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La Couturière de la Reine

Lire le chapitre 4: A Debt Unpaid

La chambre était minuscule, mais propre. Une couchette étroite contre le mur, une table de toilette en bois clair, et une fenêtre qui donnait sur une cour intérieure où des valets lavaient des carrosses à la brosse. Élodie posa son baluchon sur le lit et laissa ses épaules s’affaisser, enfin seule.

Elle avait réussi. Elle était dans la garde-robe de la reine.

Le silence de la pièce semblait presque irréel après le tumulte du palais. Elle sortit le dé à coudre en argent de sa poche, le fit tourner entre ses doigts. Le métal était lisse et tiède, usé par les années et les mains de son père. *Qui était-il réellement ?* Madame de La Motte prétendait l’avoir connu. Elle l’avait appelé Robert Marchand et avait parlé d’un incendie dans la rue des Petits-Champs. Mais son père n’était jamais monté à Paris. Il lui avait toujours dit qu’il était né à Lyon, comme son propre père avant lui.

Un coup frappé à la porte la fit sursauter. Elle cacha le dé dans sa poche et ouvrit.

Une jeune femme se tenait sur le seuil, pas plus âgée qu’elle, avec un visage rond et aimable et des taches de rousseur qui lui donnaient l’air d’une paysanne en visite. Elle portait un tablier blanc malgré l’heure tardive et tenait une bougie à la main.

— Vous êtes la nouvelle couturière ? demanda-t-elle avec un accent chantant du sud.

— Élodie Marchand, oui.

— Constance. Je suis la femme de chambre de Madame de Polignac, enfin, de l’une de ses femmes de chambre, enfin, d’une de leurs servantes, si vous voulez tout savoir. On m’a dit qu’une nouvelle avait été logée à côté de moi. Alors je viens vous souhaiter la bienvenue, et vous prévenir des pièges du couloir.

Élodie cligna des yeux.

— Quels pièges ?

— Le seau d’eau que les garçons d’écurie laissent devant la porte des commodités entre dix heures et minuit. C’est le troisième palier qui est dangereux, pas le deuxième. Bref, je suis venue vous saluer avant que les autres ne commencent à vous parler. Vous verrez, tout le monde voudra votre amitié maintenant que vous êtes dans le service de la reine. Autant que cela commence par une honnête — moi.

Élodie laissa échapper un rire bref, surpris par la franchise de la jeune femme.

— Entrez, je vous en prie. C’est une chambre modeste mais il y a de quoi s’asseoir.

Constance entra, s’assit sur l’unique chaise avec l’aisance de quelqu’un qui se sentait partout chez elle, et promena son regard autour de la pièce.

— On aurait pu vous donner mieux, dit-elle d’un ton neutre. Ce n’est pas le pire grenier, mais ce n’est pas non plus un salon.

— C’est plus grand que ma chambre à Lyon. Et j’ai une fenêtre.

— Ah, les provinciales, dit Constance avec un sourire qui n’était pas moqueur. Vous êtes toujours si reconnaissantes. C’est touchant. Attendez de voir comment les courtisans vous regardent quand vous traversez la Galerie des Glaces. Vous rendrez tout cela.

— Je n’y mettrai sans doute jamais les pieds, dit Élodie en s’asseyant sur le bord du lit. Je suis dans l’atelier.

— Tout le monde finit par traverser la Galerie, ma chère. Les valets y vont, les femmes de chambre aussi. Même les couturières, les jours de réception. Et ce jour-là, vous verrez ce que je veux dire. Mais ce n’est pas pour cela que je suis venue.

Constance se pencha en avant, baissant la voix d’un ton.

— Vous savez combien cela a coûté à quelqu’un de vous faire entrer ici ?

Élodie fronça les sourcils.

— On m’a envoyé une lettre de convocation. C’est tout. Je n’ai rien payé.

— Non, mais d’autres ont payé pour vous. La place de première couturière dans le service de la reine — celle qui vous attend à l’atelier demain matin — est l’une des mieux gardées de tout le palais. On n’y entre pas par simple lettre. Il faut un protecteur puissant, des années de service, ou une bourse bien garnie.

Élodie sentit un froid glisser le long de son dos.

— Qu’est-ce que vous essayez de me dire ?

— Je dis que le premier valet de chambre du Roi, Monsieur Auger, a l’habitude de prélever sa part sur toute nouvelle nomination aux services personnels de la famille royale. On l’appelle le « droit d’entrée ». Ce n’est pas officiel, mais c’est plus sûr que tous les édits du Parlement. Et pour une place comme la vôtre, la somme est considérable.

— Je n’ai pas d’argent, dit Élodie.

Constance la regarda d’un air presque apitoyé.

— Ce n’est pas vous qui payez, en général. C’est la personne qui vous recommande. Mais il y a un retard, m’a-t-on dit. La somme n’a pas encore été versée, ou alors elle a été versée par quelqu’un qui n’a pas le droit de le faire. Certains disent que c’est pour cela qu’on a organisé un concours, pour donner l’apparence de la légitimité. Et vous avez gagné. Mais maintenant, le service des comptes attend sa part.

Élodie se leva, les mains tremblantes.

— Qui vous a dit cela ?

— Les couloirs parlent, ma chère. C’est la seule chose que Versailles fait mieux que les ateliers.

— Et si je ne peux pas payer ?

Constance la regarda, soudain sérieuse.

— Alors on vous trouvera une erreur dans votre dossier. Une signature contestée. Une provenance douteuse de vos fils. Et vous serez renvoyée à Lyon avant la fin de la semaine, sans références et sans argent pour le voyage du retour. C’est ainsi que cela se passe, toujours.

Élodie se rassit lourdement sur le lit, la tête tournant. Elle avait traversé la moitié de la France, survécu à l’épreuve, impressionné les juges, et tout cela pour atterrir contre un mur qu’elle n’avait même pas vu.

— Combien ? demanda-t-elle.

Constance hésita, puis murmura :

— Deux cents livres.

Élodie pensa à son pécule. Seize livres et quelques sols, cousus dans l’ourlet de sa robe. Deux cents livres étaient une fortune : presque une année de salaire chez le tailleur de Lyon.

— Je ne peux pas, dit-elle.

— Je sais, dit Constance. C’est pourquoi je suis venue avant que d’autres vous parlent. Il y a des gens ici qui vous proposeront leur aide contre des services. Ne les acceptez pas trop vite. Mais il y a aussi des gens qui vous ont fait venir ici, et ceux-là vous doivent au moins une explication. Vous n’êtes pas entrée ici par hasard.

Élodie releva la tête.

— Madame de La Motte. Elle dit qu’elle connaissait mon père.

Constance haussa un sourcil.

— Ah, la dame à la broderie d’or. Vous voulez lui demander de payer votre dette ?

— Je veux lui demander pourquoi mon nom est mêlé à ses affaires.

Constance se leva, s’étira comme un chat.

— Bonne chance pour obtenir une réponse directe, dit-elle en se dirigeant vers la porte. Mais c’est un début. Mieux que la plupart ici n’en ont. Et maintenant, reposez-vous. Vous en aurez besoin.

Elle s’arrêta sur le seuil, se retourna.

— Si vous avez besoin de quoi que ce soit, je suis la troisième porte à gauche dans le couloir. Le seau d’eau, c’est la deuxième.

— Merci, Constance.

La jeune femme sourit, et son visage rond s’illumina.

— Ne me remerciez pas. Il est bon qu’il y ait au moins une personne dans ce palais qui n’est pas venue pour comploter. Même si vous ne restez pas assez longtemps pour y faire vos preuves, ce sera agréable d’avoir parlé à quelqu’un de sincère.

Elle sortit, refermant doucement la porte derrière elle.

Élodie resta assise, immobile, le regard fixé sur la bougie qui vacillait. Deux cents livres. Des ennemis invisibles. Un père dont elle ne savait rien et une dette dont elle n’avait jamais entendu parler.

Elle sortit le dé en argent de sa poche et le serra dans son poing. Le métal froid lui fit revenir ses esprits. Si ce dé avait autrefois sauvé la vie de Madame de La Motte, il avait bien une valeur. Une valeur que l’on pouvait faire payer.

Demain matin, à l’atelier, elle serait dans la ligne de mire de la dame. Mais au lieu d’attendre ses questions, elle poserait les siennes.

Pour la première fois depuis son arrivée à Versailles, Élodie savait ce qu’elle devait faire. Et c’était peut-être la chose la plus dangereuse de toutes : demander des comptes.

Elle souffla la bougie, mais ne se coucha pas. Dans l’obscurité de la petite chambre, elle resta éveillée, attendant l’aube, comptant chaque minute qui la séparait de la confrontation.