenant à sa place qu'elle vit le papier. Une petite lettre pliée, glissée sous le ciseau de couture. Elle l'ouvrit avec des doigts tremblants.
*Bravo pour votre petit théâtre d'aujourd'hui. Vous croyez avoir gagné, mais vous avez seulement retardé l'échéance. Nous savons ce que vous cachez dans la robe bleue. Nous savons que votre frère est entre nos mains. Si vous voulez le revoir vivant, faites exactement ce que je dirai.*
*La suite au bal du dimanche.*
Pas de signature. Une écriture soignée, presque féminine, mais la haine qui suintait entre les lignes était brutale.
Élodie laissa tomber le papier comme s'il était empoisonné, puis le ramassa, le plia, le glissa dans sa poche. Elle devait le montrer à Liselotte. Non — elle devait le brûler. Mais son frère... Le message disait qu'il était entre leurs mains. Était-ce vrai, ou était-ce une ruse pour la faire céder ?
Elle resta figée, les mains posées sur la table, la robe bleue étalée devant elle, les chandelles vacillant dans le courant d'air d'une porte qui venait de s'ouvrir et de se fermer. Le claquement la fit sursauter, et la pincette à boutons tomba par terre avec un tintement.
La porte de l'atelier donnait sur un corridor. Elle traversa, et là, dans l'embrasure de la lumière du soir, se tenait un homme en livrée sombre. Il était grand, mince, presque maigre, avec des mains d'os aussi blancs que les manchettes qu'il portait.
« Mademoiselle Marchand. »
« Qui êtes-vous ? »
« Je suis l'homme de confiance du Seigneur de Rochefort. » Il parlait lentement, chaque mot pesé. « Mon maître est mécontent. Les délais sont échus, et il vous souhaite à son bureau demain matin, huit heures, avec le montant. Sinon... » Il haussa les épaules avec une indifférence exaspérante. « Sinon, il faudra discuter d'autres arrangements. »
Élodie regarda la robe bleue, les étoffes précieuses qui traînaient par paquets, les rubans et les dentelles qui valaient chacun des mois de salaire. Mais prendre de ces tissus serait un vol. Un vol à la couronne.
« Dites à votre maître que je serai là demain matin. »
L'homme la détailla une dernière fois, comme pour graver son image dans sa mémoire, puis disparut dans le corridor sans un mot. Le tintement de ses pas s'évanouit, et Élodie se retrouva seule, le cœur martelant, les mains moites.
Elle retourna dans l'atelier et ferma la porte à clef. Puis, avec des gestes mécaniques, elle sortit la lettre anonyme de sa poche, l'approcha de la flamme d'une chandelle, et la regarda brûler. Les mots se tordirent avant de devenir cendre.
Son frère. La robe. La dette. La Comtesse.
Tout convergeait vers le dimanche.
Elle s'assit devant la robe bleue, saisit son aiguille, et commença à coudre d'un point régulier et précis, comme si elle pouvait tenir tous ces morceaux d'elle-même ensemble avec du fil. Le point suivant — les lettres du message cousu dans l'ourlet, qu'elle devait déchiffrer et comprendre — était encore là, léger sous ses doigts. Elle pourrait les coudre d'une manière qui les rendrait illisibles avant le bal, mais alors que deviendrait la promesse de vérité ?
La pièce sombra dans l'obscurité à mesure que les chandelles s'épuisaient. Élodie continua de coudre jusqu'à ce que ses yeux brûlent, et qu'elle ne voie plus que la robe, la robe, la robe — le seul endroit où elle avait encore le contrôle.
Quand elle se leva enfin pour partir, une heure tardive avait remplacé le soir. Elle souffla les derniers lumignons, contempla une dernière fois l'atelier sombre, et entendit, quelque part dans le palais, une horloge sonner trois coups. Trois heures du matin. Dans moins de cinq heures, elle devrait avoir trois cents livres en or devant Maître Rochefort.
Elle ouvrit la porte, et dans le couloir froid, une dernière surprise l'attendait : un petit sac de cuir posé à même le sol, attaché d'un ruban rouge, sur lequel une étiquette manuscrite portait son nom. Elle le souleva. Quelque chose de lourd — des pièces ? Elle ouvrit le sac. Des pièces d'or, oui. Et une note, plus brève encore que l'autre :
*Pour payer votre dette. Vous me devrez davantage. — Un ami que vous n'attendiez pas.*
Élodie resta un long moment immobile, le sac de pièces dans une main, la note dans l'autre. Des amis inattendus à Versailles étaient souvent plus dangereux que des ennemis déclarés. Qui pouvait bien savoir, à cette heure, qu'elle avait besoin d'argent ? Qui pouvait savoir l'heure exacte de sa sortie ?
Elle glissa le sac dans sa poche, la note avec. Demain, elle paierait la dette. Ensuite, elle découvrirait qui était cet « ami », et pourquoi il faisait pleuvoir l'or sur une simple couturière — juste après que la Comtesse lui avait déclaré la guerre.
Le corridor était vide. La nuit était noire. Et dans sa poche, les pièces d'or sonnaient le glas d'un marché qu'elle n'avait jamais accepté.
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